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Sujet : Truffaut-culte ?


De JIPI, le 28 septembre 2006 à 09:04
Note du film : 5/6

Privé de mouvement suite à ses origines Lucas Steiner (Heinz Bennent) végète dans un sous sol de théâtre.

Au dessus de lui des corps et des voix s'agitent et répètent. Des passions virtuelles couchées sur papiers émeuvent peu à peu ces comédiens tyrannisés par des incessantes coupures de lumière.

Marion Steiner (Catherine Deneuve) s'agite entre sous sol et surface épouse modèle elle se sent récupérée néanmoins par la fougue lumineuse de Bernard Granger (Gérard Depardieu) coureur de jupons et redresseur de tort.

En ses années de guerre le pouvoir est détenu par la chaleur et la lumière. La chaleur se découvre dans les salles obscures ou les parisiens se réfugient quelques heures avant de retrouver un logis glacial.

La lumière est imprévisible, elle s'arrête soudainement en pleine répétition occasionne des angoisses à cette troupe de théâtre devant conserver son sang froid devant la double adversité de l'ombre soudaine et de la plume terrible et hypocrite du critique d'art Daxiat (Jean-Louis Richard) collabo et antisémite envers la masse mais sympathisant au cas par cas

(A signaler que la correction infligée à Daxiat par Bernard Granger est à l'identique de celle infligée mais de manière plus violente par Jean Marais en 1941 dans les mêmes conditions à Alain Laubraux au sujet de la pièce de Jean Cocteau la machine écrire).

Les efforts de Raymond le régisseur (Maurice Risch, remarquable) homme à tout faire et de Germaine Fabre (Paulette Dubosc) rétablissent un relationnel familial basé sur la sincérité des responsabilités.

Lucas en chef d'orchestre cloîtré bénéficie de sens plus développé, il perçoit la sensibilité et les limites des comédiens jouant au dessus de lui, il corrige, prend des notes que Marion de plus en plus attirée par Bernard néglige de consulter. Bon prince il encourage leur union.

« Le dernier métro » pouvoir alternatif de l'ombre et de la lumière rapproche une sensibilité mutuelle établit dans un premier temps par un texte de théâtre qui lentement déstabilise les fonctions premières de deux comédiens dont l'une se doit de respecter ses engagements de base.

La présence indisposante de l'occupant est à gérer dans un contexte sympathisant ou ces gens aux métiers artistiques ont la chance inouïe d'être sur les planches et non sur le front des combats.

La liberté de s'exprimer par le théâtre est une manière de survivre dans un Paris momentanément privé d'indépendance.

Certaines arrogances cachent une force, la passion de vivre intensément de peur que tout s'arrête subitement. C'est le message principal de ce film, une lumière atténuée refusant de disparaître.


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De vincentp, le 8 octobre 2014 à 21:15
Note du film : Chef-d'Oeuvre

C'est le début d'une rétro Truffaut à la cinémathèque, ce qui est bien. Ce qui est un peu moins bien, c'est le fait d'en entendre constamment parler sur les ondes actuellement, comme si c'était un événement culturel de très grande importance (encore sur france-info il y a quelques minutes). Le fait d'avoir affaire à un cinéaste français ? Comme le faisait remarquer PM Jarriq sur ce forum il y a quelques années, Truffaut est déifié par certains (bobos ou journalistes parisiens ?), et haro sur ses plus ou moins pondérés détracteurs du moment.

Le cinéma de Truffaut n'est pas parfait, et certains de ses films franchement guindés et guère intéressants. Il vaut mieux parler ou écrire à propos des œuvres cinématographiques les plus intéressantes, à mon avis, quels que soient leurs auteurs, nationalités, et date de réalisation, comme on le fait sur ce présent forum, et ne pas placer sur un piédestal un cinéaste pour des raisons idéologiques. Il serait bien que les journalistes de cinéma s'intéressent de plus près aux ressorties en salles de classiques, ou aux classiques non édités.


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De verdun, le 10 octobre 2014 à 01:26
Note du film : 4/6

Ce culte autour de Truffaut date d'il y a quelques années déjà.. Mérite t-il d'être plus célébré qu'un Louis Malle qui lui aussi tourna son lot de chefs-d'oeuvre, de films simplement corrects et de ratages ??? Truffaut a sans doute plus d'aura médiatique, de publications derrière lui mais ce sont les fills qui comptent…A ce niveau je pense que nous sommes sur la même longueur

En revanche, j'apprécie Le dernier métro mais sans partager votre enthousiasme. Le film est porté par un casting parfait, notamment Deneuve. Certaines idées, notamment celles du mari dans la cave, sont magnifiques. Mais il y a un côté propret, consensuel, qui me fait penser à un téléfilm de luxe. Je trouve le film inférieur à d'autres grands films français sur la période: ainsi La traversée de Paris, Monsieur Klein ou L'armée des ombres entre autres. Et dans l'oeuvre du cinéaste, je tend à préférer le Truffaut de films plus secrets ou intimistes comme La chambre verte, La peau douce ou les meilleurs "Doinel".

Ceci dit, c'est une superproduction culturelle des plus estimables, comme le sera dix ans plus tard le Cyrano de Rappeneau.


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De Tamatoa, le 10 octobre 2014 à 03:23
Note du film : 4/6

En lisant, il y a peu, Les histoires de ma vie, les mémoires de Jean Marais, j'ai été surpris qu'il nous raconte…. Le dernier métro ! En fait, le rôle tenu par Depardieu n'est autre que celui de Jean Marais . J'ai vu ce film je ne sais combien de fois sans jamais penser une seconde que c'était un pan de la vie de Jean Marais, entre autres, qui nous était conté… Pour l'anecdote et emboîter le pas à Verdun, je préfère cent fois La peau douce… Et il doit être bien agréable de la revoir sur grand écran, cette peau là . Mais pour ce qui est du cinéma de Truffaut en général, culte ou pas, il est absolument et génialement incontournable et tient une place prépondérante dans le cinéma Français. On ne dit pas Truffaut comme on dit Jean Boyer ou Christian Jaque . Mais je pense, c'est mon humble avis, que le dernier métro ne représente pas le le cinéma de Truffaut par excellence. Je veux dire que ce n'est pas ce film là qui vient de suite en tête quand on prononce le nom du cinéaste. Baisers volés, la peau douce, Jules et Jim ou Les Quatre cents coups sont beaucoup plus représentatifs de l'esprit de Truffaut que ce dernier métro qui quitte un peu la voie sacrée du réalisateur .


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De Pianiste, le 10 octobre 2014 à 08:57

Surtout que dans La peau douce, ami Tamatoa, il y a la regrettée Françoise Dorléac. Elle avait à mon goût un charme beaucoup plus sensuel que sa soeur Catherine Deneuve. On comprend aisément que Jean Desailly ait succombé à tant de féminité. Bien trop tôt disparue, elle nous aurait encore séduits avec plaisir. Cruel destin….


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De Impétueux, le 23 décembre 2017 à 16:53
Note du film : 3/6

Difficile pour un réalisateur alors aussi expérimenté que François Truffaut de rater un film quand on y convie deux des acteurs les plus prestigieux du cinéma français, Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, encadrés par de solides et excellents seconds rôles et qu'on met en scène, avec des moyens très suffisants une période historique certes explorée sous toutes ses coutures mais qui semble fasciner de plus en plus au fur et à mesure que ceux qui l'ont connue disparaissent. (Et même, pourrait-on ajouter, que ceux qui ont connu ceux qui l'ont connue se font vieux… après tout, ça fait plus de 75 ans, aujourd'hui…).

Période dotée donc d'une aura légendaire, souvent à juste titre tant elle recèle de silhouettes floues, de circonstances ambiguës, d'interrogations sans possibles réponses, tant elle fourmille de situations où tous les repères habituels sont estompés. Personne n'a mieux décrit cela que Patrick Modiano et c'est vers lui que Truffaut et ses co-scénaristes, Suzanne Schiffman et Jean-Claude Grumberg auraient dû se diriger, comme l'avait fait, quelques années plus tôt, Louis Malle pour tourner l'éblouissant Lacombe Lucien.

C'est curieux, chaque fois que je regarde Le dernier métro, malgré la situation mise en scène, malgré la persécution antisémite, malgré l'abondance des uniformes vert-de-gris, malgré les décors et les costumes, malgré la transposition de la paire de gifles assénée par Jean Marais au critique dramatique Alain Laubreaux en algarade entre Daxiat/Jean-Louis Richard et Bernard Granger/Gérard Depardieu, je ne parviens pas à reconnaître dans l'atmosphère de l'Occupation telle qu'elle est montrée dans de très nombreux films de toute qualité : j'ai toujours l'impression que le film est une toile peinte, un placage, une mise en scène.

On me dira que c'est bien normal puisque presque tout se joue entre cour et jardin (et les coulisses et les sous-sols bien sûr) mais ça ne me convainc pas : je n'ai jamais l'impression que Lucas Steiner (Heinz Bennent), le patron du théâtre et mari de Marion/Catherine Deneuve risque vraiment sa peau ; et regardez la scène de l'arrestation dans une église où la manécanterie chante sagement Sauvez, sauvez la France au nom du Sacré Cœur un ami résistant de Granger/Depardieu : il y a là une sorte de scénographie un peu dansée, un peu ridicule : rien à voir avec l'angoisse qui monte continuellement dans L'armée des ombres.

Là une incidente sur le caractère décoratif du film : j'ai bien ricané en constatant que les scènes de rue ont été tournées en studio et que le carton-pâte y est aussi visible (et peut-être même un peu davantage) que dans les films de la Qualité française que Truffaut et ses copains des Cahiers du cinéma descendaient à coups de bombes incendiaires quand ils prétendaient créer une Nouvelle vague à coup de son direct et de prises de vues en extérieur. C'est dire assez qu'une fois les vieilles barbes chassées – ou plutôt les places conquises à leurs côtés – les révolutionnaires se sont pieusement assagis (ce qui est d'ailleurs le sort et le propre de tous les révolutionnaires, lorsqu'ils ne se sont pas entre-zigouillés).

Revenons au film ; c'est la transposition d'une histoire vraie (Margaret Kelly, fondatrice des fameuses Bluebell girls du Lido cacha pendant la guerre son mari juif, Marcel Leibovici) ; la musique de Georges Delerue est ravissante et les succès de l'époque (Sombreros et mantilles, Mon amant de Saint Jean) s'y insèrent bien ; il y a même, sur ce point un excellent moment avec l'interprétation par une chanteuse inspirée de Léo Marjane du grand succès de Zarah Leander, Bei mir bist du schön (qui, ironie glaçante, est à l'origine une chanson yiddish) ; les acteurs secondaires sont très bien, au premier rang de qui Jean Poiret, homosexuel précieux, Maurice Risch, homme à tout faire bougon, Paulette Dubost camériste discrète. J'apprécie moins le rôle d'Andréa Ferréol, décoratrice lesbienne et la relation qu'elle noue avec Sabine Haudepin, actrice qui veut arriver à tout prix me semble un peu artificiellement plaquée : c'est d'ailleurs bien là la manière et la manie de Truffaut : bourrer son film de trop de thèmes.

Le dernier métro a été un succès considérable, critique et public. Mais au regard des premiers films de la saga Doinel et de la délicate et si triste Peau douce, c'est plutôt banal…

Ah, au fait, savez-vous pourquoi Jean Marais alla calotter Alain Laubreaux ? On dit beaucoup que c'était parce que le critique avait éreinté La machine infernale dans les colonnes de Je suis partout ; sans doute ; mais sans doute aussi parce qu'il avait qualifié Marais d'Homme au Cocteau entre les dents ; ce qui était rosse mais pas mal trouvé du tout, non ?


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