Forum - Chiens perdus sans collier - Tiré d'un roman vendu à 4 millions d'exemplaires
Accueil
Forum : Chiens perdus sans collier

Sujet : Tiré d'un roman vendu à 4 millions d'exemplaires


De David-H, le 1er octobre 2006 à 14:24
Note du film : 4/6

Nom du plus célèbre roman de Gilbert Cesbron, 'Chiens perdus sans collier' (paru en 1954) décrit avec bon sens le monde particulier des centres d'observation. Un bon sens que seul, à l'époque, Jean Gabin pouvait si bien caractériser. Juge d'enfants turbulents, Julien Lamy manie compréhension et bonté, donnant une assez belle facette des maisons de correction. Trop belle dira d'ailleurs François Truffaut, qui critiqua férocement cette fiction. Mais ce film de Jean Delannoy mérite amplement d'être (re)découvert, ne fut-ce que pour le rôle si paternel – et même si apaisant – de Gabin.

Trois cas de mineur sont exposés ici, deux d'entr'eux se reliant par le plus grand des hasards, mais sur qui reposeront les principales préoccupations d'un juge passionné par les enfants. Visiblement célibataire, il est parfois contraint d'assister aux procès des « adultes », lesquels l'indiffèrent presque totalement. A un confrère avocat (Bernard Musson, qui fait partie du cercle très fermé des 'acteurs aux 200 films') il dira ainsi « Dans la salle comme on dit, il y a toujours un juge qui dort ; et bien ce juge, c'est moi ».

Un tantinet plus édulcoré que la Nouvelle de Cesbron, le film offre quelques moments d'humour et de bonne humeur, mais son dénouement, bien que formulé par une note d'espoir, reste tout aussi tragique.

En outre, ce film rappelle combien notre société et ses mentalités ont-elles pu évoluer, en à peine cinquante ans. C'est valable pour ces galapiats placés, mais aussi, par exemple, pour les Africains de France. Ainsi, de l'innocente bouche du jeune délinquant Francis Lanoux (Serge Lecontine), nous eûmes ainsi droit à un glacial « Quoi ? Mon avocat est nègre ? Et vous croyez que le juge les écoute les avocats nègres, quand ils nous défendent ? ». Pour ceux qui auraient la mémoire courte…


Répondre

De droudrou, le 1er octobre 2006 à 14:30

Notre cinéma a oublié ces sujets qui ont inspiré les réalisateurs d'après-guerre. Le réquisitoire social : on ne sait plus faire ou à mauvais escient ! Il y aurait un procès bien trop vaste à conduire sur ces sujets !


Répondre

De David-H, le 1er octobre 2006 à 14:40
Note du film : 4/6

Je préfère en tout cas nettement le cinéma social – que je ne trouve pas totalement disparu de nos écrans – d'un Delannoy à celui trop sombre à mes yeux, véhiculé par les frères Dardenne.

Enfin bon, les frangins ne bénéficient pas d'interprètes dignes de ce nom…


Répondre

De Impétueux, le 1er octobre 2006 à 18:31
Note du film : 4/6

Jean Delannoy est un cinéaste sans génie, mais souvent sensible et efficace ; Chiens perdus sans collier est de cette veine-là, touchant un sujet qui, lors de la sortie du roman de Gilbert Cesbron n'avait guère été effleuré avec la touche d'humanité, de sensibilité, qui caractérise l'écrivain. (On trouve, dans la collection Bouquins chez Robert Laffont, un fort volume qui comprend quatre de ses romans majeurs, Chiens perdus, donc, mais aussi Notre prison est un Royaume – magnifique, sur la vie d'un lycée -, Les Saints vont en enfer – sur les prêtres ouvriers et Il est plus tard que tu ne penses – un couple face au cancer -).

Comparer l'enfance délinquante du début des années Cinquante et celle du début de notre millénaire est un exercice assez vain, tant choses et gens ont changé ; les petites fauches, les indélicatesses, les bagarres de chiffonniers d'il y a 50 ans feraient apparaître les adolescents d'autrefois pour des angelots malicieux, par rapport aux dealers, violeurs de tournantes, assassins d'intrus dans leur territoire que sont les voyous d'aujourd'hui ; mais ce ne sont sans doute pas ces gamins qui sont pires, mais notre monde sans espoir et sans repères.

Cela étant posé, Chiens perdus sans collier est un film d'un assez noble humanisme, qui ne dissimule pas que la faiblesse et la veulerie des parents (excellente Dora Doll) sont à la base de tout, et qu'un éducateur sévère mais au grand cœur peut encore changer les choses.

Enfin…presque les changer, car la fin n'est ni gaie, ni optimiste ; loin d'un angélisme niais, Delannoy montre un très fort et beau type, Julien Lamy (Jean Gabin) se battre contre les saletés de la vie.

Un beau type qui ne gagne pas à tous les coups.


Répondre

De Florian, le 2 octobre 2011 à 12:12

Il n'est pas toujours simple de passer derrière Impétueux pour parler d'un film, d'autant plus que celui-ci est facilement trouvable, mais j'ai quelque chose à ajouter, au risque de m'attirer quelques désaccords en confrontant Jean Delannoyet François Truffaut. Mais rectifions tout d'abord l'affirmation du plus vieux message : ce n'est pas à Bernard Musson que Gabin dit « Le juge qui dort, c'est moi », Musson fait effectivement partie de la distribution mais ne campe qu'une silhouette muette que l'on remarque avec un oeil affuté, au 2nd visionnage. L'acteur en question pourrait être Andrès (ne confondez pas avec Andrex).

Ce détail corrigé, je reprend une idée du fil précédent : effectivement, Chiens perdus sans collier s'est attiré les foudres de François Truffaut, qui voyait aussi en Delannoy un des principaux participants à ce cinéma qu'il considérait comme archaïque (le malheureux Carné faisait aussi partie de cette « Chasse aux sorcières » française, dépolitisée mais également virulente).

Mais qu'a fait Truffaut avec Les quatre cents coups ? Son film ressasse les mêmes thèmes que Chiens perdus sans collier : une jeunesse délaissée où les parents n'ont qu'un rôle figuratif. Une jeunesse qui accumule les faux pas, internée en centre sans résultat. Sur un scénario différent nous sert, avec Les quatre centscoups, un fil conducteur déjà utilisé par son ennemi Delannoy à peine 4 ans auparavant. Serge Lecointe et Jean-Pierre Léaud, même combat, celui de la reconnaissance. Entre un film de facture « classique » (Chiens perdus sans collier) et la production considérée comme la 1ère de la Nouvelle-Vague (Les quatre cents coups), il y a plus de similitudes que de différences, même au niveau technique.

La Nouvelle-Vague, la mal nommée puisque nombre de ses participants ont assidûment pioché dans des idées déjà usitées (à part peut-être Melville), pas grand-chose n'était nouveau là-dedans ; et l'expression Nouvelle-Vague, telle une AOC, est devenue une estampille qu'il fallait avoir si l'on voulait enregistrer un maximum d'entrées. Tout en reniant ses origines, le cinéma français s'est largement appuyé dessus, tel un gosse fainéant ayant quitté le domicile familial depuis 5 ans et continuant à toucher une enveloppe des parents. Mais ce phénomène de reniement/attache est aussi visible dans la musique de jazz, pour ceux qui connaissent un peu les orchestres des années 1920.


Répondre

De Impétueux, le 2 octobre 2011 à 13:21
Note du film : 4/6

Je sais qu'il n'est pas de bon goût de se citer, Florian, mais je suis ravi de me retrouver en pleine communion de pensée avec vous sur le côté un peu abusif de l'expression Nouvelle vague ; sur le fil des Cousins de Chabrol, et en réponse à AlHolg, j'écrivais il y a quelque temps :

Mais il me semble aussi que ce coup d'esbroufe médiatico-cinématographique d'une vague prétendument nouvelle était moins un mouvement théorisé qu'une vaste entreprise dont le slogan informulé était Place aux jeunes !. Truffaut avait beau parer ses articles des Cahiers de justifications artistiques, les meilleurs films qu'il a réalisés, dès le début, Les quatre cents coups, La peau douce ou Baisers volés ne désarticulaient pas le récit (et que dire alors du Dernier métro, avatar de l'éternelle Qualité française ?).

Et Chabrol de son côté a apporté un regard acéré, sauvage, si l'on veut, mais extrêmement classique dans le traitement filmé.

Le seul qui devait croire qu'il allait révolutionner le monde, c'est Godard ; et, de fait, plus il a filmé, et dès Pierrot le fou plus il s'est enfoncé ; où est-il, d'ailleurs aujourd'hui ?

La Nouvelle vague a été très forte dans l'autopromotion, et comme plusieurs de ses membres avaient du talent, ça a fonctionné, au moins au début, sur la réputation de novation ; mais qu'est-ce qu'il y avait de commun, vraiment, entre Les quatre cents coups, sensibles et intelligents, et un truc comme La jetée de Chris Marker, monument de prétention et d'ennui ?


Répondre

De Florian, le 2 octobre 2011 à 18:25

Entièrement d'accord avec vous sur l'idée d'auto-promotion du mouvement. Il n'empêche, et j'omis de la mentionner, que j'aime beaucoup les deux films: Chiens perdus sans collier et Les quatre cents coups, mais la rupture qu'on veut absolument nous imposer n'est pas nette.


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.025 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter