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Sujet : Si pacifiste que ça ?


De Impétueux, le 6 octobre 2006 à 12:30
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Après une bonne dizaine de visionnages, anciens et récents, de ce chef d'oeuvre de Jean Renoir, j'en suis toujours à me demander ce qui lui vaut sa réputation d'oeuvre pacifiste, de brûlot subversif, réputation qui lui a – ou lui aurait – valu interdictions diverses et mises sous le boisseau. Ou alors – et c'est plutôt même sans doute là qu'il faut chercher – parce qu'en 1937, date de sortie du film, les lourdes machines des propagandes se sont mises à accélérer et ne tolèrent plus, pour la commodité de leur fonctionnement, qu'il y ait nuances, ambiguïtés, subtilités dans la mise en scène des réalités.

Les réalités, il me semble qu'elles sont doubles ou triples, mais suffisamment intelligentes pour n'être pas révolutionnaires ! Et si nous débarrassons aujourd'hui un film qui se passe pendant la Grande guerre d'une partie des aspects conjoncturels de l'époque de son tournage, sur quelles réalités, précisément, tombons-nous ?

  • Qu'il existe une sorte d'Internationale des gens bien élevés, qui transcende les appartenances nationales ?
  • Que la guerre peut se faire sans haine entre adversaires qui s'estiment ?
  • Que le désir, l'attirance physique, certaines frustrations peuvent entraîner des gens qui se comprennent à peine à engager une jolie (et provisoire) histoire ?

La belle affaire ! Tout cela est de l'ordre des rassurantes évidences !

Je ne vois pas, en tout cas, chez Renoir un appel à la désobéissance, une remise en question du rôle de chacun ; bien au contraire, les combattants combattent dans un respect mutuel (mais il ne faut pas méconnaître que nos combattants sont des aviateurs, des aristocrates de la bagarre, qu'ils ne sont pas soumis à la promiscuité dégradante de la tranchée !) ; chacun fait son devoir, sans détestation de l'autre (j'ai écrit sur le fil de Mourir à Madrid que c'est généralement seulement dans les guerres civiles qu'on déteste le type d'en face, parce qu'on sait pourquoi on le hait) ; chacun joue son rôle : les prisonniers cherchent à s'évader, les geôliers à les en empêcher. Et si Rauffenstein (quel rôle aura plus fait pour la légende d'Erich von Stroheim ?) se résout à tirer sur Boeldieu (même remarque pour Pierre Fresnay), ce n'est évidemment pas de gaieté de coeur, mais parce que c'est l'ordre des choses.

En fait, chacun fait son Devoir, sans fanatisme ou joie mauvaise ; mais il n'y a pas non plus d'aspect niais et grandiloquent, comme dans le J'accuse d'Abel Gance où les morts sortent des tranchées pour demander des comptes, et moins encore de côté lendemains qui chantent comme dans La vie est à nous, délicieux film de propagande communiste du même Jean Renoir.

Qui pourrait dire qu'il y a de la révolte, de l'esprit crosse-en-l'air, de la mutinerie, dans la silhouette de Maréchal (Jean Gabin) et de Rosenthal (admirable Marcel Dalio) qui gagnent la Suisse dans la neige, après avoir quitté la ferme d'Elsa (Dita Parlo) ?

Je gage même qu'après une permission de convalescence, Maréchal et Rosenthal reprendront le combat…


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De paul_mtl, le 6 octobre 2006 à 13:50
Note du film : 5/6

Qu'il existe une sorte d'Internationale "des gens bien élevés", qui transcende les appartenances nationales ?

L'histoire nous montre les liens entre les differents royautés d'Europe qui ont joué parfois au dela des nationalités et frontieres.

L'aristocrate allemand (interpreté par l'excelent Erich Von Stroheim) continue de le penser et Renoir nous montre que le capitaine francais est plus patriote qu'aristocrate (avec son ultime sacrifice).

Un des themes de ce film reste cruellement d'actualité mais appliqué à la guerre économique.

Est ce que la richesse avec les délocalisations d'usines ne transcende pas les appartenances nationales ?

il y aurra là aussi 2 types de réponse et donc 2 types de comportement.


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De Romuald, le 15 mars 2009 à 15:05
Note du film : 6/6

Je viens de revoir cette La grande illusion. La messe est dite. Chef d'oeuvre. Mais….

Je n'avais pas lu votre avis, ami Impétueux… Commentaire qui rallume la question que je me suis posé dès la toute première vision du film, il y a x années : Etes vous d'accord avec moi pour dire que, tous comptes faits, au bout du bout du raisonnement

__Qu'il existe une sorte d'Internationale des gens bien élevés, qui transcende les appartenances nationales ? Que la guerre peut se faire sans haine entre adversaires qui s'estiment ? Que le désir, l'attirance physique, certaines frustrations peuvent entraîner des gens qui se comprennent à peine à engager une jolie (et provisoire) histoire ?__

ce film est une publicité et un quitus pour les objecteurs de conscience ?

       
                                pour \Lagardère

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De Impétueux, le 15 mars 2009 à 19:17
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Là, je ne vous suis pas du tout, Romuald/Lagardère… Pour moi, La grande illusion est tout, sauf un film porteur d'idéologie. (D'ailleurs, les idées de Jean Renoir ont tant et tant varié qu'il faudrait de la mauvaise foi pour lui prêter une ligne de conduite : proche du Parti Communiste en 1936, il se dit intéressé par Hitler en 1940 ; puis il déclare à qui veut l'entendre que les États-Unis représentent exactement ce qui lui convient et se fait naturaliser…).

Je crois qu'en fait, Renoir tient en son Tout le monde a ses raisons de La règle du jeu ; à partir de là, tout est affaire de cohérence interne, et chacun des personnages va de son propre pas ; l'estime entre Boeldieu (Pierre Fresnay) et von Richthoffen (Erich von Stroheim) transcende certes leur statut d'adversaires, mais on ne pourrait pas une seule seconde imaginer que Boeldieu pourrait renoncer à couvrir l'évasion de Maréchal (Jean Gabin)et de Rosenthal (Marcel Dalio) et pas davantage que Richthoffen pourrait ne pas tirer.

Et – je me répète – ce n'est pas parce que Maréchal et Rosenthal n'ont aucune envie de continuer à faire la guerre qu'ils renonceront à se battre, une fois la frontière suisse franchie.

Chacun fait son Devoir ; a-t-on d'ailleurs assez remarqué que tous les personnages de La grande illusion sont, à leur manière, des personnages positifs ?


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De Romuald, le 15 mars 2009 à 20:12
Note du film : 6/6

Ainsi, des hommes "bien élevés" et "qui s'estiment" peuvent donc se faire la guerre…..René Char avait raison qui affirmait : " Nous vivons dans l'inconcevable…avec des repères flamboyants." Bon….

C'est pas tout ça, mais le quinze de France a prit une ratatouille…

                                       pour Lagardère.
                                     

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De Florian, le 10 octobre 2011 à 16:41

Ai vu le trailer du film. Il me semble avoir mis au jour un anachronisme, le sujet se déroule bien durant la guerre de 14-18 ? Or, lorsque Gabin écoute la célèbre valse Frou-Frou sur un phono, il me semble très nettement reconnaître la voix de Berthe Sylva, de plus, la caméra passe fugitivement sur le disque en rotation, et l'étiquette du fameux disque est celle des enregistrements Odéon tels qu'ils étaient…dans les années 1930. Et en effet, si Frou-Frou est une valse très à la mode, encore en 1914 bien que créée en 1897 par Juliette Méaly et enregistrée en 1908 par Lucile Panis, Berthe Sylva ne l'enregistra que vers 1932-33. Comment se peut-il que Gabin écoute ce phonogramme presque 20 ans avant son enregistrement ? J'explique cela par le fait qu'en 1937, Renoir n'a pas dû trouver d'enregistrements originaux de ce tube de la Belle-Epoque, et il s'est rabattu sur une version plus récente sûrement encore en vente. Ou peut-être était-ce un histoire d'ayants-droits, mais je ne peux le confirmer, les lois sur la propriété intellectuelle évoluant à une telle vitesse.


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De Gilou40, le 10 octobre 2011 à 17:29
Note du film : 6/6

Mon cher Florian, Jean Renoir demanda à la grande Frehel d'enregistrer ce titre uniquement pour son film…Elle n'avait jamais mis cette chanson à son répertoire.


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De Florian, le 10 octobre 2011 à 17:35

Alors là Gilou, je tombe de haut. Je m'inclinerai volontiers si vous me citiez votre source. Car j'ai plusieurs arguments qui vont à l'encontre de votre affirmation:

  • après plusieurs écoutes, je ne reconnaîs pas Fréhel, or je collectionne les disques 78 trs rares depuis plusieurs années
  • le disque qui tourne est bel et bien un Odéon, or Fréhel était alors sous contrat avec Columbia ou Ultraphone.
  • Un magazine très sérieux sur la chanson française (dont le rédacteur est récemment décédé) a publié, en 2008, une disco et une biographie de Fréhel où il n'est nullement fait mention de cela (je retourne voir pour en avoir le coeur net).

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De Florian, le 10 octobre 2011 à 17:46

Et je viens de me livrer à une comparaison quasi-scientifique. En tenant compte de la position de l'aiguille sur le disque, on en déduit qu'il s'agit du 1er refrain, en comparant avec un repiquage du "Frou-Frou" de B. Sylva, on a exactement la même orchestration et la même faute: en effet, l'orchestre comporte un glockenspiel qui omet de jouer les deux notes descendantes lors de ce 1er refrain (Frou-Frou figure ascendante, Frou-Frou figure descendante, IDEM moins la figure descendante lors du bis).

Nous sommes donc en présence du disque de Berthe Sylva, gravé vers 1932; alors que l'action se passe en 1914.


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De Gilou40, le 10 octobre 2011 à 18:08
Note du film : 6/6

Plusieurs sources : Le cinéma, ca s'écoute paru en 1996 aux éditions naive. Le réseau des bibliothèques de Cergy-Pontoise, institution des plus sérieuses.. Et plus près de nous La boite à musique de Pascal traitant de la chanson Frou-frou.

Celà étant, je vous dirais que moi aussi, pendant des années, j'ai cru ferme que c'était Berthe Sylva qui chantait. Jusqu'à la lecture de ce bouquin cité plus haut. Ce qui m'a fait me mettre en quête de renseignements complémentaires. Et là… Alors qui doit' on croire ? Parcontre, j'ai lu deux biographies de Renoir, et ce détail n'est nullement précisé. Le disque vu dans le film, et le logo "Odéon" ne prouve grand chose. Renoir ayant pu facilement s'arranger avec ça.


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De Florian, le 11 octobre 2011 à 17:39

Je vais approfondir la question, et aller vérifier dans les sources que vous citez, car je demeure très sceptique.


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De Gilou40, le 26 octobre 2011 à 01:06
Note du film : 6/6

Alors mon cher Florian, oû en sont vos investigations ? J'apprécierai que vous me teniez au courant. Je ne voudrais pas passer pour une blondasse écervelée voire une mythomane…


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De Florian, le 27 octobre 2011 à 19:26

Bonsoir Gilou, je n'ai pas pris le temps de vérifier dans vos sources, mais j'ai contacté de nombreux membres de la communauté de la gramophilie, et tous sont unanimes, c'est Berthe Sylva qui chante. En revanche, j'avais mal vu le disque qui tourne: c'est un Columbia. Et Sylva n'a jamais gravé pour cette marque, mais Fréhel oui, d'où peut-être la confusion de vos sources. Car, si il y a bien une dichotomie entre l'image et le son, c'est bien Berthe Sylva que l'on entend chanter. Je maintiens donc l'idée d'anachronisme dont je parlais il y a quelques semaines.


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De Florian, le 27 octobre 2011 à 20:01

Effectivement, IMBd est – de temps à autre – digne de foi, mais l'objectivité est telle qu'il arrive que des erreurs s'y glissent. J'ajoute que pour ceux qui n'ont pas le vu le film depuis longtemps ou qui ne regarde les oeuvres qu'en surface, la confusion est facile avec Pépé le Moko: sorti la même année, un casting assez proche (Gabin, Modot, Péclet, Dalio), une réussite totale aussi et cette scène commune aux deux (bien que les intrigues soient différentes) où un personnage chante par-dessus un disque.


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De Gilou40, le 28 octobre 2011 à 01:03
Note du film : 6/6

C'est très aimable à vous, Alholg, de vous préoccuper de nos antiquailleries discographiques. De porter un oeil bienveillant sur nos débats concernant des vétustés chantantes. Je pensais à un moment que nous allions, pour quelques uns, être excommuniés pour insistance à aimer les rognures d'un cinéma révolu…

Je vous promets de faire, un de ces jours, une dissertation sur Paddy Considine ! Je n'avais jamais entendu parler de lui jusqu'à ce soir, mais je ferai un effort. Et si je n'y arrive pas , l'exceeeeeellent Vincentp s'en chargera pour moi. Il ne peut rien me refuser, je l'ai vu en short sur ce même site…


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De Florian, le 28 octobre 2011 à 13:33

J'espère que vous ne pensez pas ce que vous écrivez Gilou, je trouve que ce sujet a son importance (même si elle n'est pas capitale), nous sommes là pour échanger nos points de vue, nos connaissances et sources…il eut été dommage qu'on nous demande d'y mettre fin. Et sinon, n'avez-vous rien à rajouter ? Peut-on proclamer la victoire de Berthe Sylva sur Fréhel en ce qui concerne La grande illusion ?


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De Gilou40, le 28 octobre 2011 à 14:17
Note du film : 6/6

C'était un sourire, Florian, juste un sourire…Pour le reste, je vous ai donné ma version avec ce que j'ai lu, ça et là. Je comprends bien votre étonnement (comme je fus, je le redis, moi-même très étonnée ) mais je n'ai rien d'autre à ajouter, non…J'aurais aimé que vous accédiez à mes sources qui semblent bien sur d'elles. La dernière émanant d' Alholg semblerait pencher en faveur de Fréhel, mais dans les dédales, les circonvolutions de l'Histoire et des histoires d'un passé lointain, allez savoir…

Celà étant, vous avez tout à fait raison de dire que c'est important ! C'est important, oui ! Ces détails qui semblent si petits sont le sel de la cinéphilie. Et l'expression populaire qui dit Ca ? on l'a vu cent fois ! est la plus bête qui soit ! Combien de fois m'est' il arrivé de remarquer, à la millième vision d'un film, un détail qui me laissa abasourdie ? Alors Fréhel ? Berthe Sylva ? J'ai quelques accointances avec le ciel, mais pas au point de vous donner une réponse catégorique…


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De Impétueux, le 28 octobre 2011 à 22:23
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Mais vous avez cent, mille fois raison, tous les deux, de discuter, de disputer, de controverser sur ces sujets qui peuvent ne paraître insignifiants qu'à des esprits faux et médiocres !!!

Votre controverse est une des plus intéressantes qui se puisse : échafaudée, argumentée, nourrie de bonnes et saines références… C'est le sexe des anges ? Et alors ? Croit-on que les défenseurs de Constantinople, en 1453, eussent eu mieux à faire que de se prendre de querelle pour ça ? C'est parce qu'ils étaient civilisés, et hautement, qu'ils évoquaient ces sujets, d'apparence légers et en réalité fort graves…

Je déplore que le cinéma n'ait jamais essayé de tirer un film d'une des histoires de Jean Raspail, pleines de fous merveilleux qui vont sur le pré pour une contestation de ce style : le nombre de soutaches arborées par tel régiment de la Garde, ou la couleur exacte de la soubreveste du Royal-Auvergne…


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De Tamatoa, le 15 février 2012 à 22:14
Note du film : 6/6

Même si La grande illusion restera pour l'éternité, un chef-d'oeuvre qu'il serait bien difficile de renier, on peut se demander pourquoi une énième édition voit le jour, alors que tant d'autres films cultes resteront dans l'ombre et pour la même éternité..

le blu-ray justifie t'il, à lui seul, cette nouvelle édition ? je n'ai rien "contre", bien sur, mais je sais que celà coûte très cher et que cet argent et ses efforts auraient pu être dirigés vers…par exemple… La belle équipe ?


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