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On se fait avoir...


De Arca1943, le 29 juin 2008 à 00:50

Ce film est sans aucun doute la pire adaptation que j'ai vue. La série avec François Dunoyer n'était pas non plus de la très bonne télé : scénarios peu intéressants, personnage approximatif et par trop inoffensif. La série avec Georges Descrières est restée célèbre, mais les histoires du pauvre Leblanc s'y font sacrément ratatiner (que reste-t-il de l'Aiguille creuse, Dieu du ciel !) et au personnage de Lupin lui-même, il manque des facettes. Le côté sombre du personnage (mégalomane, notamment) en est évacué – et d'autres choses aussi, notamment le fait qu'il est malheureux en amour. (Joséphine Balsamo dans La Comtesse de Cagliostro, la mère de Gilbert dans Le Bouchon de cristal, Dolorès Kesselbach dans 813, éconduisent toutes Lupin d'une façon ou d'une autre). Cela dit, ça se regarde. Le format télé fait que curieusement, les nouvelles sont mieux adaptées que les romans. (Voir les épisodes Le Sept de coeur, Les Huit coups de l'horloge et L'Agence Barnett, parmi les plus réussis).

Bref, ce que je veux dire, c'est qu'en réalité, Arsène Lupin est TRÈS difficile à adapter à l'écran, petit ou grand, et que la satisfaction que je trouve à lire (et rererererelire) 813, La Barre-y-va, L'Aiguille creuse, Le Bouchon de cristal, Victor de la Brigade mondaine n'a été jusqu'ici que très partiellement rendue par ses avatars audio-visuels. Cela dit, je place de sincères espoirs en la série d'Astruc avec Jean-Claude Brialy.

Ce qui me fait le plus mal avec le naufrage de ce film, c'est qu'à certains moments, on sent une volonté de restituer un personnage plus près de la création originale de Leblanc : et le choix du roman La Comtesse de Cagliostro en soi était une très bonne idée, parce que ça nous fait partir de la prime jeunesse du personnage, c'est en quelque sorte le Bildungslupin, le roman d'apprentissage qui va décider de sa carrière de cambrioleur et d'escroc et de ce que Leblanc appelle "son combat contre la société". Les Lupin télévisés manquaient de mystère (entre autre des mystères de l'histoire de France), de drame. Dans ce film, on sent confusément la volonté de redonner à Lupin cette dimension. Mais entre la volonté et le résultat, oh là là, que ça craint !


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De Lagardère, le 28 juin 2008 à 23:50

Ce film est une infâme bouillie indigeste , réalisé par un handicapé qui a du resté trop longtemps sur le grand huit de la foire du trône ! A moi Becker et Brialy !! A moi Robert Lamoureux !!


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Avis


De Arca1943, le 22 mai 2007 à 12:28

« Je ne partage pas cette opinion qui "condamnerait" une oeuvre littéraire populaire à devenir un film commercial, empêchant ainsi un traitement plus artistique. »

Cette discussion pourrait durer longtemps, selon les définitions qu'ont les duellistes des termes choisis. Pour moi, commercial et artistique ne sont en rien antinomiques (voir, par exemple, L'Incompris); et d'autre part populaire et commercial sont les deux faces d'une même médaille. On utilise très souvent le terme dépréciatif de commercial pour dire d'une oeuvre qu'elle est populaire. Ça arrive notamment à ceux qui méprisent le peuple. Exemple, dans la phrase : « Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain est un film 'commercial'' », on veut dire par là que c'est un film populaire.

Tient, en passant : Jeunet pourrait-il trousser un Lupin ? Mmh…

Quand je dis qu'il ne faut pas viser la catégorie des oeuvres personnelles avec une adaptation d'Arsène Lupin, c'est que Lupin et l'oeuvre de Leblanc ne doivent pas être détournés de leur but, qui est de divertir le peuple, pour permettre à l'auteur X de briller. Le grand auteur doit plutôt être artisan, ici, il doit se mettre humblement au service de cet univers et non l'inverse.


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De Arca1943, le 22 mai 2007 à 01:59

« Plus commercial que réellement artistique, il n'a, manifestement, pas l'once d'une ambition culturelle ou cinématographique et vise délibérément la catégorie blockbuster plus que celle des oeuvres personnelles. »

Il ne faut surtout pas viser la catégorie des "oeuvres personnelles", selon moi, en s'attaquant à un monument de la culture populaire comme Arsène Lupin. Et viser la catégorie blockbuster n'est pas non plus un problème, puisque l'on adapte une oeuvre qui appartient à son équivalent littéraire, le bestseller.

Cela dit, il ne faut pas rater son coup. Qui est donc le tâcheron, l'énergumène qui a scénarisé ce film ? Se pourrait-il qu'il ne comprenne rien aux subtils mécanismes narratifs qui font que Lupin est Lupin ? Se pourrait-il qu'il n'ait jamais entrevu les écueils, les pièges tendus sur la route de l'intrépide adaptateur ?

L'idée de départ est pourtant excellente. Quand je n'avais pas encore vu le film, et que je me permettais donc de rêver d'une grandiose réussite, je me disais que – commercialement parlant – c'est toujours une bonne chose de commencer une franchise par le début. La Comtesse de Cagliostro est un bon Lupin, où Maurice Leblanc retrouve, après des signes de fatigue évidents (Les Dents du Tigre, Le Triangle d'or), son inspiration de toujours, parce qu'il décide en somme de faire un prequel, d'explorer à rebours la vie du gentleman cambrioleur.

Mais s'agissant de Lupin, de Leblanc, la scénarisation est l'étape cruciale, dont tout le reste va dépendre. Je la vois sans peine durer des années ! Il faut, dans une première étape préparatoire, maîtriser à fond – mais alors vraiment à fond – la lupinologie (comme il y a une tintinologie) tout en sachant que 98 pour cent de ce riche savoir ne sera pas à l'écran, dans le "produit fini". Il faut qu'un certain tour devienne une sorte de réflexe pour le (ou mieux : les) scénariste-s . Qu'est-ce qui marche, dans Lupin ? Qu'est-ce qui fait que ça fonctionne ? Pourquoi, par exemple, les mystères historiques de la France sont-ils un ingrédient des meilleures histoires d'Arsène Lupin, comme L'Aiguille creuse, 813 ou, justement, La Comtesse de Cagliostro ? Ici, le "mystère" se réduit à la conspiration monarchiste, il n'a plus ni épaisseur, ni résonance. Il est traité d'une manière qui ne fait vibrer personne.

Et ce n'est pas la faute des interprètes. Kristin Scott Thomas est un très bon choix, en principe. Elle a le physique de l'emploi : une dame quadragénaire qu'on prendrait pour vingt ams. Par moments dans le film on "voit" la Cagliostro qu'elle aurait pu être. N'oublions pas qu'Arsène Lupin est littéralement subjugué par la comtesse de Cagliostro – qui en passant est d'abord une cambrioleuse, exactement comme lui – et vice-versa : elle ne peut pas plus se résoudre à tuer Lupin quand l'occasion s'en présente. Dans le livre de Leblanc, le rapport d'amour-haine entre les deux cambrioleurs est très fort, car les deux personnages tout en s'affrontant violemment ne peuvent se détruire. Et avant de s'affronter, ils travaillent ensemble et Lupin apprend d'elle bon nombre de trucs utiles à savoir pour un escroc professionnel. Or il me semble évident que quelque chose s'est passé à l'étape de la scénarisation pour que jamais, au grand jamais dans le film ce rapport ne "décolle". C'est plat comme une crêpe, convenu au possible; pas crédible du tout.

Un Lupin réussi doit s'envoler, il doit nous étourdir de coups de théâtre, il doit nous faire prendre au moins une bonne douzaine de vessies pour autant de lanternes. On doit sortir de la salle ravi de s'être fait avoir et un peu essoufflé.

Je ne comprends pas comment on arrive avec un récit aussi exsangue. Devenir Arsène Lupin, c'est devenir tout à la fois un athlète (puis que c'est un monte-en-l'air), un maître du déguisement (c'est-à-dire un acteur et aussi un petit chimiste qui sait qu'une injection de tel produit sous la peau lui donnera par exemple un teint de brique), un chef de bande passablement autoritaire, un expert en art, un faussaire virtuose, un érudit de mystères historiques, un mégalo, et par là-dessus, un enquêteur qui est l'égal des plus grands policiers. Ce film portant sur la période d'apprentissage d'Arsène Lupin, les auteurs du film ont-ils au moins idée de tout ce que leur personnage a à apprendre ? Or la comtesse de Cagliostro fait partie intégrante de cet apprentissage, Leblanc a pensé qu'il était logique que le jeune cambrioleur rencontre sur sa route cette collègue qui certes, s'avérera un génie du mal, mais avec laquelle il fait d'abord un bout de chemin en tant que complice et apprenti. Sans sa rencontre avec Joséphine Balsamo, Lupin serait resté un excellent monte-en-l'air, sans plus. Mais de prendre des leçons de tromperie du prochain à ses côtés, d'avoir ensuite à la combattre, et de se retrouver mêlé à une énigme historique qui court sur quelques siècles, ça va lui ouvrir des horizons, il va commencer à voir que la cambriole peut mener loin. L'idée d'un Lupin qui est en apprentissage – un bildungslupin ? – en soi, c'est riche, il y a beaucoup de matériel à puiser. Or qu'en retrouve-t-on à l'écran ? Pratiquement rien, en somme.

C'est vrai que Romain Duris cabotine dans nombre de scènes. Mais donnez-lui une bonne histoire, de vrais dialogues – ces dialogues sont une honte ! quelle bovine présomption ! Mais il faut au moins Audiard sévèrement contrôlé par Brach pour arriver à des dialogues dignes d'Arsène Lupin ! – donnez-lui de vrais dialogues et la succession de grandes scènes qui font le chic de Leblanc et du pastiche génial de Boileau-Narcejac, et il vous ferait un très, très bon Lupin. Pour jouer Arsène Lupin à vingt ans, Duris est un excellent casting, ça lui va comme un gant, on voit par moments tout le potentiel de l'acteur dans ce rôle. À mon avis, il a tout ce qu'il faut. Mais comme le récit, fondamentalement, ne fonctionne pas, comme le scénario est une honte et vers la fin, une vraie bouillie, alors le malheureux jeune homme, livré à lui-même, ne peut faire autrement que de cabotiner, que voulez-vous.

Mais le plus impardonnable de tout, et qui "prouve" selon moi à quel point le scénariste était aux abois, c'est de rabibocher à la dernière minute le punch final de L'Aiguille creuse ET celui du Bouchon de cristal à l'histoire de la Comtesse de Cagliostro. Mais bon sang qu'est-ce que c'est que cette stratégie de la terre brûlée ? Ce scénariste, il faut absolument cambrioler son appartement par mesure punitive. En laissant, de grâce, ce faux Fragonard là où il est. Par contre, tiens, cette petite broche en améthyste qui n'a l'air de rien me rappelle un des bijoux jamais retrouvés de la famille royale russe en 1917. Comment se fait-il qu'il se retrouve sur la table de nuit d'un scénariste de seconde zone ? Il y a là un mystère qui… Mais pardonnez-moi, je m'égare !


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