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Forum : Le Grand silence

Sujet : Chef-d'œuvre !


De iron monkey, le 18 avril 2003 à 11:59

Une œuvre puissante, concoctée par le maître du western morbide Sergio Corbucci (Django, Companeros). Certainement le western le plus sombre de l'histoire. Les interprètes Jean-Louis Trintignant dans le rôle de Silence, Klaus Kinski alias Tigrero, un chasseur de primes cruel et impitoyable et Frank Wolff en shérif honnête et un peu naïf, mis en scène par il maestro Sergio Corbucci (l'un des 3 Sergio du western all'italiano) avec une somptueuse partition de l'immense Ennio Morricone.

Absolument indispensable !


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De Jarriq, le 18 avril 2003 à 12:33

C'est en effet un film totalement unique, même au sein du genre dit "spaghetti", pourtant riche en films baroques et bizarroïdes. "Le grand silence" est la somme de talents qui n'ont apparemment rien à voir les uns avec les autres, il fut tourné dans une station de sports d'hiver en pleine saison (dans ses mémoires, Trintignant raconte que les plans d'extérieurs montés dans le film, sont les rares où on ne voyait pas de skieurs en arrière-plan !) et c'est un des très rares films (westerns ou non) où le héros est tué par le méchant, qui s'en sort sans aucun souci. Kinski est surprenant dans le rôle de Tigrero car c'est un des rares méchants qu'il ait joué sobrement, avec une sorte de détachement qui ne lui ressemble pas. Il n'en a l'air que plus inquiétant. Un des talents principaux de Corbucci est que son style ne doit rien à Leone, ce qui en fait un maître à part entière du western italien, et non un pâle plagiaire comme la plupart de ses collègues. "Le grand silence" est un film hors normes.


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De Arca1943, le 16 octobre 2004 à 19:29
Note du film : 5/6

Je viens enfin de mettre la main sur Le Grand silence (dans l'édition zone 1, vu que c'est la zone 1 ici). Quand tu as cherché un film pendant deux décennies, les attentes deviennent démesurées, et pourtant, c'est encore meilleur que je l'espérais. Je suis frappé moi aussi par la sobriété inhabituelle de Klaus Kinski, qui en fait souvent des tonnes dans ses rôles de méchants. Quant à Trintignant, que dire ! C'est le grand jeu, il est vraiment sensationnel.

Et puis je retrouve avec joie la tradition made in Cinecittà d'un cinéma populaire qui a éliminé le damné happy end. Quel finale puissant! Après le premier visionnement, je me le suis repassé une bonne dizaine de fois. Tiens, Hollywood! Prends ça dans la gueule!

Arca1943


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De vincentp, le 30 décembre 2008 à 19:06
Note du film : 5/6

Sergio Corbucci, très habilement, tire le maximum d'un scénario ultra-mince. Une belle photographie, un scénario astucieux, le spectateur adhère… Mais hélas la thématique du western spaghetti est ultra-mince (violence extrême, vengeance, sens de l'honneur) et Le grand silence, en en faisant le tour et en épuisant toutes les facettes, flingue complètement le genre. On le sent bien d'ailleurs à la dernière image avec une conclusion outrancière, peu crédible et peu en rapport avec ce qui a précédé. Le grand silence, c'est bel et bien le grand silence thématique du western spaghetti, à partir duquel quelques cinéastes imaginatifs et doués ont réussi à bâtir -avec des bouts de ficelle- un spectacle.

Non, Arca, Corbucci n'enterre pas le western traditionnel. Il montre simplement que le cinéma peut être aussi un art de l'improvisation.


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De Arca1943, le 30 décembre 2008 à 19:30
Note du film : 5/6

« Non, Arca, Corbucci n'enterre pas le western traditionnel. Il montre simplement que le cinéma peut être aussi un art de l'improvisation. »

Avec une vision du monde tout de même moins naïve, non ? La conclusion, au contraire, n'est que tragiquement logique, et se substitue avec âpreté au "rédemptorisme" coutumier du genre.


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De vincentp, le 30 décembre 2008 à 19:52
Note du film : 5/6

La vision du monde véhiculée par le western n'est pas si naïve que cela, depuis la chevauchée fantastique (1939) de Ford, lequel aborde une floppée de thèmes (que l'on rappelle pour les plus jeunes) : la rédemption, qu'est ce que le bien et le mal derrière le masque de la société. Canyon Passage (1946) introduit des éléments psychanalytiques : le héros est mal dans sa peau. L'étrange incident (1949) prend parti contre une justice expéditive. La flèche brisée (1950) réhabilite les indiens. Etc… Le racisme, le maccarthysme, le respect des droits des individus sont régulièrement abordés, dénoncés ou soutenus -par John Ford, Nicholas Ray, King Vidor… La plupart des westerns (des auteurs majeurs) à partir du début des années quarante sont adultes et ne véhiculent pas de vision du monde naïve ou unilatérale.

A partir du milieu des années cinquante, c'est l'image même du héros qui se brouille. Vera Cruz (1954) est considéré aujourd'hui comme le précurseur ou l'initiateur du western spaghetti (par ses personnages, son sujet). On l'a déjà dit sur ce forum, Boetticher de 1955 à 1960 fait de son côté évoluer le western classique jusqu'à lui donner une forme très épurée, loin de la mythologie originelle du genre.

Le western spaghetti n'est donc en rien une révolution, juste la suite d'une évolution, développant et exploitant simplement des thèmes et des figures initiés par le western classique. D'autre part, pour en revenir à notre conversation, on voit bien avec Le grand silence que la thématique du western spaghetti est relativement limitée, et logiquement ce genre disparait au début des années 70 après avoir fait le tour de son périmètre.

Parallèlement au western spaghetti, se développèrent au moins deux autre axes : le western politique (Soldat bleu, Little big man,…), le western épuré à l'extrême (celui de Monte Hellman : L'ouragan de la vengeance). Puis le western parodique (Buffalo Bill et les indiens, Missouri Breaks) et nostalgique (Bronco Billy)

Et enfin le genre fut réinventé parcimonieusement par des cinéastes comme Kevin Kosner ou Clint Eastwood… Je n'invente rien : j'ai regardé, observé, réfléchi, et lu aussi les innombrables ouvrages (dont de nombreux excellents écrits par des critiques et cinéphiles français) parus sur ce genre aujourd'hui (presque) disparu… Cocorico, les Français sont sans doute les européens qui ont le plus contribué à l'étude et à la connaissance du genre.


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De Arca1943, le 30 décembre 2008 à 20:18
Note du film : 5/6

Sans oublier l'influence stylistique évidente du western italien sur le western américain… Sierra torride est l'exemple le plus évident, mais il y en a d'autres. La vague démystificatrice du genre (1970-72 : Doc Holliday, Bad Company, The Culpepper Cattle Co., etc) semble aussi avoir profité du regard ironique et "désacralisant" des Leone, Corbucci et consorts.


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De Arca1943, le 31 décembre 2008 à 01:06
Note du film : 5/6

« La plupart des westerns (des auteurs majeurs) (…) ne véhiculent pas de vision du monde naïve. »

Pourtant, le mal est toujours puni et le bien victorieux. Peut-être que « naïf » est trop fort (vous avez le don de me faire sortir de mes gonds) mais en tout cas, consolateur, rassurant et souvent enjolivé (voir l'échange récent avec Jarriq au sujet de Jesse James). Au moment de la finale du Grand silence, j'étais dans le même état d'esprit que les spectateurs du nouveau Cinéma Paradiso quand le baiser va enfin jusqu'au bout et qu'ils comprennent qu'il n'y a plus de censure. Dire qu'il a fallu attendre 1969 pour qu'un western se termine enfin ainsi !

Par ailleurs, même s'il n'est certes pas le fait d'un de vos "auteurs majeurs", je vous conseille chaleureusement Lawman (1971), si vous ne l'avez déjà vu. Oui, oui, je sais : un film de Michael Winner. Mais n'empêche !


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De vincentp, le 31 décembre 2008 à 08:45
Note du film : 5/6

"Vous avez le don de me faire sortir de mes gonds" me dis Arca (qui a repris du poil de la bête entre ses deux messages de 20h18 et 1h06).

1) Ah bon ? Pourtant comme Silenzio, je ne dégaine pas le premier ! Veux-tu m'achever à la sauvette, Arca, comme Tigrero, alors que je suis au lit (à une 1h06 du matin) ?

2) Non Arca, il n'aura pas fallu attendre 1969 pour voir un western traditionnel mal se terminer ("le mal est toujours puni et le bien victorieux" dites-vous). Lonely Are the Brave (1962) atteste du contraire. De mémoire Bronco Apache (1954) ne finit pas très bien non plus. Ni La fille du désert (1949), ni Duel au soleil(1946)… Et la fin de Comanche Station (1960) est particulièrement amère. Comme je l'indique dans mon précédent message, le western spaghetti est une simple évolution (et amplification) de tendances initialisées dans le cadre du western traditionnel, y compris pour le final.

Arca dort en ce moment (décalage horaire oblige, Arca -rappelons-le à notre public- est québequois), sans doute un peu ébranlé et tourmenté par la solidité de mes arguments en faveur du western traditionnel. Attendons donc son réveil vers 13 heures (il sera rude, car hélas ses arguments en faveur du western italien demeurent un peu légers !), pour la suite du duel épistolaire !


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De PM Jarriq, le 31 décembre 2008 à 09:54

Je ne pense pas que le "spaghetti" soit une simple évolution du western U.S. Pour les Américains, le western a toujours été une façon de réécrire l'Histoire de leur pays, de se créer des mythes, de remettre en perspective (valorisante) des actes impardonnables comme le massacre méthodique des Indiens.

Les Italiens eux, se sont servis des structures du western, pour les parodier, les exagérer, les déformer, et créer un genre totalement à part, où se mêlent baroque, fantastique, surréalisme, hyper-réalisme, ulta-violence. Rien à voir avec la démarche initiale du western made in America. Seuls les accessoires se ressemblent. Et encore…

En déplaçant géographiquement les tournages en Espagne, en Italie, voire en Yougoslavie, le "spaghetti" marque sa différence fondamentale avec son modèle d'origine, pour inventer ses propres codes, et ses propres paysages, qui ne doivent rien à l'imaginaire fordien.

Il y a eu quelques anti-héros dans le western U.S., mais ils se rachetaient toujours in extremis, et ne crevaient jamais comme des chiens, dans la neige, comme à la fin du Grand Silence.


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De vincentp, le 31 décembre 2008 à 10:29
Note du film : 5/6

Chaque auteur du cinéma américain a (dans la mesure ou il disposait de marges de manœuvre vis à vis des studios, ce qui était le cas pour nombre d'entre eux, comme John Ford) imprimé son mode de pensée au genre. Le western mythologique, auquel PM Jarriq fait référence, s'apparente à celui de B de Mille, et il n'a guère d'adeptes à partir des années quarante. Ceci peut s'expliquer tout simplement par le fait que les auteurs (metteurs en scène, scénaristes) du cinéma américain sont des êtres intelligents, cultivés, non-manichéens (Ford, Walsh, Lang, Wellman, Vidor, King…) qui ont une conscience claire des idées qu'ils expriment.

Quant au western spaghetti, il ne fait qu'"explorer" le cinéma à partir des explorations menées par d'autres -antérieurement-, s'appuyant sur leurs acquis. Il n'invente pas de codes : il réemploie en les exagérant ceux qui ont été inventés par d'autres avant eux. Il se passe au cinéma exactement ce qu'il s'est passé avec la découverte du continent américain par les européens : toujours un peu plus loin, avec une perception mentale qui évolue avec le temps. C'est un mécanisme naturel.

Pour en revenir à Le grand silence, il n'est pas surprenant que le personnage principal de Le grand silence soit muet : il n'a en effet rien à dire. Corbucci -avec un talent évident- réussi à bâtir un film de qualité avec peu de choses, et miraculeusement. Si vous enlevez un petit quelque chose (ex : la photo, la musique), vous avez un spectacle ennuyeux. Le filon était mince. Ceci explique pourquoi peu de titres de ce genre (le western spaghetti) sont aujourd'hui mémorables.


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De PM Jarriq, le 31 décembre 2008 à 11:21

Pour en revenir à Le grand silence, il n'est pas surprenant que le personnage principal de Le grand silence soit muet : il n'a en effet rien à dire.

Franchement, c'est une remarque valable pour la plupart des héros américains, qu'il s'agisse de Randolph Scott, John Wayne ou Eastwood. Ils ne sont pas muets, mais ils pourraient tout à fait l'être, et ce qu'ils font est souvent plus probant que ce qu'ils disent.


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De Arca1943, le 31 décembre 2008 à 12:31
Note du film : 5/6

« Le western mythologique, auquel PM Jarriq fait référence, s'apparente à celui de B de Mille… »

Je n'ai pas l'impression que Jarriq parle seulement des westerns à la Cécile B. De Mille lorsqu'il écrit que le western américain "est une façon de réécrire l'histoire" et de "créer des mythes". Nous venons d'avoir cette discussion sur le film du Brigand bien-aimé : le personnage de Jesse James – pour prendre ce seul exemple parmi beaucoup – est carrément à l'eau de rose, à peu près sans rapport avec la réalité historique : on en fait un mythe. « Si la légende est plus belle que la réalité, racontez la légende », disait John Ford. Ça résume très bien la pente suivie généralement.

Par ailleurs, on trouve dans le western italien une vision de la nature humaine nettement plus sombre (i.e. « moins naïve ») que dans le western américain. Mais là, je pourrais enlever de ma phrase "western" pour mettre "cinéma" et ce serait aussi vrai.


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De droudrou, le 31 décembre 2008 à 12:54

Pour répondre à Arca : je crois qu'il y a une légende de l'Ouest avant qu'il n'y ait une légende de l'Amérique. Quant à dire qu'on pourrait associer cette même légende, en termes de caractéristiques, à celle de la Grèce antique, il n'y aurait qu'un pas d'autant que l'histoire de l'Ouest est quand même récente au regard de l'espace temps qui caractérise l'histoire du "vieux continent"…


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De PM Jarriq, le 31 décembre 2008 à 13:45

Arca a raison, je ne parlais pas du cinéma de DeMille, qui n'est pas selon moi un réalisateur "typique" de westerns, même s'il en a signé quelques uns. Les Tuniques écarlates et Les conquérants du nouveau monde, se situent d'ailleurs avant la période exploitée au cinéma par le genre.

Puisqu'on parle de Ford, il suffit de voir sa (magnifique) version du personnage de Earp dans My darling Clementine, et la comparer à la moins reluisante réalité approchée dans Tombstone ou plus sérieusement dans Wyatt Earp, pour comprendre le fossé qui existe entre le western américain enjolivé, glorifié, et le réel historique.

Le "spaghetti" malgré des détails plus réalistes (la crasse, la misère, la violence) n'ambitionne pas de donner une vision plus adéquate de l'Ouest des années 1800. Ce qui s'en rapprocherait le plus me semble être la série Deadwood.


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De Arca1943, le 31 décembre 2008 à 14:27
Note du film : 5/6

« Le "spaghetti" malgré des détails plus réalistes (la crasse, la misère, la violence) n'ambitionne pas de donner une vision plus adéquate de l'Ouest »

Généralement non, même si Il était une fois dans l'Ouest se donne clairement pour but d'être «plus réaliste» que la concurrence américaine ou italienne. Cela ne veut pas dire que le western italien n'a pas d'ambitions historiques, manifestes notamment dans Le Dernier face à face et même à la fin du Grand silence (l'histoire du point de vue des vaincus, celle que selon un adage un peu pressé, on n'écrit jamais).


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De Arca1943, le 31 décembre 2008 à 15:13
Note du film : 5/6

« Puisqu'on parle de Ford, il suffit de voir sa (magnifique) version du personnage de Earp dans My darling Clementine, et la comparer à la moins reluisante réalité approchée dans Tombstone ou plus sérieusement dans Wyatt Earp. »

Pour ne rien dire du Doc Holliday de Frank Perry, dont l'agressivité dans la démystification semble un peu excessive, comme s'il cherchait à appuyer de tout son poids sur l'autre plateau d'une balance.

« Non Arca, il n'aura pas fallu attendre 1969 pour voir un western traditionnel mal se terminer. »

Je vais voir Lonely Are the Brave pour vérifier ce que vous appelez "mal se terminer". Tous le monde se fait massacrer et les méchants restent impunis à la fin ? I want to see that.


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De PM Jarriq, le 31 décembre 2008 à 16:32

C'est intéressant, à ce propos, de voir que le personnage de Earp pourrait servir à évaluer l'évolution du western à travers les âges et les médias, tant il a souvent et différemment été traité à l'écran : de façon tendre et pittoresque par Ford et Fonda (oublions James Stewart et son sketch absurde dans Les cheyennes), dure mais tout de même héroïque par Sturges et Lancaster. Ce même Sturges aura une vision bien plus lucide et amère du personnage dans Sept secondes en enfer, sous les traits de James Garner, lequel reprendra le rôle, vieillissant dans Sunset, où Earp est devenu conseiller technique à Hollywood. Dans Doc, comme l'a noté Arca, ce n'est qu'une pâle fripouille opportuniste.

La série TV des années 50, où Earp est joué par Hugh O'Brian, ne donne du bonhomme qu'un portrait stéréotypé de shérif sans peur ni reproche.

Tombstone montrera un Kurt Russell implacable et âpre au gain, et Wyatt Earp sous les traits de Costner sera assez réaliste, mais fort antipathique.


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De Impétueux, le 23 mai 2011 à 22:54
Note du film : 4/6

Je suis très impressionné des gloses passionnantes et savantes déposées sur ce fil par trois remarquables connaisseurs de ce genre particulier du cinéma qu'est le western. Aussi bien PmJarriq qu'Arca et que Vincentp maitrisent leur sujet, ont une liste de références impeccable et s'escriment sur le sujet avec des arguments de haute tenue.

Le malheur, à mes yeux, c'est que leurs points de vue sont tour à tour absolument convaincants et rigoureusement opposés et que, in fine, je suis totalement incapable de me ranger à une position plutôt qu'à une autre ; il est vrai que dans les multiples catégories du cinéma de genre, le western est une de celles qui me sont le plus étrangères, alors même que toute mon enfance j'ai ingurgité des dizaines et des dizaines de films de Peaux-rouges pittoresques et de garçons vachers taciturnes. Rares sont ceux qui ont surnagé dans ma mémoire, à part La prisonnière du désert et les œuvres de Sam Peckinpah.

Cela dit, j'ai été ébloui, quand je l'ai découvert, par il était une fois dans l'Ouest ; pour une fois, le western me semblait quitter le simplisme niais et parvenir à se calquer sur une vraie tragédie, à la mesure de l'Antique ; mais les autres films de Sergio Leone ne m'ont pas semblé avoir cette complexité de ton et de personnages. La saga des dollars (Pour une poignée de dollars et tutti quanti) revenait sur un récit pesant et simpliste avec le seul apport des angles de prise de vue originaux et des barbes qui crissent en gros plan.

Averti du goût que beaucoup ici portent au Grand silence, je m'étais promis d'essayer de découvrir le film de Sergio Corbucci ; comme je l'ai trouvé par hasard pour deux kopecks (trois maravédis) il y a quelques jours dans un supermarché, je me suis précipité dessus…

Qu'en dire, de mon point de vue estropié ? Que ce n'est pas mal du tout, même si je ne mets que 4, et si mon 4 est plus proche encore de 3,5. L'histoire est extrêmement niaise, mais sa banalité est rachetée par sa sauvagerie. Il m'amuserait que quelqu'un ait fait le compte des zigouillés qui ponctuent le film : c'est sûrement un palmarès des plus instructifs : ça défouraille à tout va, et dès que deux personnages sont face à face, il est exceptionnel que l'un d'entre eux ne reçoive pas, dans la minute qui suit, une balle bien appliquée et décisive.

Et puis, il y a beaucoup de sang, de sadisme autour d'un brasero où visage et main sont calcinés, de crasse, d'armes étranges, de dégaines et de défroques (l'étrange voile protège-nuque de Tigrero – Klaus Kinski – les pelures protectrices de tous les acteurs), de cruautés multiformes, de situations baroques (les cadavres abattus hissés par des cordages sur le toit de la diligence). Merveille, ça ne se termine pas bien, mais au contraire les personnages positifs sont vilainement abattus sans états d'âme, juste avant les malheureux prisonniers, massacrés avec une certaine volupté.

Car, à la fin, c'est le Mal qui gagne, ce qui n'est pas si fréquent que ça au cinéma, alors même que c'est plutôt la règle dans la vie. Heureusement Corbucci n'a pas cédé aux sirènes de bienpensance et a filmé la seule suite logique qui se pouvait concevoir : que vouliez-vous que Silence (admirable rôle de Trintignant, dont la voix si chaude n'est pas du tout utilisée), que vouliez-vous que Silence, donc, pût faire contre la camarilla de tueurs qu'il affrontait, sinon qu'il mourût, les armes à la main et la femme qu'il aime dans les bras ? Rien que de logique !

Film plaisant, région glaçante ; on songe tout de même un peu à il était une fois dans l'Ouest, à ses retours en arrière et à ses histoires d'enfances abimées. Y'a pas à dire : si on ne les nettoie pas tous, ils reviennent comme un reproche, les enfants marqués…


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De Arca1943, le 25 mai 2011 à 16:22
Note du film : 5/6

Heureux de voir que l'influence bénéfique de Jarriq, VincentP et moi-même a pu décider Impétueux à ce visionnement incontournable (Quel finale, quand même !). Il lui reste maintenant à vérifier le parallèle que certains – Jarriq notamment – y voient avec Goyokin… eh, eh, eh (rire du méchant qui vient de piéger le héros)…


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De vincentp, le 25 mai 2011 à 19:33
Note du film : 5/6

Il est dommage que PMJarriq soit devenu aussi bavard sur ce site que Silenzio. Par contre j'ai été promu par Arca1943 (Vincent petit p est devenu Vincent P majuscule) au rang de chef de la police montée.


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De Steve Mcqueen, le 4 août 2014 à 20:48
Note du film : 5/6

Le duel à winchester mouchetée entre Arca et vincentp me fait penser au duel à trois concluant Le bon, la brute et le truand, Impétueux jouant le rôle de Clint Eastwood, observant les deux hommes d'un oeil à la fois intéressé et dépassionné ! Voilà en tout cas un échange passionnant, érudit, stimulant…

Concernant Le grand silence, c'est une oeuvre à la fois emblématique et qui détonne dans le paysage -aride- du western italien. Emblématique car on y retrouve les ingrédients traditionnels : violence sanguinolente aux frontières du sadisme (ici on flingue, on brûle, on fait sauter les doigts à coup de colt), musique atypique (toujours du maestro Morricone) tour à tour ample ou minimaliste, lyrique et épique, personnages peu loquaces dont les colts semblent être un prolongement, une expression de leur pensée (particulièrement ici, Jean-Louis Trintignant y étant muet). Atypique car Le grand silence , et surtout son finale, pur reprendre le terme d'Arca, est empreint d'un nihilisme froid, désespéré, en totale adéquation avec le ton, violent et dénué de concession, du reste du film. Même dans le cadre du western spaghetti, genre outrancier et sans barrière s'il en est, cette conclusion est à part, différente. Atypique car le film réserve, entre deux flambées de violence, deux éclats de chairs, une séquence intime et tendre entre Pauline (Vonetta McGee)et Silence (Trintigant), séquence filmée par Corbucci avec un tact que je ne lui connaissais pas. Atypique car le cadre, enneigé, sous la glace duquel palpitent les haines, est inhabituel.

Concernant la polémique entre les admirateurs du western américain traditionnel et ceux du western italien, j'ai du mal à me prononcer. Le western spaghetti, érigé sur les cendres du western américain, a palpité pendant une vingtaine d'années, puis s'est brusquement éteint, phagocyté par les outrances, les redites, la lassitude du public, au début malléable, puis plus circonspect. Il est indéniable que les cinéastes italiens ont influencé les américains, ces derniers peuplant dans les années 70 leurs films de personnages mal rasés, cupides et violents. Il suffit de regarder Les Charognards pour s'en convaincre. Néanmoins l'appât de l'or irriguait déjà Le jardin du diable d'Hathaway, l'ambivalence des personnages déjà était palpable dans L'homme aux colts d'or de Dmytryck', le mythe du cow-boy valeureux était déjà mis à mal par Burt Lancaster dans Vera Cruz d'Aldrich

Ce que je retiens du western spaghetti, ce sont principalement les trois Sergio (Leone, Sollima, Corbucci, dans l'ordre). Leone car ses films sont regardables à l'infini et jusqu'au bout des temps, grâce à leur tempo alternant contemplation et brutalité, grâce à la musique à tomber par terre de Morricone, grâce à Clint Eatswood, encore et toujours Clint. Ce sont des films qui ont échappé à leur réalisateur génial et visionnaire pour entrer dans le patrimoine cinématographique mondial.

Sollima pour Colorado et surtout Le dernier face à face, d'un classicisme épuré étonnant, doté d'un scénario aux accents politiques (la violence d'un seul homme est stérile, celle de 100 hommes est destructrice, celle de 1000 hommes renverse l'ordre établi) et engagés toujours efficaces et porté à bout de bras par les magistraux Gian Maria Volonte et Tomas Milian.

Corbucci pour Le grand silence, pour ses outrances, son baroquisme teinté de fantastique, sa violence sanguinaire..

Sans oublier El chuncho de l'inégal Damiano Damiani, où semble tangible l'arête des cimes de sables, le souffle froid du désert, la furia révolutionnaire…

Je pense que le western italien a constitué le sublime embrasement d'une étincelle, tarie dans l'excès, conrtairement au western américain qui ne cesse de se renouveler, de la revendication salutaire de Danse avec les loups à la démythification d'Impitoblable, sous oublier le beau classicisme d'Open Range, limpide retour aux sources…


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