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Sujet : Critique


De dumbledore, le 26 décembre 2002 à 00:00

Pasolini marche sur les pas de Rosselini dans ce néo-réalisme qui mériterait de faire rougir notre réalisme-poétique d'avant guerre. Il marche sur ses pas et l'empreinte qu'il laisse est presque aussi grande que celle qui l'a précédée.

On retrouve ainsi toute la force de ce cinéma italien d'après guerre qui dépeint avec un réalisme jusque là inconnu des personnages réels et touchants. Ici se peint le portrait d'une femme qui aurait voulu rester femme et qui se trouve devoir incarner la mère. Elle y met la même énergie, la même séduction et donc une nouvelle ambiguïté dans son personnage de mère. Anna Magnani l'interprète avec une puissance qu'elle seule possède, usant de son rire inimitable, à la fois emportant et animal. Dans ce portrait juste se retrouve tout le néo-réalisme.

Mais Pasolini frôle aussi des chemins de traverse qui deviendront bientôt sa voie. L'homosexualité bien sûr qui, si elle n'éclate au grand jour que dans certains films, se retrouve toujours présente dans certains de ses codes. Ce thème de l'homosexualité donc se retrouve dans le personnage du fils, aussi bien dans son rapport fusionnel avec sa mère possessive et castratrice (la danse durant laquelle il se colle ou se scotche à sa mère), qu'avec ses copains de bandes avec qui seulement il trouve sa place, ou bien encore avec les femmes (la scène de séduction dans la campagne avec la jeune femme qui, au moment de s'offrir à lui, révèle l'abondante pilosité de ses aisselles).

Autre chemin de traverse : la poésie. On la retrouve à l'image avec une épuration étonnante qui jure déjà avec le néo-réalisme. Exemple sublime le plan vers les 22 minutes du film dans lequel Anna Magnani ivre marche dans la rue et raconte une histoire qui passe d'une amie à un homme puis à un second. Belle et forte idée visuelle pour montrer finalement qu'elle passe une nuit d'orgie. C'est symbolique, c'est pur, c'est du cinéma.

Mamma Roma n'est pas une oeuvre de maturité, mais déjà un bijou d'un futur maître. Comme à chaque fois dans ces cas là, c'est aussi l'occasion de découvrir ses « trucs » avant que ceux-ci soient tellement intégrés au film qu'ils en deviennent invisibles… Cette invisibilisation étant finalement le but de toute mise en scène.


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De vincentp, le 22 avril 2006 à 10:04
Note du film : 5/6

Un très beau film, qui montre de belle façon la vie d'une petite communauté des faubourgs populaires de Rome au début des années 60, ville alors en voie de transformation rapide.

Ces faubourgs en construction, prennent la place de champs, de vestiges antiques ou de taudis misérables (taudis que l'on peut apercevoir aussi dans Accattone). Ils se situent à la lisière de la campagne et de la ville et accueillent en leur sein notamment des campagnards, tels les héros du film, aspirés par le mirage de la réussite économique et sociale de la ville (une réussite que l'on ne fait toutefois qu'entre apercevoir à l'église). Le personnage interprété par Anna Magnani est prêt à tous les sacrifices pour la réussite de son fils, mais veine néoréaliste oblige, le poids du destin conduit celui-ci vers un destin tragique.

Ce décor urbain occupe une grande importance dans l'histoire. C'est ainsi sous un vestige isolé dans le champ jouxtant la ville que s'allonge le garçon perdu dans ses pensées. Une splendide scène qui représente l'isolement et le déracinement de cet individu dans le cadre urbain.

Mais le film est également une étude psychologique intéressante concernant différents personnages, caractérisés par une personnalité complexe : la mère mène une double vie, les sentiments de la jeune fille envers le garçon sont ambigus, et ce dernier, privé de père, sans éducation, dirigé par une mère envahissante, souffre de troubles affectifs et est livré à lui-même.

Les longs plans-séquences, quasi-surréalistes quant au contenu, l'utilisation habile de la musique de Vivaldi, plaquée sur des scènes ordinaires et amplifiant la dimension tragique de l'ensemble, montrent que ce film, s'il s'inscrit bien dans le courant du néo-réalisme, constitue aussi un prolongement de celui-ci, et un film de transition vers le courant de la modernité.

Autant de bonnes raisons pour (re)découvrir ce film aujourd'hui !


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De Arca1943, le 6 août 2006 à 22:10

« Ce néo-réalisme qui mériterait de faire rougir notre réalisme poétique d'avant guerre. »

Mais non, mais non ! D'autant plus que lorsqu'on questionne les artisans transalpins du cinéma néoréaliste – De Sica, Zavattini, Amidei, etc – l'influence qu'ils citent le plus volontiers est justement le réalisme poétique français des années 30, dont ils étaient de plus en plus privés à mesure que les années 30 avançaient (si on peut appeler ça avancer). Évidemment, c'est peut-être moins vrai pour Pasolini, qui arrive plus tard.


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De Impétueux, le 25 octobre 2013 à 16:22
Note du film : 4/6

Après avoir regardé Mamma Roma, je crains bien de devoir revenir sur la piètre opinion que j me suis faite, depuis des décennies sur le talent de Pier Paolo Pasolini dont l'étrange fascinante personnalité m'a longtemps rebuté. Il est vrai aussi que j'avais été largement décontenancé la Trilogie de la vie (Le Décaméron / Les Contes de Canterbury / Les Mille et une nuits), que je pensais être une suite de films salaces, qui alors émoustillaient mes vingt ans, et qui étaient en fait des œuvres assez dérangeantes et que les critiques lues sur Théorème ou Porcherie m'avaient rebuté.

Depuis lors, j'ai compris en voyant l'abominable et génial Salo que le bonhomme était bien davantage porté sur la Spiritualité et sur la question du Mal que je ne le pensais. Je ne me suis d'ailleurs pas encore tout à fait remis de ce film épouvantable.

Dire que Mamma Roma s'inscrit dans la veine néo-réaliste du cinéma italien me paraît tout à la fois évident et parcellaire. Il y a bien sûr la pauvreté de l'Italie d'après-guerre, la lente reconstruction du pays, les prémisses balbutiantes de l'expansion, l'incertitude entre l'espoir et la frustration, le goût du mélodrame. On retrouve des images ou des souvenirs de Sciuscia, d'Europe 51, d'Umberto D. dans la façon de filmer le quotidien des petites gens, les quartiers de friche, les petits trafics, la prostitution.

Mais Pasolini, pour son deuxième film, n'a pas – et de loin – la maîtrise d'un Rossellini et d'un De Sica : il installe du conte, de la parabole, du symbole là où la sécheresse distante devrait s'imposer, comme dans Le voleur de bicyclette : cela peut donner des résultats troublants et très réussis comme les errances nocturnes filmées en travelling arrière de la prostituée Mamma Roma, (Anna Magnani), abordée par des personnages avec qui elle parle un instant puis qui s'effacent dans la nuit ; mais cela peut aussi tomber dans le symbolisme douteux de la crucifixion du fils, Ettore (Ettore Garofolo), ligoté sur une civière et dont le fond du caleçon est clairement maculé. Il est vrai que les images initiales de la noce du maquereau singent la Cène de Vinci.

Le meilleur est, à mon sens, la façon de filmer la poussière sale des terrains vagues, leur pauvre végétation (une végétation pour pauvres ?), tout cela au milieu des vestiges écroulés de la gloire de l'Empire romain et dans la perspective des cités modernes qui se construisent pour accueillir les naufragés de l'exode rural.

Les acteurs, pour la plupart non professionnels, sont généralement expressifs et intelligemment employés, à quelques exceptions près (la prostituée Biancafiore – Luisa Loiano, vraiment trop gourde). Mais Bruna (Silvana Corsini) est parfaite en pauvre fille sur qui tout le monde a pris son plaisir…

Et Anna Magnani alors ? Un tempérament, un talent brut, brutal même, absolument superbe, mais peut-être (sans doute ?) que Pasolini n'a pas osé assez canaliser : cela peut donner des instants magnifiques, mais ça peut aussi dériver vers des outrances un peu hystériques.

N'empêche que ça a commencé à me réconcilier avec Pasolini. Prochaine étape ? J'ai le choix… Accatone, un des volets de la Trilogie (Le Décaméron, et je verrai après, si ça marche, les deux autres) ou bien plus sereinement L’Évangile selon saint Matthieu ?


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De vincentp, le 25 octobre 2013 à 17:54
Note du film : 5/6

Le meilleur du film est, à mon sens, la façon de filmer la poussière sale des terrains vagues, leur pauvre végétation (une végétation pour pauvres ?), tout cela au milieu des vestiges écroulés de la gloire de l'Empire romain et dans la perspective des cités modernes qui se construisent pour accueillir les naufragés de l'exode rural.

Oui, je partage cet avis. Pasolini est un grand maître du portrait de ville. Ce présent film évoque Europe 51 de Roberto Rossellini par certaines images de la banlieue et de ses terrains vagues. Ostia de Sergio Citti sur un scénario de Pasolini est à découvrir également.


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