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Sujet : Horreur, grotesque et poésie


De DelaNuit, le 4 juin 2007 à 00:21
Note du film : 6/6

Voici l'un des films fantastiques les plus bizarres et originaux, et pourtant fort méconnu, tiré d'un roman de Jean Ray, équivalent belge d'Edgar Poe et H.P. Lovecraft.

Dans un port de Belgique au début du XXème siècle, un jeune marin blond, Yan, Mathieu Carrière, descendu de son bateau, se retrouve piégé dans la maléfique maison biscornue aux multiples secrets de son grand'oncle Cassave (Orson Welles), ogre agonisant régnant d'une poigne de fer sur une maisonnée de créatures étranges…

Notamment le cousin Philarète, taxidermiste fou, le blond Mathias, mélancolique marchand de couleur, le couple Griboin à ses fourneaux, les 3 soeurs Cornélon ricanantes, le rusé et lubrique oncle Dideloo (Michel Bouquet), le loqueteux Lampernisse (Jean-Pierre Cassel), attaché sous l'escalier et priant pour qu' "on" n'éteigne pas ses lumières… et puis Susan Hampshire dans le triple rôle de la soeur du héros Nancy, d'Alecto l'une des trois… "soeurs"… et de la marmoréenne Euryale à la chevelure torsadée comme un noeud de vipères et au regard toujours baissé sauf devant les miroirs…

Quelle distribution ! Il y a même pour un bref moment Sylvie Vartan en fille à matelots chantant dans un bar louche aux parois ornées de faunes, et finissant dans les bras de Johnny Haliday…

On suit le jeune Yan dans les couloirs et escaliers tortueux de Malpertuis à la découverte de ses secrets… De petites créatures ricanent au grenier, les ruines de d'abbaye des Barbuscins dans le parc cachent encore un canot brisé provenant de la goélette "Ananké" qui fit sur une île lointaine une stupéfiante découverte. Les personnages meurent les uns après les autres… Mais peuvent ils seulement mourir ? Peuvent-ils encore vivre ? De temps en temps, quelques indices parlent aux oreilles des "initiés" ès-mythologie, et on se dit : Non, ce n'est pas possible…

Dans une révélation finale, l'horreur et le grotesque d'un film réalisé avec peu de moyens (les effets spéciaux font ce qu'ils peuvent) et qui ne se prend par ailleurs pas au sérieux, débouche sur un pur moment de poésie où l'espace d'un instant les mondes et les légendes se rencontrent…

Orson Welles avait prévenu : "Je suis plus puissant que le Destin."

Devant une théorie de statues de pierre, autrefois légendes vivantes, Euryale soupire : "N'aurait-il pas mieux valu nous laisser sur notre île… ?" Et entr'ouvrant ses yeux de feu dans un ultime baiser : "Attention… les fruits de la connaissance… sont amers…"

Incontournable. Et dire qu'il existe à la cinémathèque belge une version plus complète du film non disponible en dvd !

Et quand nous offrira t-on cet autre curiosité du démiurge Harry Kümel : Les lèvres rouges, sur la comtesse vampire Bathory avec Delphine Seyrig ?


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De Impétueux, le 4 juin 2007 à 11:23
Note du film : 4/6

Ah, que c'est agaçant, DelaNuit ! Vous dites tout, et le dites si bien qu'on ne peut plus guère ajouter sa petite pierre à vos excellents messages !

Vous lisant, je me disais que j'allais au moins pouvoir ajouter la présence des Lèvres rouges à la filmographie de ce méconnu Harry Kümel, Lèvres sur qui, Arca et moi avions jadis devisé sur le fil correspondant de DVD Toile ; eh non ! voilà que in cauda venenum, vous citez à propos cette oeuvre également méconnue…

Pour en revenir à Malpertuis, je n'ai tout de même pas eu l'impression que cela méritait la note quasi-maximale de 6/6 que vous lui attribuez. Mais l'adaptation du chef d'oeuvre de du grand maître Jean Ray (si peu servi par le cinéma, hors La cité de l'indicible peur du gugusse Jean-Pierre Mocky) est, c'est vrai, de qualité, malgré de petits moyens techniques (et parallèlement, vous avez raison de le souligner, à une distribution éclatante : comment Kümel s'est-il débrouillé ?).

Il faudra que je revoie le film un de ces soirs…


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De DelaNuit, le 4 juin 2007 à 20:48
Note du film : 6/6

Désolé d'avoir été trop bavard… Que voulez-vous, vous êtes "impétueux", je suis passionné.

Pour l'excellence de ma note, sans doute est-elle effectivement exagérée. Malpertuis mérite le détour à plus d'un titre, mais ce 6/6 exprime un attachement tout à fait personnel pour le film et le sujet qui m'ont touché.

Je la maintiens tout de même, pour montrer que ce film bizarre peut susciter de tels engouements, et comme un pied de nez à toutes ces superproductions aux budgets faramineux, bourrées d'effets spéciaux de pointe, mais manquant tellement d'idées… et d'âme !


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De Arca1943, le 4 juin 2007 à 23:58

Et détail de générique : comme il y avait ma compatriote Danielle Ouimet dans Le rouge aux lèvres, il y a Daniel Pilon dans Malpertuis. Curieux, tout de même, ces Québécois qui font leur petit tour dans des films belges…


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De Impétueux, le 5 juin 2007 à 10:43
Note du film : 4/6

Mon reproche que vous ayez été trop long n'était que faribole jalouse, vous l'avez compris ! Et bien au contraire, vous m'avez donné l'envie de revoir ce film, un peu oublié dans un rayon obscur de ma DVDthèque !

Donc, mille mercis : vous n'êtes pas là depuis très longtemps, mais la pertinence et la finesse de vos messages nous font déjà besoin.

Mais, précisément parce que vous êtes un relatif novice, je me permets de revenir sur la question de la notation des films ; il y a eu naguère sur ce site un débat sur la création de listes de nos ''films préférés : vous trouverez d'ailleurs ces listes dans un onglet adéquat sur la page Forum.

Or, un film préféré n'est pas forcément un bon, ou un grand film. Nous en convenons tous assez aisément et c'est d'ailleurs ce que je crois lire dans votre message : il me semble (mais tout le monde n'est pas de mon avis, ici, je pense) qu'on peut essayer de procéder à un clivage entre affirmation de son goût et essai de jugement objectif : je ne peux pas décemment donner plus de 4 à Ah ! les belles bacchantes ou 2 à Canicule qui figurent dans ma liste (dite l'L'immarcescible, comme on dit La Discrète ou La Boudeuse) de films préférés.

Cela étant, vous faites naturellement à votre envie !!


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De Impétueux, le 5 août 2007 à 10:06
Note du film : 4/6

Comme je me l'étais promis, à la suite de l'excellent et exhaustif message de DelaNuit, j'ai revu ce Malpertuis, regardé jadis un peu distraitement.

Et il est vrai que, pour qui aime les atmosphères troubles, pesantes, incompréhensibles, il y a quelques séquences très prenantes et réussies, dont la qualité tient beaucoup aux décors. Ceux de la ville marchande de Flandre, où les façades opulentes du port coexistent avec le lacis de ruelles glacées, silencieuses, secrètes – on devine des cornettes, des couvents, des béguinages – et avec des quartiers populaires à tavernes débordantes sont excellents, mais ceux de la Maison mystérieuse, aux pièces chamarrées et aux couloirs lépreux le sont plus encore, noyés, qui plus est, dans une lumière bistre, presque terreuse, qui accentue les malaises évidents d'emblée ressentis.

La médiocrité fauchée des effets spéciaux, quelquefois à la limite (inférieure !) du ridicule me semble toutefois difficilement supportable (l'aigle dévorant le foie de Lampernisse-Prométhée, les statues en plâtre des dieux déchus). De la même façon, la direction d'acteurs n'est pas satisfaisante ; sans doute Orson Welles s'en sort-il fort bien, mais son rôle n'était pas le plus exigeant ; en revanche des acteurs aussi brillants que Jean-Pierre Cassel ou, plus encore, Michel Bouquet tutoient quelquefois l'outrance et le ridicule (ce qu'on peut fort bien admettre de Mlle Sylvie Vartan). Je crains qu'Harry Kümel, fort jeune à l'époque (30 ans) n'ait pas vraiment maîtrisé ses vedettes.

Cela dit, c'est très honorable, même si l'on rêverait d'avoir de vraies bonnes adaptations du grand maître Jean Ray, à la sonorité fantastique si originale, très oublié aujourd'hui, mais qui a ravi tous les amateurs de littérature marginale lorsqu'il était édité dans la défunte (?) collection Marabout.

Une remarque incongrue : la réunion de tous les protagonistes dans le grand salon de Malpertuis, et Philarète qui joue au bilboquet, m'ont fait irrésistiblement penser,y compris dans les tonalités de lumière au clip remarquable et inquiétant tourné par Bettina Rheims pour la chanson de l'OVNI Désireless qui s'appelait Voyage, voyage : même collection de trognes bizarres, même bilboquet, même ambiance lourde d'inconnu. Mais je doute que quelqu'un ait des lumières là-dessus.


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De DelaNuit, le 8 octobre 2007 à 00:28
Note du film : 6/6

Je ne puis vous répondre sur le clip dont vous parlez, mais en ce qui concerne les éditions de Jean Ray, cela pourra intéresser certaines personnes de savoir que Malpertuis a été réédité aux Editions Labor (n°88, espace Nord) à Bruxelles en 1993.

L'ouvrage est complété d'un dossier très intéressant, avec photos en noir et blanc, comparant notamment le livre et le film.


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