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Sujet : Méfiez-vous des femmes !


De Impétueux, le 28 avril 2005 à 12:25
Note du film : 4/6

Je reverrais très volontiers ce film assez étrange, lent et oppressant, dix millième variation sur des thèmes vampiriques, mais qui présente l'originalité d'être centré sur le personnage de la comtesse Bathory, et non plus sur le comte Dracula, d'être situé à notre époque (enfin…les années Soixante-Dix) dans le décor singulier d'une Ostende hivernale et d'un palace déserté, et d'être à peu près dépourvu de scènes sanguinolentes.

Delphine Seyrig- Erzebeth Bathory – a toujours eu une forme d'engagement cinématographique au profit des pires nanars surestimés de la Nouvelle vague (L'année dernière à Marienbad, évidemment) qui n'a cessé de m'exaspérer, mais j'ai parallèlement toujours été fasciné par sa grâce, son élégance et sa voix. La présence de Danielle Ouimet, québécoise, je crois, devrait faire réagir (positivement ?) notre ami Arca, et la musique de François de Roubaix est, comme d'habitude, une de celles qu'on n'oublie pas…


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De Arca1943, le 29 avril 2005 à 05:26
Note du film : 4/6

Moi aussi, d'autant plus que les excursions du cinéma français dans le fantastique se comptent sur le bout des doigts. D'ailleurs, prononcez à haute voix, pour voir, «films de vampires français» et vous n'avez pas l'impression de proférer un oxymoron? (D'ailleurs, Kümel est belge, je crois!) On pressent tout un monde de rationalisme cartésien qui se dresse, obstacle formidable, sur les voies tortueuses menant à la Transylvanie… Pourtant, ce Rouge aux lèvres apparemment rebaptisé Les Lèvres rouges était un bon film, plus original que certains produits par la Hammer à la même époque (Dracula AD 1972, par exemple, ne réinvente pas la roue).

Côté vampires, certains me suggèrent Les Morsures de l'aube, mais je ne me suis pas encore laissé tenter. J'ai pourtant été séduit, il y a des lunes, par un film de vampire français : l'élégiaque Leonor, de Juan Bunuel, sans doute le seul réalisateur français spécialisé dans le fantastique (on lui doit aussi Au rendez-vous de la mort joyeuse et La Femme aux bottes rouges).

Dans le genre fantastique en général, il faut comper, bien sûr, parmi les grands classiques, La Beauté du diable… Sur cent ans et quelque, il doit y en avoir aussi quelques autres… mais ils ne me viennent pas facilement à l'esprit !

Quelques perles, pourtant : Black Moon, de Louis Malle, et Alice ou la dernière fugue, de Chabrol – deux films très réussis qui ont en commun de se jouer sur l'onirisme. (Quel beau coffret double cela ferait – non?) Et aussi un vrai film de peur, un film de genre à mon avis tout à fait honorable, et même assez efficace, Le Démon dans l'île, avec la sympathique Annie Duperey et l'inquiétant Jean-Claude Brialy, qui y effectue une sortie d'écran des plus remarquables…

Les tentatives plus récentes sont, hélas, le plus souvent calamiteuses. Ainsi, le granguignolesque Pharmacien de garde, ou encore ce film dont le titre m'échappe (aussitôt le film terminé, ma mémoire s'est enfuie à toutes jambes, et je la comprends, la pauvrette) et qui se passe dans une cellule avec trois prisonniers et un manuscrit maléfique… oh, là, là! Ça, c'était pénible!

Comparé aux deux précédents, Un Jeu d'enfants est nettement plus intriguant, plus «atmosphérique», aussi. Mieux fait, quoi. Faut dire que Karin Viard, même dans un film moyen, je suis preneur. Cela dit, c'était vraiment pas la mer à boire non plus…

Pourtant, un contexte typiquement français, typiquement parisien peut certainement voir naître un récit fantastique des plus effarants : rappelons-nous Le Locataire.

Quant à savoir si Danièle Ouimet me fait réagir, eh bien, euh… oui, en effet. Au temps de sa gloire, elle en a fait réagir plus d'un. Je la reverrais bien dans Les Lèvres rouges : ça fait plaisir de voir que mon accorte compatriote a pu échapper de temps en temps au ghetto du porno soft auquel elle était plus ou moins condamnée ici… (L'âge venant, elle s'est recyclée en animatrice d'émissions du matin pour vieilles dames.)

Arca1943


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De gouvy rock, le 12 janvier 2007 à 00:33

Toujours pas sortis en dvd! il serais temps de réhabiliter ce genre de film ! ai pas vu ce film, il me tarde! il existe une version zone 1 mais il n'y as pas de version française !


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De DelaNuit, le 27 septembre 2013 à 12:26
Note du film : 5/6

Les lèvres rouges vient de sortir en dvd avec sous-titres français chez "Potemkine"… pour suivre les errances de Delphine Seyrig en comtesse vampire sur les plages d'Ostende ou les canaux de Bruges…


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De Impétueux, le 27 septembre 2013 à 19:14
Note du film : 4/6

Oui, j'ai signalé sa parution à notre vénéré (mais surchargé Spontex) pour qu'il place le DVD du film à sa due place. L'édition – tout au moins de l'extérieur – est très belle, très élégante et comprend un livret d'entretien avec Harry Kümel. Je me repasserai le film, vu seulement une fois, à sa sortie, un de ces soirs.

Je m'en pourlèche les babines (si j'ose écrire !)…


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De Impétueux, le 10 novembre 2013 à 10:18
Note du film : 4/6

Le tour de force de Harry Kümel a été de réaliser ce film intéressant et devenu, au cours des ans, assez mythique, malgré de tout petits moyens et dans le cadre d'une coproduction internationale qui lui a imposé des contraintes de scénario et de dialogues dont il ne voulait guère et avec une distribution secondaire qu'il n'avait pas choisie : dans les intéressants suppléments du DVD lui-même et les actrices Danielle Ouimet et Andrea Rau s'étendent assez longuement sur ces points ; dans un petit livret joint, Kümel ajoute une nouvelle couche. Il se gausse d'ailleurs avec férocité des balourdises pompeuses de son interviouveur, Olivier Rossignol, qui aimerait bien faire dire au film des tas de choses compliquées et y voir des intentions qui n'y sont pas ; avoir été démenti sur presque toute la ligne n'empêche d'ailleurs pas Rossignol, dans les deux dernières pages, de livrer ex cathedra ses interprétations, dans un style assez lourd agrémenté de fautes d'orthographe : c'est le malheur de ces livrets un peu boursouflés, comme le furent ceux d'un certain Jacques Viallon que j'ai eu le plaisir de démolir ici (voir Maria Chapdelaine de Julien Duvivier).

Revenons au film qui vaut mieux que cette querelle : le manque de moyens n'est évidemment pas un reproche et il n'est pas sûr qu'il ne présente pas quelques avantages, notamment celui de resserrer l'action autour d'un très petit nombre de personnages. Et, naturellement, de mettre en exceptionnelle valeur la froideur glacée et raffinée des deux atouts principaux du film : Ostende et Delphine Seyrig.

Delphine Seyrig, d'abord et avant tout. Si elle n'interprétait, avec une infernale séduction souriante la comtesse légendaire Erzsébet Báthory, qui survit depuis des siècles grâce à sa consommation de sang de vierges, que resterait-il des Lèvres rouges, petit film esthétisant comme il y en eut tant ? Et son rôle de goule charmeuse est si fort, si bien tenu, qu'on en vient à se demander s'il n'est pas le meilleur de sa carrière, défalcation faite des personnages de ce cinéma militant bizarre et ennuyeux dont elle était malheureusement entichée (William Klein, Marguerite Duras, Chantal Akerman, Liliane de Kermadec). Sa voix de violoncelle (aussi belle en VO qu'en VF), son rire inimitable et profond, la souveraineté de son port et de son allure donnent à toutes les scènes où elle apparaît le charme vénéneux qui s'attache au film, d'autant qu'elle est admirablement éclairée et vêtue avec une grâce infinie et intemporelle.

Ostende ensuite. Les flots gris de la mer du Nord, les plages interminables, les grandes avenues désertées, les palaces endormis de la morte-saison et l'étrange onirisme belge qui a donné Jean Ray (dont Kümel a adapté Malpertuis), Michel de Ghelderode, André Delvaux au cinéma et les étranges immeubles Art nouveau de Victor Horta et de tant d'autres…

Le film est un peu lent, toutefois, souffre de la faiblesse extrême du jeu du personnage masculin, Stefan (John Karlen), mais aussi des exigences différentes, voire antagoniques des co-producteurs : ainsi l'aspect intéressant – trouble, en tout cas – mais nullement exploité par le récit, de la personnalité de Stefan qui a fait croire à sa jeune femme Valérie (Danielle Ouimet) que sa mère, à qui il tarde de la présenter, est une aristocrate britannique hautaine alors qu'il est en fait le giton d'un vieil homosexuel raffiné (Fons Rademakers).

Il y a en tout cas de très bonnes scènes, enrichies par une très belle photographie, la mort brutale d'Ilona (Andrea Rau), la compagne soumise de la comtesse, son ensevelissement dans le demi-jour glauque d'une dune, ou la course folle pour devancer le soleil qui se lève de la comtesse et de Valérie, devenue son amante et son esclave. Je me serais toutefois bien passé de la fin, la mort kitchissime de la comtesse et de l'épilogue, superflu.

Mais pour qui aime Delphine Seyrig, c'est un régal.


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De verdun, le 9 mai 2019 à 13:14
Note du film : 5/6

 Les lèvres rouges frôle le chef-d'oeuvre: dommage, comme il l'a été souligné précédemment, que le récit soit pauvre en péripéties, que John Karlen soit médiocre et que la fin soit ratée.

Car sans ces défauts, on tiendrait là l'un des films de vampire les plus originaux jamais tournés. Le choix de moderniser le mythe de la comtesse Bathory, de le situer dans la Belgique du XXe siècle ainsi que l'absence de canines proéminentes constituent autant de partis pris forts.

La présence d'une géniale et "dietrichienne" Delphine Seyrig dans le rôle principal et de la belle Danielle Ouimet, la qualité des prises de vues, le choix des decors (notamment d'Ostende comme dans Franz de Brel tourné la même année) et la musique de François de Roubaix contribuent à envoûter le spectateur.

Les lévres rouges se caractérise par sa lenteur, son érotisme, son atmosphère prenante malgré un budget modique et une vision originale du vampirisme. C'est du Jean Rollin réussi.


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