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Sujet : Incontournable aprés l'élection de Bush


De Serge BAZILLE, le 17 novembre 2004 à 12:34

J'ai envie de posseder ce film, pour illustrer la visite de Frédérique Bredin à la petite section PS de Fecamp pour exhorter à voter Non à la constitution Européenne, et surtout en tant que cinéphile.


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De Arca1943, le 17 novembre 2004 à 12:54
Note du film : 6/6

Ah, méfions-nous tout de même un peu de la strumentalizzazione des oeuvres de fiction à des fins de militantisme politique… Monsieur Comencini ne disait-il pas, et avec raison : "Le cinéma exige la vérité du réalisme et non la vérité de l'idéologie "? C'est d'ailleurs peut-être pourquoi le personnage le plus " idéologique " du film (celui qu'on appelle Il Professore, féru de théories marxistes et qui se fait nourrir à l'oeil par Antonietta/Silvana Mangano) est aussi le plus férocement ridicule de tout le cast…


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De Serge 76, le 1er janvier 2005 à 22:45

De Serge Bazille à ARCA1943 (votre nom SVP ?)

Belle envolée Monsieur Arca ? belle leçon d'esthetique "idéaliste" ! Pour moi, l'Argent de la Vieille, The Servant, Citizen Kane m'ont aidé dans les séances de cinemathèque de mon C.E. à réfléchir (avant d'agir) aux méfaits de la soumission "involontaire" par manque d'éducation et de culture"populaire".

En ce moment (voir le monde du 22/23), le C.E. de Renault Le Mans vend les milliers de livres de la bibliothèque, désertée, 2€ pièce, la demande des ouvriers étant des… tondeuses à gazon !

Malgré l'historicité de l'Art (dit Marx) il y a dans chaque oeuvre d'Art authentique … une goutte d'éternité (intro à l'esthétique).

Moi, je ne sacrifie pas l'utilité semiologique de l'art à sa magie.

Je vous fais cadeau de l'éternité et l'émerveillement (j'ai commencé manoeuvre dans une usine et fini contre-maitre). Grâce peut-être à l'argent de la vieille, c'est pour cela que je l'aime.

Vous auriez été Artiste (vous l'etes peut-être ?) dans les mèmes conditions hitoriques que le fut Willem Furtwangler, vous auriez aussi été Pigeon et victime !

Je vous rassure, je ne suis pas communiste, juste un petit militant de base au P.S. et holandais et pour le Oui et en éveil, comme la petite de l'Argent de la Vieille !


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De Arca1943, le 2 janvier 2005 à 02:41
Note du film : 6/6

« Si les films ne sont pas intellectuels, ils ne sont pas de gauche ! » – Luigi Comencini, décrivant l'attitude des critiques italiens à la sortie de L'Argent de la vieille. (cité par Jean A. Gili, "Luigi Comencini", Edilig).

En ma qualité d'étranger, il m'a d'abord fallu décortiquer un peu les exotiques allusions contenues dans votre courriel. Le résultat de mes recherches, c'est que "Holandais", ça renverrait à l'un des courants du Parti socialiste français – en l'occurence, celui d'un certain François Holande (j'ai trouvé ça dans l'amusant Canard enchaîné, que j'achète à l'occasion pour me renseigner sur la France). J'ai bon?

Ensuite, ce Oui, ça se réfère sûrement au référendum sur l'unité européenne (soit le rêve du grand Mazzini devenu réalité). Ça va toujours? Ensuite, qu'est-ce qu'un CE? Là, je suis moins sûr. Par déduction, je parierais pour "Comité d'entreprise". Or donc, si j'ai bien compris, il y a (ou il y a eu) des cinémathèques de Comité d'entreprise en France. Eh bien, je suis très content de l'apprendre. Nos syndicats à nous (CSN, FTQ, CEQ, CSD, pour ne rien dire de ceux qui sont affiliés aux Teamsters) sont (et on toujours été, je le crains) à des années-lumière de ça. La dernière fois que j'ai vu un pamphlet de la CSN sur la culture – quand j'étais membre de ce syndicat – c'était pour y expliquer qu'Achille Talon doit être proscrit car il incite les enfants à la violence. Voyez le tableau? (Et là aussi je peux citer Comencini : « La croyance "calviniste" dans l'influence corruptive de l'art… ») (cité par Gili, ibid.)

J'imagine qu'en sus de L'Argent de la vieille, vous n'avez eu de cesse, dans votre CCE (cinémathèque de CE, dont nous ne pouvons même pas rêver ici) de montrer d'autres Comencini, comme Incompreso, Eugenio ou encore Le Grand embouteillage? (Cool, non, l'intello de gauche incarné par Ugo Tognazzi, non? Mais passons…) Ou qui sait, peut-être même Don Camillo en Russie?

Je comprends très bien pourquoi la classe militante, en l'occurence de gauche, peut juger utile de s'emparer de L'Argent de la vieille à des fins de propagande : Bette Davis dans le rôle des classes possédantes; Joseph Cotten, évidemment, son valet du capital; Sordi et Mangano représentent les classes exploitées (mais en fait, ce sont des sous-prolétaires, catégorie très peu dépeinte, en réalité, dans le cinéma revendiqué par la gauche de l'époque). Mais dans cette clé de lecture, celui qu'on appelle «Il professore» représente alors la classe militante, en l'occurence de gauche… Portrait peu flatteur. Pas étonnant alors qu'à sa sortie en 1972, comme tant d'autres comédies à l'italienne de l'âge d'or, il ait été si méprisé (ou pire encore : ignoré) par les critiques et les intellectuels "de gauche".

Peut-être parce que nos amis se sentaient un peu inutiles? comme mis en touche? vu qu'entre le public populaire et ce genre de film, il n'y a pas besoin de la moindre médiation. Ma mémoire des chiffres a tendance à embellir les choses, mais on parle ici, au bas mot, de quelque chose comme huit à dix millions de spectateurs; peut-être plus encore. Un megahit au box-office, diligemment dénoncé presque à l'unanimité comme "commercial", voire "bourgeois" par les bien-pensants de gauche de l'époque, « qui cherchaient plutôt la truffe "nationale-populaire" du côté, par exemple, de Luchino Visconti, duc exquis et engagé. Personne ne comprit rien, comme d'habitude. » (Fruttero et Lucentini, «Années de plomb et années de plumes», en hommage à Furio Scarpelli, dans La Stampa, septembre 1981).

Quant à la France, L'Argent de la vieille n'y put sortir, dans des conditions honteusement confidentielles – des conditions de cinémathèque, justement – que six ans plus tard, en 1978, alors que les possibilités "commerciales" (i.e. populaires) du film étaient à toutes fins pratiques éteintes. C'est là que les animateurs de cinémathèques entrent en scène, j'imagine…

Mais revenons à nos moutons, c'est-à-dire à nous-mêmes. Comme la condition économique n'est qu'un aspect de la condition humaine et qu'une bonne comédie à l'italienne ne se réduit jamais à sa seule lecture politique – car c'est un cinéma de personnages et non un cinéma d'idées – on pourrait aussi imaginer des "éducateurs sociaux", aux prises dans leur quartier avec un problème endémique de jeu compulsif – ici en tout cas nous en avons un terrible – instrumentaliser ce film dans le but d'édifier les soi-disant "masses" sur le problème considéré : la scène où la vieille, à l'article de la mort, dit au prêtre qui s'apprête à lui donner l'extrême-onction : Râle pénible « I want to play cards » est certainement plus efficace que mille pages de fascicules éducatifs sur les pièges du jeu. C'est une intoxiquée, au même titre que Peppino et Antonia. À cet égard-là, les quatre personnages sont sur un pied d'égalité, car ils ont tous en commun d'être des timbrés du jeu compulsif.

La suite au prochain numéro,

Arca1943

P.S. Quant à mon nom, il ne vous dirait rien, j'en ai peur. À noter aussi que la leçon d'esthétique prétendument "idéaliste" ce n'est pas moi qui la donne, mais monsieur Comencini. « Le cinéma demande la vérité du réalisme et non la vérité de l'idéologie », ce n'est pas moi qui dit ça, mais le réalisateur de L'Argent de la vieille. Et dites donc, c'est "idéaliste", ça? À moi ça me fait l'effet d'être exactement contraire. Quant aux livres dont vos collègues ne veulent plus, c'est à s'arracher les cheveux, mais ce qui est curieux, c'est que vous en parlez comme si l'action et la pensée "de gauche" ne pouvaient être pour quoi que ce soit dans cette atterrante avanie… Come on. Sans vous retourner trop vite, regardez donc en amont.


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De Impétueux, le 2 janvier 2005 à 11:09
Note du film : 5/6

Voyez, cher Arca, combien votre échange avec Serge 76 illustre très à propos la conversation que nous avons eue à propos de Un taxi mauve, qui nous a permis d'éclairer nos positions et de dissiper des ambiguïtés !

Lorsque Serge 76 écrit : " Vous seriez Artiste (vous l'êtes peut être?) dans les mêmes conditions historiques que le fut Willem Furwängler", il me semble qu'il veut dire qu'il est totalement impossible d'admirer le grand chef d'orchestre parce qu'il a eu des complaisances pour le nazisme. Quel aveu ! On ne classe donc plus les artistes en fonction de leur qualité dans le domaine artistique qu'ils illustrent, mais en fonction de leur conformité avec des positions politiques ou morales, si respectables ou au contraire scandaleuses qu'elles soient ! Je me moque que Furwängler ait été nazi ou Louis Aragon communiste ; je me moque de savoir que Paul Claudel, après avoir écrit une "Ode au Maréchal" ait rapidement écrit une "Ode au Général" ; je me moque de savoir que, parmi les artistes que j'aime celui-ci était malhonnête, prévaricateur, veule, ivrogne, masochiste, pédophile ! Ce qui m'intéresse c'est moins leur misérable petite condition humaine que ce qu'ils ont pu apporter par leur art à l'Humanité et – de façon bien plus égoïste – à moi !

Serge 76 est un bel exemple de sartrisme continué, ce qui est bien rare, désormais en France ! Il y a les "salauds" qui méritent l'opprobre et la haine, et les grandes consciences (bien) engagées…Que Sartre se soit trompé durant toute son existence (et l'ait reconnu, sur le Vietnam, par exemple, lorsque, accompagnant Aron, il est allé à l'Elysée plaider pour les boat-people), qu'il se soit donc continument trompé n'a pas nui à son autorité ni à sa jactance… Enfin, aujourd'hui, il s'enfonce dans l'oubli ! Tant mieux ! Laissons couler !

Et que L'argent de la vieille soit édité !!!


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De visible, le 15 février 2006 à 22:47

quelle HONTE ! au nom de l'Art (bien la majuscule…?) on peut être la pire charogne de la terre ; ça passe.

Bah ça alors !


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De Impétueux, le 4 mars 2006 à 18:12
Note du film : 5/6

C'est bien ça ! Les bons sentiments et les attitudes politiquement correctes ne font pas forcément les bons livres et les bons films.

Les mauvais sentiments et les attitudes outrageuses ou provocatrices ne les font pas non plus, d'ailleurs.

Le talent, et le génie davantage encore sont indépendants de l'attitude de ceux qui les portent.

C'est triste, hein ?


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De paul_mtl, le 24 novembre 2006 à 20:33
Note du film : 5/6

" car c'est un cinéma de personnages et non un cinéma d'idées

La difference m'échappe un peu Arca.

Ca me rappelle qu'avant le XIXe siecle, certains philosophes pour éviter de serieux problemes (bûcher,prison…) utilisait des personnages dont un exprimait ses idées. Au lecteur de décrypter tout ça en suivant le meilleur orateur du débat. Les films de propagandes sont assez clairs par définition dans leurs messages mais les autres films peuvent potentiellement crypter des idées interessantes du réalisateur/scenariste.

Sinon le DVD de la comedie Dramatique Lo Scopone scientifico semble être finalement sortie en Italie le 11 nov. 2006


Lien:dvd A verifier …


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De Arca1943, le 25 novembre 2006 à 14:59
Note du film : 6/6

« "…car c'est un cinéma de personnages et non un cinéma d'idées." La différence m'échappe un peu, Arca. »

Jean GILI : « Vous avez dit : "Un film doit éveiller des sentiments et non pas exposer des idées, parce que les idées viennent à la suite des sentiments et non vice-versa."

Luigi COMENCINI : « En effet. Je ne crois pas qu'un film ouvertement engagé ait changé les idées d'un seul spectateur. Je crois au contraire qu'un certain type de film met le spectateur dans un état d'âme qui lui permet peut-être – je dis peut-être – de se trouver dans des dispositions légèrements différentes pour être sensible à des problèmes qu'autrement, il aurait ignorés. Je crois que c'est le maximum qu'on puisse atteindre; le reste n'est que stupidité. C'est pour cela que j'aime beaucoup La Grande pagaille (…) Je crois que l'oeuvre d'art agit toujours parce qu'elle trouble la conscience et on ne la trouble pas avec des idées mais avec les émotions données par la participation active du spectateur au sujet du film. Je ne crois pas à la dénonciation. »

(Extrait d'une entrevue avec Jean Gili publiée dans : "Le Cinéma italien", coll. 10/18, 1979)


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De paul_mtl, le 25 novembre 2006 à 16:03
Note du film : 5/6

Merci Arca pour avoir reproduit les idées de ce talentueux cinéaste italien.

Comencini a raison de faire confiance davantage à sa persuasion artistique/émotionnelle car son discours ne m'a absolument pas convaincu, doux euphemisme.

Reste que si son impact est souvent plus grand avec l'émotionnel, il controle moins bien le sens des idées induites de ces émotions. Une preuve ? lisez les réactions de spectateurs d'un film chargé fortement émotionnellement et celle d'un documentaire rigoureux.

Un film avec une argumentation solide et assez neutre emotionellement me laisse davantage reflechir sans interferences et mes conclusions sont souvent meilleures et plus durables. Les gens se rappellent de films qui les ont choqués émotionnellement et puis apres ? Un artiste est souvent plus compétent à sentir et diffuser des émotions qu'à correctement penser et raisonner sinon il aurrait choisi une autre profession. (il y a bien sûr les exceptions comme un Leonard de Vinci génial en art comme en science). Le cinéaste est souvent plus populaire que le scientifique ou le philosophe mais malheureusement il fait peu avancé la qualité des idées sauf qu'il sait mieux les diffuser en les rendant plus presentable/séduisante à la masse.

A chacun son style et ses outils.


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