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Forum : La Charge héroïque

Sujet : Un sommet du western classique


De dumbledore, le 7 octobre 2003 à 11:27
Note du film : 6/6

Tourné un an avant Rio Grande et un après Le massacre de fort apache, La charge héroïque est le plus beau de cette trilogie de Ford sur la Cavalerie américaine.

La raison en est le sujet. Ford ne s'interroge pas sur la grandeur de l'armée américaine, mais sur un conflit de génération et sur un personnage vieillissant. John Wayne joue Nathan Brittles, un capitaine qui n'a plus qu'une semaine avant de prendre sa retraite. Le temps passe lentement mais sûrement et ce temps qui passe ne pourra plus jamais être rattrapé. Le temps est au centre du film, les cavaliers courent contre le temps pour attraper une dilligence qu'ils n'attraperont pas, un détachement doit tenir douze heures sur un gué, Brittles doit mener une action en 20 minutes chrono, etc. Et ce temps sera même symbolisé par la montre que lui offre ses hommes et qui sera l'occasion d'un final éblouissant pour lequel la lenteur laisse place à l'action.

John Wayne trouve ici un de ses plus beaux personnages et prouve définitivement et sans conteste possible qu'il n'était pas seulement un monument du cinéma, mais un excellent acteur avec une palette de jeu impressionnante. Plusieurs scènes qui reposent uniquement sur lui et non sur la mise en scène de son ami John Ford le prouvent bien. Une plus que d'autre, celle dans laquelle on lui remet la montre et qu'il doit lire l'inscription. Wayne aurait improvisé la sortie des lunettes pour «contourner» ainsi l'émotion de la lecture, idée géniale car porteuse d'une autre émission plus forte et plus véridique par rapport à son personnage : il ne joue pas l'émotion dûe à l'amitié témoignée par ses hommes, mais le malaise à se montrer pour la première fois vieux et finissant aux yeux de ses jeunes hommes.

Autre scène sublime, celle du retour au camp dans les dernières scènes du film et qui montre combien le titre français est une erreur. On pourrait traduire le titre anglais par « Elle portait un ruban jaune », ruban que portait les jeunes femmes pour dire qu'elles étaient amoureuses. Reçu par le fort, les hommes se sont mis sur leur 31 et les femmes témoignent de leur amour par ce petit bout de couleur.

Le personnage de Brittles est un des plus humains joués par Wayne. C'est un véritable père pour ses hommes, mais sans être paternaliste ou même sévère, non, il joue un père sage et mûr. Il regarde ainsi le jeune couple se former avec un regard à la fois amusé et complice. Mais surtout, il intervient le minimum possible, sachant que les erreurs que font l'un et l'autre sont nécessaires et font partie de la vie elle-même. C'est également un personnage qui a tout perdu : sa femme, son passé, et qui n'a plus que l'armée pour seule vie. Et il sait que cette vie, il devra la quitter elle aussi, car l'époque a changé. Les jeunes sont en train de prendre la place et eux ont oublié les leçons d'une histoire tragique condamnée à se répéter.

La scène de discussion entre Wayne et le chef indien est à cet égard tout à la fois surprenant et touchant.

Voilà donc un des plus beaux westerns, un de ces films qui va tellement plus loin que l'histoire racontée qu'il ne peut plus être réduit à un genre…


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De Moonfleet, le 7 octobre 2003 à 13:10
Note du film : 6/6

Tout simplement mon film préféré : 7/6  ;-)

L'une des restaurations les plus étonnantes de l'histoire des classiques en DVD : content que ce soit le même master.


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De Moonfleet, le 7 octobre 2003 à 13:31
Note du film : 6/6

Pourquoi trop classique ? La Charge héroïque est peut-être le plus "classique" des 3 justement !


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De silverfox, le 9 octobre 2007 à 18:28

En tout cas, par n'importe quel boût, qu'on le prenne, ce western reste un chef d'oeuvre d'humanisme incontestable.


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De Impétueux, le 30 septembre 2012 à 23:12
Note du film : 4/6

Quelle idée idiote de ne pas avoir traduit en français le titre originel, Elle portait un ruban jaune et d'avoir baptisé le film de John Ford La charge héroïque, alors qu'il n'y a pas de charge, et encore moins d'héroïsme, mais une simple roublarde opération de commando nocturne qui suffit à égayer d'impressionnables Indiens cheyennes et à valoir à la triomphante cavalerie étasunienne des lauriers faciles !

Oui, le titre originel, qui était bien plus romanesque et charmant, chanson de marche traditionnelle, comme pouvait l'être notre Auprès de ma blonde aurait bien mieux convenu à un film dont l'absence d'intrigue est absolument remarquable, et qui figure pourtant, à l'opinion commune, parmi les westerns du plus haut niveau…

Alors que mes pas de cinéphage étaient balbutiants encore, un de mes aînés m'avait fait remarquer combien, chez John Ford, la beauté des ciels était éclatante… Et depuis lors, une bonne cinquantaine d'années, je n'ai pu regarder un de ces films d'Ouest sans accorder une particulière importance à ces arrière-plans… Il est vrai aussi que, dès que l'on ôte à ces histoires simples leur environnement paysager, il n'en reste pas grand chose.

Mais dans La charge héroïque, il y a tout de ces robustes films qui ont charmé des générations d'amateurs et ont constitué un mythe d'autant plus fort qu'il ne reposait que sur peu de choses : paysages très spectaculaires de Monument valley, diligences secouées par les cahots, chevaux lancés à pleine course dans des cavalcades étourdissantes, clairons sonores, troupeaux de bisons, Indiens austères, flèches empennées, calumets de la paix, wigwams, squaws, papooses, tuniques bleues, bivouacs apaisants.

Et, naturellement, des jeunes écervelés se disputant le cœur d'une coquette, seul gibier possible dans ces terres de grande solitude. et quelques autres figures obligées, le soldat passionnément attaché à la fois à son capitaine et au whisky, le fortin germe d'ordre au sein du chaos, les bagarres à l'irlandaise, les sudistes nostalgiques et loyaux.

J'ai l'air de ricaner, mais en fait j'ai trouvé le film excellent, pour qui se contente de paysages sublimes et de caractères sommaires mais bien trempés.


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De Impétueux, le 1er octobre 2012 à 11:35
Note du film : 4/6

Je n'ai pas boudé mon plaisir, et ne pense pas l'avoir dissimulé dans mon message, mais ça n'atteint tout de même pas, dans mon esprit, le niveau de La prisonnière du désert qui offre un vrai scénario.

Cela dit, je ne suis pas très bon juge, je l'admets volontiers, le western ne m'étant ni familier, ni sympathique. Mais La charge héroïque fait partie de mes bonnes surprises, pour la qualité de la prise de vue.


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De vincentp, le 13 novembre 2017 à 23:00
Note du film : Chef-d'Oeuvre


John Wayne n'a que 42 ans quand il interprète le rôle de Nathan Brittles, capitaine de la cavalerie des Etats-Unis, à la veille de son départ à la retraite, en 1876. C'est un des très grands rôles de Wayne, qui déploie un registre étendu de composition, tour à tour bourru, attentif à la bonne marche de la communauté et du règlement, combatif face à la rébellion des chefaillons indiens, kiowas, arapahoes, comanches et cheyennes. Très émouvant sur la tombe de sa femme décédée à à peine trente ans dans l'Ouest. La charge héroïque (1949) impressionne par la qualité de la photographie en couleur de Winton C. Hoch (oscarisée). Les tournages sont effectués avec une lumière rasante du matin ou de fin d'après-midi et projettent des ombres crépusculaires sur le sol. La forme est en phase avec le ton élégiaque de l'oeuvre (départ à la retraite pour Brittles et le sergent Quincannon, amour contrarié pour les lieutenants Cohill et Penell, face à la belle Olivia).

Une gestion du cadre sublime, utilisant à merveille les larges horizons de Monument Valley, pour repousser des limites mentales des personnages, déifiés par leurs exploits et humanisés par leurs faiblesses. A son habitude, John Ford introduit des ruptures de ton, croisant le drame et la comédie, les scènes d'action et les moments intimistes. Il est question de la construction d'une communauté et aussi du temps qui passe comme pour bien d'autres œuvres passées et à venir du cinéaste : Fort Apache ou The Searchers… Le scénario de Frank S. Nugent et Laurence Stallings (Le Grand Passage) est brillant, extrêmement bien dialogué, met en valeur de nombreux personnages secondaires. Parmi ceux-ci, se distingue sans emphase un remarquable Ben Johnson, très sous-estimé, dans le rôle du sergent Tyree. Cet acteur exécute des cascades spectaculaires à cheval et opère un rôle de modérateur utile dans le groupe militaire, composé de figures excentriques.


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