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Sujet : Un coup de burin en plein cœur


De sartorius, le 25 juillet 2003 à 16:49
Note du film : 5/6

Un film très fort et efficace mais que j'ai toujours du mal à revoir, avec des scènes vraiment très dures.


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De Steve Mcqueen, le 7 février 2011 à 19:21
Note du film : 5/6

Alan Parker signe un film d'une puissance émotionnelle rare, comme un coup de burin en plein cœur. Le début du métrage donne le ton : Brad Davis, (possédé par son rôle et conférant à son personnage un instinct animal remarquable) prépare des sachets de drogue qu'il scotche sur son ventre avant de partir pour l'aéroport , baigné dans la lumière diffuse et les teintes mordorées du jour naissant… A l'instar de cette séquence d'un suspense qui prend aux tripes, Parker ne relâche pas un instant la tension, soutenu par l'incontournable bande sonore de Giorgio Moroder qui hante les images, celles d'une jeune vie brisée dans son élan vital, d'une jeune vie détruite par la prison, d'une jeune vie réduite en miettes…

Le film est extrêmement exhaustif, ne nous épargnant aucun détail dans l'exploration de la vie carcérale turque. Si le cinéaste cède parfois à la complaisance (le héros qui s'acharne sur le mouchard), avec des ralentis superflus et une vision manichéenne des rapports prisonniers/gardiens (le rôle du gardien-chef est à ce titre beaucoup trop chargé en sadisme), il n'en livre pas moins un film d'une efficacité remarquable et offre à John Hurt, prisonnier usé par la drogue, l'un de ses meilleurs rôles (et ils sont nombreux…).

Bref, Midnight Express est un incontournable du sous genre du film de prison, catégorie bien remplie en excellents films : du Prisonnier d'Alcatraz avec Lancaster à L'évadé d'Alcatraz interprété par Eastwood en passant par le sous-estimé Meurtre à Alcatraz où le brillant Kevin Bacon fait des étincelles (décidément le célèbre Rocher fait le bonheur des scénaristes…), voilà une recette qui, mitonnée par un expert, donne des plats bien goûtus !


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De Tamatoa, le 30 janvier 2014 à 00:54
Note du film : 5/6

S'il est exact que l'on peut qualifier cette oeuvre de magistrale, que Steve Mcqueen insère dans le genre film de prison, je ne crois pas que la comparaison avec L'évadé d'Alcatraz soit bienvenue. Car même si le but reste bien sûr l'évasion à tous prix, on peut remarquer que chaque film a sa propre façon d'appréhender le sujet. Je viens de revoir Le trou qui reste à mon avis le Ta'aroa du genre, et ce film se place sous le signe de la minutie dans l'action. Voyez, par exemple, avec quel souci de l'architecture les compagnons placent les planches de bois pour éviter de boucher l'égout. Le millimètre retrouve ses fonctions primaires. Et tout est à l'avenant. La fabrication du sablier. La confection d'un miroir à deux faces avec l'aide d'une brosse à dents. Et tant d'autres détails qui font de ce film un petit lexique du parfait évadé. Ce Trou peut, lui, être peut-être comparé avec l'excellent Un condamné à mort s'est échappé de part sa précision dans les actes et son huis clos oppressant.

Dans L'évadé d'Alcatraz, on s'évade bien sûr, mais au milieu d'une légende et de ses nombreuses histoires. Un prisonnier ne se fait-il pas surnommer Al Capone ? Et dans cette forteresse, exit le huis-clos du Trou. On respire l'air du large …On y voit même des cheveux qui flottent dans le vent. "-Il y a trois kilomètres pour rejoindre San-Francisco à la nage, tu n'y arriveras pas …-". Et cette évasion, qui finira par aboutir, est presque un peu éclipsée par bien des querelles et autres anecdotes très américaines. Le problème de la négritude y est même gravement abordé. Et puis, une chose frappe dans L'évadé d'Alcatraz. C'est la propreté des hommes et des lieux. Dans Midnight Express, on a du mal à respirer dans la crasse, la vapeur d'eau, l'humidité permanente et ces prisonniers qui ressemblent tous à des clochards. L'évasion baigne dans la folie qui règne en maitre. La folie des matons mais aussi ceux des prisonniers moralement exsangues de tout raisonnement. La drogue est partout, dans chaque enclave, ruisselante dans les regards de ces désespérés. On y ressent comme une espèce d'attaque envers un pays, la Turquie, montré comme à la remorque de l'humanité. Dans le Trou, ce sont des "scientifiques" de la cavale qui étudient le moindre détail. Le neutre est roi jusqu'à l'arrivée de l'immonde trahison.

Dans La grande évasion, les tunnels se creusent aussi. Mais sous le signe de la puissante Amérique et de ses glorieux combattants. Et même si les cartes routières, les costumes, les cartes d'identité, les provisions en tous genres se trouvent comme à la Samaritaine un samedi, c'est pour mieux faire ressortir le "génie", la "débrouille", et l'excellence dont seule la grande Amérique (!) est capable. Ce film, que par ailleurs j'apprécie énormément, est une propagande, un prétexte à faire scintiller les étoiles d'un drapeau indéboulonnable dans l'esprit de beaucoup.

Les évadés, pur chef-d’œuvre de Frank Darabont place l'évasion sous le signe de l'humanité entre les êtres. Elle n'est plus le centre de l'histoire qui se plait à faire entrer de très fastes états d'âmes au milieu de l'intolérable. Les différents films de prison ne peuvent pas toujours être comparés car souvent, la cavale n'est qu'un prétexte à dépeindre des mondes différents engoncés dans un même univers… Mais, outre ces considérations, oui, Midnight Express est un immense film !


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De Impétueux, le 23 janvier 2016 à 19:42
Note du film : 4/6

Eh bien si les acharnés de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne persistaient dans leur projet fou, voilà un film qui pourrait être opportunément diffusé et rediffusé à la télévision pour nourrir le débat, ou, plus certainement, le clore.

Mais, me dira-t-on, cette histoire se situe il y a 40 ans et il est à parier que les conditions de vie dans les prisons turques ne sont plus telles que le film d'Alan Parker les dénonce !. Ceci demeure à démontrer et je ne suis pas certain que la Turquie à fort développement économique qu'on nous présente aujourd'hui ait éliminé ces affreuses scories ; je suis par ailleurs convaincu que les progrès continus de l'islamisme dans l'ancien empire ottoman ne vont pas arranger le sort des malheureux Occidentaux qui se pourront se retrouver dans ses geôles.

Ce petit brin polémique déposé, j'ai d'autant plus de plaisir à écrire du bien d'un film qui m'était inconnu jusqu'à maintenant, malgré sa réputation et son succès public et critique. C'est très bien fichu, haletant, filmé dans une atmosphère étouffante de jaunes salis, pour mieux faire sentir la poussière et la crasse, interprété avec talent. On entre immédiatement dans le sujet, on suit avec presque de l'empathie les angoisses du jeune Billy Hayes (Brad Davis), qui s'est collé sur le torse deux kilos de haschich et qui, évidemment brave garçon qui a mis la main dans un (tout petit) pot de confiture, sent bien qu'il n'est pas fait pour défier l'Ordre, la Loi et les Douanes.

Steeve Mc Queen insère ce film dans la riche catégorie des films de prison ; il n'a pas tort (bien que les arguments de Tamatoa soient aussi recevables) mais on pourrait ajouter que Midnight express fait aussi partie de la catégorie des films de drogue : la lutte vaine et insensée (c'est-à-dire dépourvue non de fondement, mais de sens et de perspective) à laquelle se livrent les autorités pour mettre fin à un trafic qui ne cesse de croître et de se développer. Et ceci d'autant plus vite et plus intensément qu'il est pourchassé, les prix et les bénéfices montant au fur et à mesure que les traques augmentent. La prohibition de l'alcool a duré de 1919 à 1933 aux États-Unis, a engendré des fortunes mafieuses gigantesques et des meurtres par dizaines. Le trafic de drogue réalise cela à puissance 100. Continuons !!!

Il est bien dit dans Midnight express que si le malheureux Billy subit un châtiment aussi scandaleusement rigoureux, c'est pour l'exemple, parce que la Turquie veut montrer à son allié étasunien qu'elle lutte vertueusement pour venir à bout du fléau. On peut tout de même s'étonner – puisqu'il s'agit d'une histoire vraie – que l'Administration Nixon, qui disposait tout de même de sacrés moyens de pression sur la Turquie, ne soit pas parvenue à faire libérer son ressortissant. De là à dire que le pauvre Billy a été une monnaie d'échange…

Ce qui est très bien dans le film, c'est que la tension monte graduellement et qu'il devient de plus en plus violent et féroce, à l'image, je suppose, des sentiments du prisonnier, d'abord presque résigné, puis plein d'espérance dans sa libération, puis exaspéré et devenant féroce. Plus on avance, plus on ressent l'horreur de la vie carcérale, les brimades, la promiscuité, les violences et les coups. Plus on comprend l'envie meurtrière qui s'empare de Billy et qui culmine dans la scène où l'affreux maton Hamidou (Paul L. Smith), tortionnaire que chacun aime détester, se troue accidentellement le crâne après avoir projeté de violer Billy.

Notons d'ailleurs qu'aucun Turc ne figure dans la distribution et qu'à part quelques images presque touristiques d’Istanbul, le film a été principalement tourné à Malte. L'Orient compliqué est toujours pavé d'idées simples.


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