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Forum : L'Intendant Shansho

Sujet : Beauté d'un film


De cormega, le 23 novembre 2006 à 18:58
Note du film : Chef-d'Oeuvre

L'Intendant Shansho est vraiment un film magnifique, le rythme est très lent mais fluide. Les thèmes de Mizoguchi sont très forts: l'unité familliale est prépondérante, la lutte contre l'esclavagisme et la barbarie, le respect des valeurs morales ("sois dur avec toi-même et généreux envers les autres").

Et puis il y a cette conclusion sur la plage où Zushio retrouve sa mère perdue depuis quinze qui constitue un très grand moment de cinéma.


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De vincentp, le 23 novembre 2006 à 20:48
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ce film est effectivement sublime, Cormega. Vraiment impressionnant, par le style et le propos. Comme le sont les films suivants : Les amants crucifiés, La rue de la honte, Le héros sacrilège, Les contes de la lune vague après la pluie qui pourraient tous figurer parmi les 100 chefs-d'oeuvre du cinéma. De véritables oeuvres d'art, qui me font l'effet d'être des étalons-référence, et qui, quand on les a vu et appréciés, relèguent au pied du piédestal bon nombre de classiques. Par contre, je n'ai pas apprécié "Oharu femme galante". Et heureusement je n'ai pas vu les autres films de Mizogushi, ceux des années quarante, faute de temps. Donc, du bonheur en perspective. Nb : nous invitons nos collègues Arca et Impétueux, si cultivés et si intelligents, à faire l'effort de découvrir ce type de cinéma, plutôt que regarder, à longueur de soirée, des nanars de seconde zone.


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De cormega, le 23 novembre 2006 à 23:35
Note du film : Chef-d'Oeuvre

C'est sûr que pour apprécier ce genre de cinéma cela demande un petit effort, surtout pour les premiers films; ensuite quand on y prend goût ça devient un véritable plaisir.

J'en suis dans cette phase et je m'apprête à découvrir, avec beaucoup d'impatience, tous les films que tu cites (sauf La Rue De La Honte déjà vu).


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De Impétueux, le 24 novembre 2006 à 00:05

La perfide allusion à nos amours, dissemblables mais éloignées des prestiges de cet Extrême-orient qui vous envoûte, ami Vincentp, ne me fera pas vraiment, pour l'instant, changer d'un iota : je n'ai pas pour le Japon la moindre attirance !


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De lych666, le 24 novembre 2006 à 01:17

Vous ne savez pas ce que vous ratez, Impétueux… Vous qui n'aimez pas les conseils…

Je viens de commander un coffret Mizoguchi à pas cher sur ebay, sans faire de pub… J'ai vraiment hâte de me delecter corps et âme à travers cette douce contemplation d'une calligraphie virtuelle de mouvement de caméra, impossible à exprimer pour qui n'aime pas…

La beauté, la simplicité, la chair, le sang, le coeur de la réalité, ce qui touche au vrai… Admiré par Eustache, vénéré par Rohmer… On s'en fiche… Le bonheur est trop précieux pour les ignorants et les bornés… De la magie à l'état pur, une peinture, qui démange la virtuosité de toutes les connections du cerveau en même temps…


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De Impétueux, le 24 novembre 2006 à 09:53

Mais j'admets très volontiers être borné, limité, enclos dans des frontières ! Et ça ne me cause aucun complexe et aucun souci ! Vous me faites penser à tous ceux qui me disent "Comment ? Tu n'aime pas les carottes ? Mais pourquoi ? Et puis les carottes, c'est très bon pour la santé, ça rend aimable, c'est délicieux, etc."

Je n'ai pas goûté à une carotte depuis plus de cinquante ans.

C'est comme ça.

Et moi, qui aime infiniment aussi le spectacle sportif, il ne me viendrait pas à l'idée de dire à quiconque n'en aurait pas envie "Comment ! Tu n'aimes pas le football ? Si tu savais comme c'est bon quand ton équipe marque un but ! Quel suspense, quelle dramaturgie !"

S'il vous plaît, pas d'invective, pas d'attaque "ad hominem", pas de mépris sur des attitudes qui ont, sinon leur raison, du moins leur cohérence !


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De lych666, le 24 novembre 2006 à 11:08

Dommage, on dit que les carottes sont bonnes pour la vue et il parait que ça rend aimable (attaque facile)…

Vous me parlez de cohérence d'attitude, mais vous dites être insensible aux films japonais (voire au cinéma asiatique en général)… Qu'est ce que ça signifie? Pourquoi ce blocage? Le cinema japonais n'est pas un film de genre à lui tout seul, il est vaste et riche comme n'importe quel autre cinéma, français ou étranger. Je n'essaie pas d'ébranler toutes vos préconceptions (qui ont l'air sacrément ancrées), comme vous le dites à chaque tentative d'un autre forumer de vous ouvrir l'esprit, vous n'aimez pas les conseils, votre âge avancé selon vous, vous donne la permission de ne pas vouloir changer… Je ne m'attaque pas à vous en particulier, je pense ignorer beaucoup plus de choses que vous, mais j'essaie de faire de mon mieux pour élargir ma curiosité, m'interesser à tout et surtout ne pas avoir d'avis arrêté sur quelque chose que je connais peu ou pas du tout…

Enfin, vous devez avoir vos raisons… Mais elles sont incompréhensibles pour moi…


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De Impétueux, le 24 novembre 2006 à 11:44

Bon. Je vais essayer de répondre sans mettre en avant mon histoire intime, des anecdotes qui me concernent, mon petit ego et tout ce qui personnaliserait outrancièrement les choses.

De façon très grossière, il me semble qu'il y a, aujourd'hui plus que jadis, deux façons d'appréhender les domaines qui nous intéressent et dont aucune n'est, en soi, en dignité, supérieure à l'autre mais correspondent à une certaine disposition d'esprit : la superficie et la profondeur, l'étendue et le volume.

Par rapport à la génération née au début du 20ème siècle (en gros, avant la seconde guerre) nous avons vu s'ouvrir le vaste paysage du monde, auparavant encore confiné à la France, à l'Europe, à l'Occident (Etats-Unis). Ce qu'on appelle, en littérature le "Domaine étranger" a pris une part significative et de plus en plus importante des magazines littéraires et il n'est plus du tout exceptionnel, loin de là, qu'on propose à notre curiosité un récit guatémaltèque, un roman malais, un recueil de nouvelles tanzanien. Le phénomène est moins généralisé au cinéma (parce que réaliser un film coûte plus cher qu'éditer un livre) mais, alors même, d'ailleurs, que les cinémas européens – hors le cinéma français, grâce (?) au financement public – disparaissent, on a vu arriver sur les écrans le cinéma japonais d'abord, puis chinois, coréen, indien, mais aussi, de façon moindre, brésilien, africain, etc.

Je n'ai évidemment rien contre ces cinémas-là et – j'espère que vous m'en accordez crédit – ma démarche n'a rien de xénophobe ou de raciste. Je pense néanmoins qu'on est d'autant plus sensible à une oeuvre artistique, quelle qu'elle soit, qu'on en connaît l'environnement, les racines, les codes, les non-dits : aller au Louvre et contempler les oeuvres sans avoir la moindre idée ni de la mythologie, ni de l'histoire, ni de l'histoire de l'Art n'empêche certes pas certaines émotions de naître, mais stérilise beaucoup de ces liens intellectuels qui permettent de goûter pleinement tableau ou sculpture.

Une anecdote personnelle, malgré l'incipit de ce message : il y a quelques années s'est tenue, au Grand Palais, une exposition sur l'admirable site d'Angkor : j'en suis sorti découragé : pour être vraiment appréciée,l'exposition faisait appel à tant de connaissances – religieuses, historiques (le site a été développé sur plusieurs siècles), esthétiques – que j'étais forcément évacué.

De la même façon que la pleine possession d'une langue permet seule de goûter allusions, jeux de mots, finesses diverses dans un livre – ce que la traduction ne permet qu'imparfaitement – j'estime que la connaissance plus ou moins profonde d'un pays, d'une civilisation permet d'apprécier un film (ou tout autre chose, peut-être aussi) : de plus, qui est en résonance, en sympathie avec un peuple ou une contrée y sera également davantage sensible (et là encore un exemple : je connais un peu et j'aime profondément l'Italie : je suis plus spontanément en harmonie avec les films italiens qu'avec, disons les films tchèques).

Mais, me direz-vous, pourquoi se priver d'approcher d'admirables trésors qui, parce qu'ils vous sont étrangers (au sens de "lointains") ne devraient pas vous empêcher de vous en approcher ?

Certes : mais c'est là qu'intervient la disposition d'esprit que j'évoquais au début de ce trop long message : la superficie et la profondeur, l'étendue et le volume. Ou si vous préférez, en présentant caricaturalement les choses, l'attitude du touche-à-tout, l'attitude du spécialiste ; l'une et l'autre présentent de graves travers : le touche-à-tout picore et butine tout ce qui est à sa portée, jusqu'à devenir le dilettante ; quant au spécialiste, je peux m'en moquer davantage encore, puisque c'est plutôt ma pente, en paraphrasant mon cher Jean Giono qui écrivait : "La technique consiste à savoir le plus de choses possible sur des sujets de plus en plus restreints, ce qui aboutit, en fin de compte, à tout savoir sur rien". C'est bien le cas du spécialiste.

Il se trouve que la vie a une misérable finitude, que rien n'est aussi déprimant que d'entrer dans une grande bibliothèque (ou même dans une petite librairie) et de se dire que des milliards de pages d'oeuvres exaltantes, émouvantes, éprouvantes sont là et que vous n'aurez jamais le temps de les découvrir en procédant par cette vieille méthode dite "des essais et des erreurs", et d'aller chercher, au milieu du foisonnement, ce qui va vraiment vous toucher, alors même qu'en revanche vous savez que tel auteur, dont vous n'avez pas encore tout lu, vous a toujours réservé ces émotions et ces bonheurs que vous cherchez.(Et en plus vous pouvez relire, et vous redonner le plaisir peut-être encore renforcé !).

A bientôt soixante ans, je n'ai plus guère le temps de m'initier, d'apprendre, d'approfondir des pans entiers de nouveauté ; la découverte n'est plus ni de mon goût, ni de mon âge, si ce n'est fortuitement. Mais croyez bien que je ne tiens pas cette attitude pour supérieure en dignité à toutes les autres.

Quand je serai au Paradis, ce que j'espère fortement, j'aurai davantage le temps de découvrir Kurosawa, Ozu ou Mizoguchi !


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De vincentp, le 24 novembre 2006 à 13:02
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Vos explications ne sont pas complètement convaincantes, Impétueux. Comme un scénario, brinqueballant, que vous prenez plaisir à titiller (ex : le dernier Canet). Car vous avez en effet dans votre liste dite immarscible des auteurs contemporains et de nationalité étrangère comme Kusturica, Mikhalkov, Lucas Belvaux (pourquoi Lucas Belvaux ?), ainsi qu'un film comme Blair Witch. Donc, vous n'êtes pas en fait réfractaire à la découverte d'un cinéma qui répond à d'autres codes que le cinéma français d'après-guerre.

Je décèle en vous une double personnalité : l'homme public affable, ouvert et volubile, et le conseiller interne en cinématographie en proie aux affres du doute, inquiet et replié sur lui-même. Ces deux personnalités résolvent visiblement leur conflit traumatique via l'expression écrite sur dvdtoile, génératrice d'un consensus apaisant, et d'un sommeil réparateur. Vous êtes à la fois le Gassmann et le Trintignant de Le fanfaron.


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De Impétueux, le 24 novembre 2006 à 13:38

Je conçois que la longueur et l'indigestibilité de mon message vous aient retenu de le bien lire jusqu'au bout : car, in fine, j'ai écrit : "la découverte n'est plus ni de mon goût, ni de mon âge, si ce n'est fortuitement". Ce "si ce n'est fortuitement" est la clef de ce que vous citez comme sortant de la période 1930-1980 dans quoi je ne suis donc pas tout à fait confiné. Pur hasard, quelquefois, comme pour la découverte de Lucas Belvaux, insistance de ma progéniture pour Sofia Coppola ou sympathie pour les slaves, pour Mikhalkov et Kusturica.

De la même façon, en littérature, mon goût pour les auteurs morts est (un peu) contrebalancé par l'intérêt que je porte à Patrick Modiano ou Michel Houellebecq (il est vrai que l'un est le romancier du passé trouble, l'autre celui du mépris du monde moderne).

Alors, comme ça, il y a deux hommes en moi ? Deux, seulement ? Vous êtes certain ? J'en vois bien davantage !


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De vincentp, le 17 mars à 22:53
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu sur grand écran, Sanshô dayû, réalisé par Mizoguchi en 1954, est une oeuvre parfaite, monument du cinéma, dont la chronique constitue un défi ! Atout premier de Sansho Dayu : son propos développé sur 120 minutes, brassant une quantité considérable de thèmes existentiels provenant d'une oeuvre écrite en 1913 par Rintao Mori, relatant une histoire médiévale nippone. Des séquences mettent aux prises des personnages emblématiques des oppositions de la société humaine (hommes et femmes, riches et pauvres, jeunes et vieux, lettrés et incultes). On parle beaucoup, on se rudoie, les fortes personnalités tentent de faire valoir leur point de vue, sous le joug de la répression féodale féroce, basée sur l'esclavage. Une forte souffrance physique et intellectuelle est portée au regard du spectateur. Et puis vient la leçon humaniste d'évidence assénée par des personnages inspirés, le tout accompagné par une musique discrète et lyrique.

Atout second de cette oeuvre : sa perfection formelle, ses plans très soigneusement composés via une mise en scène invisible. La gestion des déplacements physiques, ou le placement statique des personnages sont des modèles du genre, avec pour ma part une préférence pour les scènes situées dans les grands espaces (par exemple, la vue en plongée semble-t-il sur Kyoto depuis la forêt environnante). Le rythme et l'éclairage conjugués apportent la touche poétique et dramatique souhaitée par Mizoguchi. La jeune fille entre lentement dans l'eau qui se déplace autour d'elle sous forme d'ondes, éclairée par une lumière divinatoire. Mais perfection de fond et de forme ne signifie pas adhésion obligée du spectateur : le récit est émouvant, mais ne correspond pas complètement à ma sensibilité. En transes pour Charulata ou Des jours et des nuits dans la forêt de Satyajit Ray ou pour les films de Ozu, je reste un peu extérieur à certaines des oeuvres de Mizoguchi.


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