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Forum : Nous ne vieillirons pas ensemble

Sujet : À la fois fascinant et pénible


De PM Jarriq, le 12 avril 2007 à 08:22
Note du film : 5/6

Revu après plusieurs décennies, le film autobiographique de Pialat n'a pas pris une ride, et son parti-pris est d'un culot narratif assez insensé : ne raconter d'une relation amoureuse que les rencontres entre les protagonistes, et ignorer ce qui se passe entre. En gros, ils se séparent sur le quai d'une gare, et la séquence d'après, ils se retrouvent au retour. C'est étouffant, éprouvant même, car les personnages sont difficilement supportables : Yanne en macho infantile, brutal, collant, odieux, vulnérable, et elle en midinette pas bien maligne, clairement maso, mollement révoltée. Pialat filme exclusivement en plans-séquences, ce qui donne évidemment aux échanges, une rare authenticité, et crée souvent le malaise. Nous ne vieillirons pas ensemble suinte tellement le vécu, qu'il met le public en situation de voyeur, et rend le spectacle à la fois fascinant, et un peu pénible. Malgré le côté "sur le vif" de son film, le réalisateur maintient tout de même une photo soignée tout du long, ce qui est surprenant, voire paradoxal. Jobert est très bien, débarrassée de ses tics de comédienne, mais demeure sans surprise, et Jean Yanne compose un personnage d'une richesse humaine inouïe, entre l'odieux et le pathétique. Un de ses grands rôles avec Le boucher et Que la bête meure.


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De starlight, le 12 avril 2007 à 09:27
Note du film : 5/6

Ce film, tiré du roman auto-biographique de Maurice Pialat, est fascinant autant que dérangeant… Il rappelle à tout un chacun certains comportements "amoureux" contradictoires… L'appel et le rejet de l'autre intimement liés… tirer sur la corde jusqu'à ce qu'elle casse… faire supporter à l'autre le choix final de la décision… Un mal-être permanent où l'amour en tant que tel n'est pas en cause… seule sa traduction comportementale fait du héros un personnage psychologiquement faible… Jean Yanne était l'acteur rêvé pour interpréter ce rôle… Il a souvent donné de lui l'image d'une personne rustre et colérique (Cf/ses sketches sur le permis de conduire et l'accident de char)… Assez curieusement, il a refusé de monter sur le podium pour se voir remettre le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes… Certains commentaires précisent qu'il était en conflit avec Pialat sur la façon d'interprêter le rôle… jugeant la vision de Pialat trop avilissante… Reste un film profondément humain qu'il convient d'avoir dans sa vidéothèque.


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De Arca1943, le 6 juin 2007 à 02:22
Note du film : 5/6

Tiens, en passant, si d'aucuns doutaient du talent dramatique de Marlène Jobert, ils devraient revoir ce film où elle crève l'écran face au redoutable screen-eater Jean Yanne.


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De PM Jarriq, le 6 juin 2007 à 09:28
Note du film : 5/6

Les critiques américains avaient jadis comparé Jobert à Shirley MacLaine, ce qui n'est pas idiot, surtout si on pense à des films comme The trouble with Harry ou Comme un torrent.

Malgré tous les évidents défauts du jeu de l'actrice française – dont nous avons déjà parlé ailleurs ! – force est de reconnaître qu'elle n'a jamais été remplacée dans son emploi, et que même si elle n'a finalement pas tourné énormément, ses rôles dans Dernier domicile connu, Le passager de la pluie, le film de Pialat, Le bon et les méchants et Les mariés de l'an II, n'ont pas sombré dans l'oubli, quelques trente ans plus tard.


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De vincentp, le 5 juillet 2009 à 22:36
Note du film : 5/6

Je rejoins totalement Starlight et Pm Jarriq qui expriment ci-dessus des avis très pertinents et bien argumentés.

Nous ne vieillirons pas ensemble opère comme La Femme d'à côté de Truffaut une vision à 360° degrés des tenants et aboutissants d'une relation amoureuse difficile. Le personnage interprêté par Jean Yanne est très complexe (mélange de douceur, de dureté, d'éléments contradictoires) et très éloigné des poncifs récurrents du cinéma actuel.

Mais il y a aussi la photographie -magnifique- (signée Luciano Tovoli), et la mise en scène -efficace à l'extrême- de Maurice Pialat. A ce sujet, on peut remarquer le crescendo de cette histoire très bien construite : un enlisement des personnages qui se quittent, se retrouvent, puis une issue qui se dégage petit à petit, inéluctable, comme un feu de cheminée venant à quitter le brasier dans lequel il s'est lentement consumé, pour se retrouver à l'air libre. Cette issue donne un sens à ce qui précède, met en perspective les événements initiaux de l'histoire, montre la gravité des erreurs commises par le personnage de Jean, souligne au passage comment et quand il peut être possible de stopper ce type d'incendie affectif si destructeur pour des individus.

Ce film est également intéressant pour une autre raison : il offre un vaste panorama de la vie en société au début des années soixante-dix dans l'hexagone, à Paris et ailleurs (Camargue, Marseille, par exemple), grâce à de nombreux extérieurs. On remarque par exemple la façade du "bon marché" (façade que l'on retrouvera dans Le garçu toujours de Pialat, vingt ans plus tard).

Près de 40 ans après sa sortie en salles, ce film demeure extrêmement moderne, par le sujet, le traitement cinématographique de celui-ci et il s'impose aujourd'hui comme un classique qu'il faut avoir vu absolument.


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De fretyl, le 6 juillet 2009 à 18:56
Note du film : 6/6

Anecdote savoureuse à propos de ce film. Jean Yanne et Pialat se sont fâchés pendant le tournage…
Nous ne vieillirons pas ensemble est un film plus ou moins autobiographique puisque Yanne interprète une histoire qui avait été vécue autrefois par Pialat.
Et cela n'a pas arrangé les rapports entre l'acteur et le réalisateur. Pialat engueulait Jean Yanne parce qu'il arrivait le matin sur le tournage avec une chemise à carreaux, alors que lui n'en porte jamais. Et l'acteur ne se laissait bien évidemment pas faire !
En conclusion Jean Yanne refusera pour emmerder Pialat d'apprendre les dialogues du film, et lors des multiples scènes entre lui et Marléne Jobert dans la voiture on peut remarquer que Jean Yanne baisse souvent les yeux, pour lire les dialogues qu'il avait collés sur une fiche en papier sur le volant. Jean Yanne a d'ailleurs affirmé que cela lui donnait un air triste.

Et bien sûr on se souviendra que lors de la remise des prix à Cannes, il refusera la palme d'or qu'on lui remis pour ce rôle.


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De Impétueux, le 23 novembre 2016 à 17:13
Note du film : 5/6

Ah sûrement j'ai l'air malin, aujourd'hui, de m'être violemment cabré devant les deux premiers films de Pialat que j'ai vraiment regardés, il n'y a pas si longtemps que ça, d'ailleurs (À nos amours puis Loulou) et de m'être pourtant laissé attirer par cette étoile noire du cinéma qui, comme toutes les étoiles noires, fascine et entraîne. Au point que je suis maintenant parti pour découvrir toute l’œuvre du bonhomme. J'ai l'air malin.

Il est vrai que, même en regimbant fort, déjà je ne pouvais pas, fût-ce avec la pire mauvaise foi dont je peux disposer, prétendre que ce cinéma là était de la gnognote insignifiante ou de la prétention grinçante. Même si on ne veut pas tout de suite l'admettre, il y a dans Pialat quelque chose qui touche et qui remue. Comme dans un roman de Georges Bernanos (dont il a si magnifiquement adapté Sous le soleil de Satan), on a beau se débattre, il y a un moment où on est saisi de l'évidence de la Grâce.

Parler de grâce à propos de Nous ne vieillirons pas ensemble, j'en conviens, c'est un peu gonflé. Voilà un couple médiocre et exaspérant lui-même entouré d'êtres médiocres et de grande banalité ; et je n'exclus pas même de ce dénombrement Françoise (Macha Méril), l'épouse délaissée de Jean (Jean Yanne), toujours présente, toujours dolente et dont la perfection bienveillante finit par agacer. Et pourtant, oui, il y a de la grâce dans ce film brutal. Est-ce parce qu'il est étroitement autobiographique que c'est si fin, si triste, si tendre et si violent et surtout si miraculeusement juste ? Les spectateurs du film, paraît-il, étaient tous stupéfaits de trouver dans cette histoire si simplement filmée la complexité de leurs propres histoires : on n'avait jamais montré au cinéma le délitement d'une passion, passion brutale et épuisée dont les amants boivent l'amertume jusqu'à la lie.

On ne s'exprime pas, on ne bâtit rien – plutôt on n'a rien bâti – et on se retrouve dans le décalage amoureux qui conduit les hommes à s'accrocher toujours et les femmes à vraiment rompre. La relation des deux sexes n'est pas fabriquée de manière identique : de l'ordre du caoutchouc – ou du chewing-gum, si l'on préfère – d'un côté, de l'ordre de l'acier – ou de la porcelaine, si l'on veut – de l'autre (Maintenant que je m'aperçois que je t'aime, tu t'en vas !).


Maurice Pialat a filmé cela sans empathie pour ses personnages, avec des ellipses de récit qui, paradoxalement, rendent plus exactes leurs relations en les réduisant à l'essentiel. C'est ainsi que leur attirance charnelle est bien mieux rendue par leurs retrouvailles avides, sur un quai de gare ou dans la voiture de Jean, qu'elle ne le serait par un filmage de parties haletantes de jambes en l'air : l'érotisme est rarement où on le croit.

Comme on l'a dit, c'est étouffant et souvent désagréable tant on se sent comme propulsé dans une histoire lamentable qu'on est presque gêné de se trouver là, comme lorsque dans la rue, au restaurant, dans un train, n'importe où, on se trouve témoin d'une dispute dont on ne perçoit que les éclats et sûrement pas ce qui les a causés. Et pourtant on suit sans lassitude aucune ces incessants allers-retours, ces ni avec toi, ni sans toi qui s'éparpillent au fur et à mesure que le fossé devient gouffre.

Je ne sais si c'est Pialat qui par ses exigences a rendu les acteurs si bluffants. On n'est pas étonné pour Jean Yanne, qu'on n'a jamais vu mauvais ni même médiocre ; mais Marlène Jobert que je croyais confinée dans les rôles de charmante superficielle à peau dorée et craquante va bien au delà de cette image (et montre, dans l'entretien qu'elle donne en supplément du DVD, qu'elle est femme intelligente et sensible). Et les seconds rôles sont aussi d'une grande justesse : de Christine Fabréga, il est vrai déjà excellente dans Le deuxième souffle à Maurice Risch, souvent confiné à des silhouettes crasseuses ou à Muse Dalbray et Harry-Max.

Photographie magnifique ; un peu trop de son direct, à mon goût (et à ma vieille oreille). Et rythme, rythme, rythme : ce dont on a le plus besoin au cinéma.


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De Nadine Mouk, le 23 novembre 2016 à 20:20

Si vous devez vous mettre à boire du Pialat, commencez, je vous prie, par l'étincelant Police ….


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De Impétueux, le 24 novembre 2016 à 20:02
Note du film : 5/6

J'ai dû mal m'exprimer, ou vous avez dû mal me comprendre, Nadine Mouk ; j'ai déjà vu pas mal de Pialat ; avec ceux que je cite, il y a eu aussi La gueule ouverte et Passe ton bac d'abord. Police est, comme Van Gogh sur mon étagère et je le verrai dans les prochains jours.

Si je fais abstraction des courts métrages, il me restera à voir L'enfance nue, La maison des bois et Le garçu. La filmographie du réalisateur n'est pas si étendue que ça…


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De fretyl, le 27 novembre 2016 à 09:53
Note du film : 6/6

Critique de Jean Yanne à propos de ce film recueillie dans une de ses autobiographies : C'est simplement l'histoire d'un mec qui se fait chier…


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De Impétueux, le 27 novembre 2016 à 10:19
Note du film : 5/6

Jean Yanne ne s'est pas entendu avec Maurice Pialat et son propos est d'une rare mauvaise foi. Le personnage est bien plus complexe que ça et c'est ce qui rend le film si véridique.


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De fretyl, le 27 novembre 2016 à 10:29
Note du film : 6/6

Je place Jean Yanne très clairement dans la liste de mes acteurs préférés. Je trouve d'ailleurs que l'on occulte, voire que l'on oublie quelle a été son œuvre. Personne n'aurait été meilleur que lui dans le rôle qu'il tient dans Que la bête meure. Capable de jouer des personnages complexes il aura été aussi formidable dans Le boucher. A y regarder de près les deux films qu'il a tourné avec Chabrol sont les deux meilleurs films de son auteur.

Dans le domaine du divertissement, je l'aime bien dans Le saut de l'ange de Boisset ou dans Laisse aller c'est une valse de Lautner. Puis lorsqu'il prendra un peu d'envol on appréciera son humour très particulier de Erotissimo aux films qu'il a réalisés : Moi y'en a vouloir des sous, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ou encore le méconnu et délirant Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Sinon l'acteur pouvait jouer des vrais salopards aux airs patibulaires Armaguedon, La Raison d'état… Dommage que sa fin de carrière se soit terminée avec Belle maman, Le Pacte des loups, Gomez & Tavarès etc. Reste également sa prestation en Laval dans le Petain de Jean Marboeuf.


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De Impétueux, le 27 novembre 2016 à 13:02
Note du film : 5/6

Globalement d'accord avec vous, Frétyl pour célébrer la qualité du jeu (et de la personnalité !) de Jean Yanne

Au fait, vous oubliez parmi ses très beaux rôles, celui du chef de la sûreté Asselin dans Indochine de Régis Wargnier


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De fretyl, le 27 novembre 2016 à 13:55
Note du film : 6/6

Au fait, vous oubliez parmi ses très beaux rôles, celui du chef de la sûreté Asselin dans Indochine

Film que je n'ai pas vu pour le moment…

On oublie aussi généralement que Yanne satirique et caustique fut l'instigateur, voire le précurseur de ce qu'allait être Coluche ou allait inspirer des émissions comme le Bebete Show.

J'ai lu quelque part que Yanne avait comme projet d'adapter la bande dessinée des Bidochon pour le cinéma avec lui dans le rôle de Robert, si vous connaissez la bd. Hélas le projet se fera mais avec Serge Korber à la réalisation et Stevenin dans le rôle principal. Ce qui fut une véritable cata.

Jean Yanne était un grand !


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