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La vie est belle


De Impétueux, le 27 juin 2019 à 23:36
Note du film : 4/6

On aurait sûrement agacé Agnès Varda en la rencontrant au gré d'une pérégrination du côté de la rue Daguerre, si on lui avait dit qu'elle était devenue, au soir de sa vie, une sorte d'icône et – ce que les étudiants de mai 68 vilipendaient le plus – une sorte de mandarin, quelqu'un dont l'aura et l'enracinement dans le monde des cultureux parisiens la plaçaient sur une sorte de piédestal. Elle aurait sûrement protesté que toute sa vie n'avait été qu'anticonformisme et rébellion, que son cinéma et ses engagements sociétaux (L'une chante, l'autre pas) et politiques (Loin du Vietnam ou Black panthers) témoignaient de son indépendance d'esprit et de son refus obstiné de tous les conservatismes. Justement ! aurait-on pu lui répondre. Mais on n'est pas sûr qu'elle aurait bien compris.

JR est un graffiteur urbain, un street artist qui a acquis une certaine notoriété en photographiant des milliers de gens et en collant les milliers de portraits ainsi réalisés sur d'immenses superficies urbaines. Tous les Parisiens ont ainsi pu voir le travail qu'il a réalisé en 2014 lors des travaux de réfection du dôme du Panthéon, le recouvrant de 4 000 visages. Moi qui suis plutôt réticent aux manifestations souvent très provocatrices de l'art contemporain, les ballons gonflés de Jeff Koons ou les gigantesques fantasmagories d'Anish Kapoor, je trouve plutôt sympathique et bienvenue l'irruption dans le quotidien de ces portraits vivants qui, collés intelligemment, loin d'envahir l'espace, le mettent plutôt en valeur et en beauté.

Agnès Varda et JR partent ainsi à l'aventure dans le camion-laboratoire-atelier du photographe pour trouver des trognes, des dégaines, des physionomies et aussi des surfaces où les coller. D'abord un coron où demeure Janine, seule qui n'ait pas voulu quitter sa petite maisonprès de la mine, toute pareille aux dizaines qui s'étalent de part et d'autre d'un pays où la vie était jadis bien rude, mais une vie qu'on regrette maintenant qu'elle n'existe plus, que les terrils sont plantés tout bêtes dans le paysage, se demandant ce qui est arrivé. Puis Chérence, dans le Val d'Oise et un sonneur de cloches. Et Bonnieux, lumineuse cité du Luberon où une jeune fille belle comme le jour pose et se trouve toute gênée de devenir presque un symbole de la ville et de voir son image elle-même photographiée par des milliers de touristes… Mais elle n'est pas seule… Le facteur du patelin orne aussi l'un des murs.

À Saint-Auban, dans les Basses-Alpes, l'usine de produits chimiques d'Arkena, qui fabrique de l'acide chlorhydrique et les ouvriers qui travaillent jour et nuit en brigades au milieu d'immenses tas de sels. La belle idée de les réunir pour une photo de groupe.

Un agriculteur qui gère tout seul, avec d'incroyables matériels des centaines d'hectares, des élevages de chèvres diversement gérées, les unes aux cornes limées pour éviter les batailles meurtrières, les autres aux cornes intactes parce que c'est comme ça que ça doit être. Un blockhaus édifié par les Allemands qui, avec l'érosion, se retrouve fiché dans le sable de la plage, des conteneurs sur les immenses quais du port du Havre et trois femmes de dockers, blondes et déterminées.

Ce n'est pas un Tour de France, c’est un vagabondage où les deux réalisateurs, la vieille femme et l’homme jeune apprennent à devenir complices et se laissent pénétrer par la beauté des choses ou le sourire des gens ; c'est un film serein, paisible, amical. Un film rassurant.


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