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Sujet : Deux films en un


De Harry Luck, le 30 avril 2003 à 11:30

"Hôtel du nord" est un film à voir avec la télécommande à la main. Autant les séquences concernant Arletty, Jouvet (surtout) et Blier sont fabuleuses, inégalables, indémodables, autant toute l'intrigue secondaire avec Aumont et Annabella est vieillotte, bavarde, pleunicharde, quasi insupportable. A voir en accéléré, donc, quitte à faire hurler les puristes. Il y a vraiment deux films en un. Si on fait abstraction de ces scènes, toute la magie du film (les décors, la musique, le dialogue bien sûr) est intacte.


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De jouvet, le 20 avril 2005 à 12:29

bonjour…..C'est tout a fait vrai ! Deux films en un , oui ! Mais je pense que Carné a peut-être voulu , par le jeu d'un romantisme suranné de la part d'Annabella, appuyer sur la différence énorme entre le vécu " fleur bleue déçue" de cette femme et le vécu de ce voyou qu'est Jouvet dans le film…..Elle est l'aube , il est le crépuscule…Mais il est vrai qu'un peu moins de "gnan-gnan dans le jeu n'aurait pas nuit au film…. MAIS QUEL CHEF-D’ŒUVRE !!

                                     

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De Impétueux, le 20 avril 2005 à 12:58
Note du film : 5/6

Ce qui est assez drôle dans ce paradoxe que vous énoncez, c'est que le livre dont est tiré le film, le roman d'Eugène Dabit met bien davantage l'accent sur l'histoire sentimentale que sur le couple singulier formé par Jouvet et Arletty.

Et d'ailleurs je crois bien que dans l'esprit du temps, le couple Annabella/Jean-Pierre Aumont était bien davantage voué au succès que l'autre. Annabella, trop oubliée aujourd'hui était une star de première magnitude et Aumont un jeune premier irrésistible ! C'est un peu involontairement, et grâce au sublime dialogue de Jeanson (et naturellement à leur immense talent) que Jouvet/Arletty se sont substitués à Annabella/Aumont…


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De Xaintrailles, le 5 septembre 2007 à 14:43

Eugène Dabit a vécu toute son enfance à l'Hôtel du Nord dont ses parents étaient propriétaires. Son roman est une suite de portraits, sans lien, des hôtes de passage de l'hôtel. Il a écrit par la suite une pièce intitulée "Au Pont Tournant" plus centrée sur lui-même et sur ses désirs contrariés d'évasion. Tous les personnages, toutes les scènes et tous les dialogues du film de Marcel Carné sont de l'invention d'Henri Jeanson et n'ont rien à voir avec l'oeuvre de Dabit qui n'a pas la moindre intrigue.


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De Impétueux, le 5 septembre 2007 à 18:15
Note du film : 5/6

Au temps pour moi, donc ! J'avoue, à ma courte honte, n'avoir pas lu le recueil de nouvelles d'Eugène Dabit ! Mais je crois bien, en revanche, me souvenir que, réellement, l'idée des producteurs était de mettre au premier plan Annabella et Jean-Pierre Aumont et je croyais, avec une naïveté impardonnable à mon âge que c'était par fidélité au texte écrit !

Merci pour cette rectification !


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De Impétueux, le 12 octobre 2013 à 21:39
Note du film : 5/6

Mais qu'est-ce qui demeurerait dans nos mémoires d'Hôtel du Nord si, comme il était à peu près initialement prévu, l'éclairage avait été placé sur les amours contrariées d'Annabella et de Jean-Pierre Aumont, ne laissant aux autres acteurs que quelques morceaux de bravoure sans trop d'éclat ?

Si Hôtel du Nord brille encore aujourd'hui de mille feux, alors qu'il y a, dans l’œuvre de Marcel Carné des films beaucoup mieux composés, structurés, équilibrés (de Quai des brumes aux Enfants du Paradis), c'est grâce au miracle de la rencontre entre Louis Jouvet et Arletty et à leur tout aussi miraculeuse appropriation des mots d'Henri Jeanson.

Car sinon ce mélodrame assez banal sonne creux, tire en longueur, agace même lorsqu'il se perd dans les coulisses d'une histoire d'amour ennuyeuse, exaltée et légèrement ridicule. Comme on l'a écrit, on voudrait, à chaque séquence qui met en présence les deux benêts, passer vite à autre chose ; et parallèlement, on se régale tellement dans chaque scène où M. Edmond et Mme Raymonde – Jouvet et Arletty, bien sûr – vivent leur drôle de vie vacharde, qu'on en vient à oublier les scories de l'histoire amoureuse.

Et pourtant Annabella, de neuf ans plus jeune qu'Arletty était alors une actrice beaucoup plus notoire ; peut-on dire aujourd'hui, aussi, que sa beauté était régulière et éclatante et qu'elle était loin d'être une gourde à simple physique avantageux ? Et qui s'en souvient maintenant ?

Ce qu'il y a de formidable dans ces films vus dix fois et dix fois appréciés, c'est qu'on peut se conforter en le revoyant que c'est une manière de chef-d’œuvre ou, davantage, un de ces films dont le souvenir n'est pas effaçable. Je parlais de miracle, et c'est bien le cas : il paraît que Jeanson n'était pas si satisfait que ça des répliques qu'il avait écrites et qu'il s'interloquait à chaque prise d'entendre combien les acteurs s'étaient appropriés ses mots, en avaient fait presque des sentences : Ma vie n'est pas une existence ! – Si tu crois que mon existence est une vie ! ou encore Avec nos deux malheurs on peut faire… – Une grande catastrophe ! et Faut-il que je t'aime pour que tu me forces à le dire…

À y resonger, après avoir vu, donc, un grand nombre de fois le film, et encore hier, je peine à me rappeler les séquences où Edmond et Raymonde n'imposent pas leur présence éclatante. Trop éclatante, pourra dire un grincheux, au point où ils vampirisent complètement le reste de la distribution, qui n'est pourtant pas négligeable : pour une fois Jane Marken, la patronne de l'hôtel, ne joue pas une vipère gluante, mais une femme au cœur d'or ; Paulette Dubost est une excellente cuisse légère et Andrex un séducteur à la petite semaine très convaincant ; Bernard Blier – mais qui pourrait s'en étonner ? – interprète un cocu structurel (ah, la façon dont il passe à Arletty ses pantoufles en enchaînant des Ma petite reine ! dégoulinants !) ; François Périer mesure ses effets d'homosexuel contenu…. et d'autres visages, Marcel Pérès ou Raymone, la servante (qui fut la femme de Blaise Cendrars

Mais naturellement, Jouvet et Arletty, sublimes.

On cherche en ce moment quelle femme fourrer dans cette obscure et grandiloquente demeure du Panthéon. Quel que soit le choix qui prévaudra, de l'obscure Olympe de Gouges à l'ennuyeuse Simone de Beauvoir, on se demandera bien pourquoi ce n'est pas Mme Raymonde/Marie qu'a d'ça/Loulou/Clara/Dominique/Garance qui ne va pas reposer dans la tendresse de la Patrie reconnaissante…


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De Tamatoa, le 13 octobre 2013 à 14:40

…on se demandera bien pourquoi ce n'est pas Mme Raymonde/Marie qu'a d'ça/Loulou/Clara/Dominique/Garance qui ne va pas reposer dans la tendresse de la Patrie reconnaissante…

Si je vous rejoins complètement et vous donne entièrement raison, Impétueux, j'espère que vous mesurez vos propos ! Vous imaginez la gueule de l' intelligentsia de ce pays apprenant que l'amie de Céline et Robert le Vigan entre au Panthéon ? Ce Panthéon deviendrait alors comme le musée Grévin ? On y côtoierait Napoléon et Claude François ? Quelle horreur ! Et pourtant, dans cette antre prestigieuse, combien de ses locataires n'ont pas donné autant de bonheur au peuple que Madame Sans-Gêne ? L'indignation de tous ceux que l'Académie Française a refoulé malgré "leurs immenses et incontestables talents" serait à son comble. Parmi tous ces nobles cerveaux injustement ignorés, il en a quelques uns qui se demandent encore pourquoi la divine actrice ne fut pas entérrée de nuit comme Molière


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