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Sujet : Palmarès correct. Sauf que...


De Arca1943, le 23 février 2005 à 04:20

Il n'y a pas de miracle. L'étonnante moisson du cinéma québécois en 2003 ne s'est pas reproduite comme par magie dans l'année suivante. Nous n'avons pas à offrir de réussites de la trempe des Invasions barbares ou de la Grande séduction, ou d'étranges et craquants ocnis (objets cinématographiques non identifiés) comme Le Bonheur c'est une chanson triste. C'est le contraire qui aurait surpris, de toute façon. Une petite cinématographie "nationale", même avec un milieu artistique effervescent et doté de hauts standards professionnels, ne peut pas réitérer de tels « coups du Nord » à chaque année. Et cela dit, notre cuvée 2004 n'est pas mal du tout. De Mémoires affectives, j'attendais le pire – c'est avec Roy Dupuis et qu'est-ce qu'elles lui trouvent toutes à Roy Dupuis, les filles? Ah ce qu'il m'énerve ! – mais finalement, c'est plutôt bon et Dupuis plutôt moins mauvais que d'habitude.

Aussi, je ne crois pas que ce soit la cause du vague sentiment d'irritation qui ne m'a pas lâché tout au long de cette soirée des Jutra. Mais pourquoi, alors? Parce que l'animateur était à côté de ses pompes? Bof. Comme je ne suis guère amateur de ce genre de spectacle, je ne m'attendais pas à mieux. D'autant qu'il y a eu un réel moment d'émotion, ni chiqué ni concerté, quand Geneviève Bujold a rendu hommage à Michel Brault en s'excusant d'avoir fait sa tête de cochon sur le tournage de Mon amie Max (1994, avec aussi une excellente Marthe Keller). Alors pourquoi? Parce que la robe de Lucie Laurier était trop diaphane? Non plus : l'eût-elle été encore davantage que je ne me serais pas plaint. Peut-être parce que mon poulain pour le prix d'interprétation féminine – l'explosive Céline Bonnier dans Monica la Mitraille – s'est fait coiffer au poteau par Pascale Bussières, déjà consacrée tant et plus? Mais non, elle le méritait amplement, son prix, Pascale. (Manie très québécoise d'appeler les artistes par leur prénom, comme si on avait gardé les cochons ensemble).

Ce n'est pas la cérémonie, ce n'est pas le palmarès. Ce n'est même pas l'atmosphère d'auto-congratulation.

C'est plutôt parce que les comptes ne tombent pas juste.

C'est plutôt parce que tous, de l'animateur aux nominés en passant par les innombrables commentateurs – cancaniers ou érudits – se félicitent sur tous les tons que depuis 2003, les exportations du cinéma québécois dans le monde ont augmenté de tant pour cent (je n'ai plus le chiffre exact, mais il est appréciable). Nos distributeurs sont bien contents. Nos distributeurs – pour l'essentiel : Alliance et Astral – sont contents et viennent le dire au micro. Oh comme nous sommes contents d'avoir mieux exporté nos films, c'est une bouffée d'air frais, la reconnaissance à l'étranger, etc, les entrées considérables, etc, etc.

Sauf que.

Sauf que la réciproque n'est pas vraie.

Sauf que nous exportons de plus en plus et NOUS IMPORTONS DE MOINS EN MOINS.

C'est vrai, d'accord, je n'ai pas les chiffres à l'appui. Mais de loin en loin, depuis quelques années, les quotidiens montréalais – La Presse et Le Devoir – se font un malin plaisir de rappeler que le nombre de films français qui sortent au Québec diminue inexorablement. (Et je ne parle pas du cinéma italien. C'est un miracle que Respiro et La Meglio gioventù soient parvenus sur nos écrans).

Et quant à ceux qui sortent encore, il faut voir dans quelles conditions. Ce sont à peine de vraies sorties. Que des films qui ont un réel potentiel populaire, comme Un Long dimanche de fiançailles ou Vipère au poing, se voient sortir dans UNE SEULE salle à Montréal, le cinéma Beaubien, qui malgré son titre usurpé de « cinéma de quartier » est une salle « de répertoire », fréquentée surtout par les happy fews et bien rarement par le vrai public, il y a vraiment de quoi hurler. Du pur et simple sabotage, qui sent le protectionnisme à plein nez. Et le budget marketing de ces films est à l'avenant : une misère… C'est particulièrement incompréhensible pour le film de Jeunet (qui a fait un triomphe avec Amélie) et particulièrement injuste pour De Broca (depuis toujours un entertainer bien connu. Et Villeret qui a triomphé dans Le Dîner de cons…).

Et qui les distribue si mal, ces films? Mais bien sûr, les mêmes distributeurs dont je parlais plus haut ! Astral et Alliance, pour ne pas les nommer ! Qui sont si contents de la hausse de leurs exportations ! Et qui s'arrangent, aussi, pour que la concurrence reste à sa place.

Alors nous exportons davantage, c'est ça, ouais. Et dans le même souffle, chaque année, nos frontières se referment. Cherchez l'erreur.

Arca1943


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