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Film ambigu


De vincentp, le 28 novembre à 23:05
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Quelques relatives faiblesses et de très grandes qualités. La psychologie de personnages secondaires n'est pas tout à fait crédible à plusieurs reprises, et on peut ressentir dans la seconde partie un manque de rythme. Mais la relation entre Lee Remick et Montgomery Clift est traitée de façon magistrale et constitue sans doute un sommet dans le genre du drame psychologique. La photographie (via les lumières rasantes) est splendide, les plans portent impeccablement le récit. Les thèmes de l'indécision, des cas de conscience mais aussi des rapports entre la culture et la nature, entre les traditions et le progrès sont abordés très finement. Il faut toutefois aimer le style de Kazan, assez particulier, sondant constamment ses personnages, pour apprécier au mieux Le fleuve sauvage. Ma note passe de 5/6 à "chef d'oeuvre".


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De DelaNuit, le 31 juillet 2016 à 20:06
Note du film : 6/6

Le fleuve sauvage est sans doute un des plus beaux films d’Elia Kazan, et pourtant un des plus méconnus. Il a encore une fois pour cadre le sud profond des Etats-Unis, cette fois dans les années 30, en pleine dépression. Il y est question d’un fleuve imprévisible capable de donner la vie comme la mort à ses riverains : le Tennessee, dont les crues dévastatrices déciment des familles entières. Ce fleuve bien-sûr, symbolise les méandres et vicissitudes de la vie humaine, comme la fameux Old Man River Mississipi chanté dans Show Boat. Point de chants ici mais une population pauvre qui survit tant bien que mal dans un Etat arriéré où règne encore la ségrégation raciale. C’est là que débarque Chuck Glover / Montgomery Clift, chargé par le gouvernement de négocier l’expropriation de propriétaires récalcitrants afin de permettre à un nouveau barrage de réguler le niveau des eaux et sécuriser le fleuve et ses berges, au prix de l’engloutissement de certaines terres.

Il se heurte à la résistance opiniâtre d’une vieille femme vivant depuis toujours avec sa famille et ses employés de couleur sur l’île qui fut autrefois déboisée, ensemencée et aménagée par son époux, et où celui-ci est enterré. Le discours sur le bien commun ne l’émeut absolument pas. Elle refuse que le gouvernement décide à sa place de l’endroit où elle doit vivre et rejette tout changement, estimant que le soit disant progrès apporte de toute façon autant d’inconvénients que d’avantage. Jo Van Fleet, grimée avec succès pour paraître le double de son âge, incarne à la perfection cette figure hiératique du refus du changement et trouve ici un de ses meilleurs rôles, avec celui de la mère ténébreuse de James Dean dans A l’est d’Eden (précédent film de Kazan) et de la fille perdue amoureuse de Kirk Douglas dans Règlement de comptes à O.K. Corral. Parmi sa maisonnée, sa petite fille Carole (jeune veuve de 19 ans déjà mère de deux enfants) incarnée par la toute jeune et déjà talentueuse Lee Remick, se montre au contraire ouverte aux possibilités offertes par la vie et évoluera rapidement pour saisir sa chance d’améliorer son quotidien et prendre sa vie en main.

Face à ces deux femmes, Clift parait bien faible… Il faut dire que l’acteur n’est plus le jeune premier flamboyant qui inspira en son temps Brando et Dean… Il n’est plus du tout le même depuis l’accident subi sur le tournage de L’Arbre de vie (Raintree county), qui l’a marqué au visage, au corps et à l’âme, et Kazan l’a choisi justement pour cela. Droit dans ses bottes et intègre comme souvent dans ses films, il accomplit le travail pour lequel il est envoyé, essuyant au passage plus d’une rouste, mais admire secrètement la vieille femme entêtée dans son combat pour la dignité, et se montre souvent dépassé par la passion de sa petite fille et tout ce qu’elle est prête à lui offrir s’il la sort de son cloaque.

L’engloutissement du passé est nécessaire mais porteur de tristesse car avec lui disparaît toute une façon de vivre et des valeurs d’un autre temps, celles des pionniers attachés à la terre qu’ils défrichèrent, au profit de la sécurité et d’un progrès économique et social pour une nouvelle génération. On sent bien que les personnages comme le réalisateur sont tiraillés entre les deux, et ce message en demi-teintes déplut au public américain, qui bouda le film. Celui-ci rencontra un plus net succès en Europe et vaut d’être (re)découvert comme un grand classique, d’autant que le nouveau dvd en haute définition proposé par la Fox est à la hauteur.


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