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Sujet : L'homme démoli


De Impétueux, le 5 novembre 2006 à 09:55
Note du film : 5/6

Mon 5 n'est pas loin de valoir 6 et, si j'étais plus équitable qu'impulsif, ma note serait plus haute, parce que Gueule d'amour est vraiment un film magnifique, superbement réalisé, avec des trouvailles qui font vraiment regretter que Grémillon ait si peu tourné.

Mais voilà que, sans en avoir du tout marre de l'acteur, j'ai un peu marre de ce personnage dans quoi l'Avant-Guerre a confiné Jean Gabin : le beau gosse, souvent tête brûlée, ami des femmes qui, finalement, du fait d'un Destin implacable, en prend plein la figure : en quatre ans (1935-1939), voici La bandera, puis La belle équipe, Pepe le Moko, Quai des brumes, La bête humaine enfin Le jour se lève ! Quoi qu'on en dise, après la Guerre, si la densité des chefs d’œuvre est moindre, la palette sera plus variée, avec le paysan émoustillé du Plaisir, le cheminot aveugle de La nuit est mon royaume, l'entrepreneur de spectacle de French cancan, le peintre cynique de La traversée de Paris (sans compter bien sûr, les mille malfrats incarnés à partir de Touchez pas au grisbi).

Gueule d'amour intervient donc en plein dans ces dernières années Trente, époque où le prestige de l'uniforme masque l'effarant état d'impréparation dans lequel des gouvernements de ganaches impuissantes ont confiné le pays. Pour l'heure, la France, deuxième empire colonial du Monde, aime ses troupes à proportion qu'elles sont exotiques. Parmi les spahis, cantonnés à Orange, un sous-officier, Lucien Bourrache (Gabin, donc) est la clef des cœurs et fait frémir de désir toute la population féminine de la bourgade.

Que, au cours d'une permission, il rencontre Madeleine (Mireille Balin, la Gaby de Pepe le Moko), demi-mondaine indifférente et désenchantée, et l'aventure commence, dans l'évidence de sa logique, un type fou de passion qui court après une femme facile, maquerellée par sa mère et soucieuse avant tout de son confort et de son demi luxe.

Anecdote facile, à l'issue prévisible, mais impeccablement tournée. Parce que Grémillon est un véritable cinéaste, à la façon de filmer hardie, multipliant les angles innovants et les images d'une grande beauté plastique, sachant admirablement composer une atmosphère ; par exemple, les premières images du film, qui évoquent la poisseuse torpeur de la petite ville endormie durant les manœuvres du régiment, grâce à quelques jeux d'ombre dans les rues vides, au chuintement d'une fontaine, à quelques carafes prêtes à servir des hommes assoiffés, et le réveil brusque et claironnant des boulevards et des balcons, à l'entrée de la troupe où chevauche, admiré de toutes, Gueule d'amour. Et par contraste le retour à Orange de ce même Gueule d'amour, Lucien Bourrache démobilisé, qui paraît si étriqué dans son costume de pékin alors que défilent – en ombres portées seulement – les fiers spahis dont il n'est plus !

Le dialogue (de Charles Spaak !) est étincelant de force, d'intelligence, d'esprit (Être un gamin, c'est le premier bonheur que vous donne une femme), les situations sont cruelles, les personnages typés (belle silhouette du valet de chambre de Madeleine, stylé, prétentieux et cruel – Jean Aymé, remarquable, et de la mère de Madame – Marguerite Deval – répugnante de veulerie).

Un superbe film, vraiment ; image très convenable, son acceptable, chapitrage : nous aurait-on changé René Chateau ?


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De vincentp, le 5 novembre 2006 à 11:05
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je partage votre point de vue concernant les grandes capacités de Grémillon à créer de toute pièce une atmosphère d'époque qui sonne juste : ainsi le garage de Le ciel est à vous, le chantier de Lumière d'été, deux films admirables. Et en plus une mise en scène et des dialogues très modernes, qui rendent la vision de ces films encore aujourd'hui très agréable.


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De Coni, le 17 novembre 2007 à 23:57
Note du film : 6/6

Je vote pour ce film magnifique. Il y d'autres Grémillon à sortir en DVD. Pattes blanches par exemple. Un grand cinéaste encore trop ignoré.


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De gabinos, le 27 novembre 2009 à 22:27
Note du film : 6/6

J'ai une cassette VHS de ce film et également un dvd hélas dans la collection René Chateau, je me suis aperçu qu'une scène du film dans la version dvd a disparu. Cette scène est la seule où l'on peut voir Maurice Baquet (26ans à l'époque) d'ailleurs non crédité au générique. En elle même cette scène n'apporte rien au film, Maurice Baquet frappe a la porte du docteur (René Lefèvre) entre, il a un furoncle mal placé, René Lefevre lui dit" enlève ta culotte" ; fin de la scène. Pourquoi l'avoir enlevée ? C'est de la censure, elle n'a pas beaucoup choqué dans les années trente.

Il y en a marre du politiquement correct on supprime la cigarette de lucky luke, la pipe de Tati,la cigarette de Gainsbourg sur une affiche dernièrement a quant la disparition des cigares de sir Winston Churchill. René chateau nous vend des dvd dont l'image et le son sont souvent déplorables ,sans aucuns bonus et en plus il fait des coupures, c'est lamentable.

Je suis un fan de jean Gabin pour moi le plus grand acteur français de tout les temps,et sans doute le plus grand acteur européen dans la période (1935-1939) son jeu hyper moderne a vite démodé le jeu des acteur issue du théâtre de l'époque, il a eu aussi la chance d'être dirigé par les plus grands (Renoir, Carné, Duvivier, Gremillon et même ses premiers films (1930-1934) sont loin d'être déshonorants (Cœur de lilas(1931), LK belle marinière(1932), Le tunnel(1933), Maria Chapdelaine (1934). Et que dire de l'homme, il a fait une guerre courageuse,honorable (1942-1945) alors que l'on ne lui demandait rien (campagne dans la 2db jusqu'à Bertchesgaden. En 45 il se battait encore pour réduire la poche de Royan).

Oublié, revenu marqué, les cheveux blancs (il était blond aux yeux bleus), absent des écrans français, Remorques tourné en 39-40 ne sort qu'en 41 en France, les 2 films tournés aux États-Unis ne serons visible qu'après la guerre, il entame alors ce qu'il appelai sa période grise (1946-1954)après l'échec de Martin Roumagnac (qui n'est pas si mauvais) il revient au premier plan avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1954), pour ne plus le quitter,pouvant tout jouer avec autorité.

Sa deuxième carrière complètement différente faisant presque oublier la première, un des rares acteurs a avoir à son actif plus d'une dizaine de purs chefs-d’œuvre (La Bandera, La belle équipe, Pépé le Moko, La grande illusion, Gueule d'amour, Quai des brumes, La bête humaine, Le jour se lève, Remorques, Des gens sans importance, Voici le temps des assassins, La traversée de Paris, Maigret tend un piège, Un singe en hiver, Mélodie en sous sol, Le clan des Siciliens).

                                                                                         

Au fait, mon pseudonyme, Gabinos, est le surnom que lui avait donne Edwige Feuillere dans le film de Duvivier, Golgotha en 1934, lui même la surnommant madame ponce, car il jouait le rôle de Ponce Pilate et elle sa femme. Gabinos en référence a albinos car il était blond aux yeux bleus.


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De vincentp, le 18 octobre 2016 à 23:41
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Trame archi-rebattue dans le cinéma français des années trente et au-delà (le héros sombrant peu à peu, poussé par un contexte social et quelques personnes malveillantes) mais le style de Grémillon, le jeu de Gabin, et l'adaptation de Charles Spaak de l'oeuvre littéraire originelle font la différence avec le tout-venant de l'époque. Des personnages nuancés, avec qualités et défauts, nouant des relations sociales et humaines élaborées (le valet fait par exemple preuve d'initiatives, de perspicacité, de qualités morales étonnantes vis à vis de ses patrons, balayant la hiérarchie sociale au sein de son lieu de travail). Une description minutieuse des classes sociales et de leur environnement citadin, avec ses ouvriers de l'imprimerie affiliés à la CGT, ses bourgeois confortablement installés, ses affiches de spectacle, et ses hôtels populaires.

Evidemment, Jean Gabin réalise une prestation de premier ordre, colérique, abattu, réfléchi, entreprenant, susurrant des mots qui font mouche, surtout aux femmes… La mise en scène de Grémillon, sans effets appuyés, est remarquable. Une discrète touche cosmique : Gabin et sa compagne, situés sur le point culminant du parc des Buttes-Chaumont, par un soleil au zénith, ou plus tard, Gabin agité, dans un environnement méditerranéen balayé par le vent. Fluidité des transitions entre séquences (le clocher de la ville d'Orange succède à la tour massive de la gare de Lyon, à Paris). Mise à contribution de l'imaginaire du spectateur (l'image des Spahis projetée sur le sol, renvoyant à la projection mentale du personnage principal). Et une sublime photographie en noir et blanc de Günther Rittau magnifiée par la version restaurée diffusée sur grand-écran.


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