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Une nouvelle amie


De Impétueux, le 10 septembre à 18:37
Note du film : 0/6

Le cinéphage qui a déjà un peu de bouteille et quelques années de route ne peut qu'être surpris de découvrir une nouvelle catégorie de films, dont il ne croyait pas l'existence possible. Et puis voilà que surgit sous ses yeux effarés un film qui est à la fois particulièrement malsain et particulièrement ridicule. Au demeurant il n'a rien contre la première spécificité, y attachant même souvent de l'intérêt ; quant au ridicule, il en a tellement vu et en verra tellement que la chose glisse sous ses paupières comme l'eau sur les plumes d'un canard.

Je dois ajouter, puisque c'est évidemment de moi qu'il s'agit, que je n'ai rien, vraiment rien contre le cinéma de François Ozon ; il tourne beaucoup, sans doute un peu trop, un film par an en moyenne mais il a du talent et de l'ambition et j'ai apprécié beaucoup Sous le sable, 8 femmes, Swimming pool, Dans la maison, Jeune et jolie. Que le réalisateur ait un goût trouble pour les questions de sexualité, ou plutôt d'identité sexuelle, qu'il aime se faufiler dans les marges ne lui ôte pas ses aptitudes à retenir le regard du spectateur et quelquefois à le faire s'interroger.

Cela écrit, j'avais eu le nez un peu retroussé par un de ses premiers longs métrages, Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, d'après une pièce de théâtre de Rainer Werner Fassbinder qui était tout de même assez gênante. Je savais donc à quoi je m'attendais en regardant Une nouvelle amie qui met en scène l'histoire à la fois vénéneuse et farfelue entre Claire (Anaïs Demoustier) et David (Romain Duris), Claire est mariée, en apparence heureusement, avec Gilles (Raphaël Personnaz). David, qui fut le mari de Laura (Isild Le Besco, amie passionnément chérie par Claire, qui vient de mourir. David, qui fut David… et qui va devenir de plus en plus Virginia : non pas une transsexuelle, mais un homme qui a l'étrange manie de se travestir en femme.

Le début du film est d'une maladresse insigne. D'abord, pendant dix bonnes minutes, l'évocation de l'amitié entre Claire et Laura, toutes gamines, puis petites filles, puis grandes filles puis adolescentes (et se liant par un pacte de sang à coup de canif dans la paume des mains !!!), puis mariées, etc. Et , boum-boum tralala, Claire, après la mort de Laura qui, fortuitement pénètre dans la maison de son amie et découvre David, le veuf, costumé en femme, qui donne le biberon à Lucie, la fille du couple. Alors comme ça, il paraît que Laura était au courant des goûts singuliers de son mari, qui ne mettaient pas en cause la solidité de leur couple et tagada tsoin-tsoin.

La réalité étant toujours plus forte que la fiction, je veux bien passer là-dessus. La manie du travestissement me paraît plus bénigne en fin de compte que certaines autres bizarreries plutôt dégradantes. Mais le plus stupéfiant, c'est que la gentille Claire, loin de trouver farfelue la manie du veuf en paraît fascinée et, au fil des jours en est séduite. Il n'est pas nécessaire de conter les péripéties minimalistes du film qui aboutissent toutefois à une scène finale absolument scandaleuse : celle où dix ans après, Claire et David/Virginia vont chercher à l'école la petite fille qui a l'air de trouver très bien que son papa/maman ait du poil au menton.

Parce qu'il faut tout de même considérer le ridicule de la chose ; déjà que Romain Duris n'est guère gâté par la nature en homme ; en femme, il dépasse la norme de l'hilarant et du moche. Ozon peut bien, si la chose lui paraît importante, réaliser un film sensible et fin sur ces incertitudes de l'identité qui sont certainement douloureuses. Mais infliger un gloubi-glouba si grotesque sur un sujet si délicat, ce n'est certainement pas rendre service aux malheureux qui doivent subir ces difficultés.


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De poet75, le 17 septembre 2016 à 21:53
Note du film : 6/6

Certes, il convient d"éviter, autant que faire se peut, les spoilers quand on rédige une critique de film. Mais, en l'occurrence, je ne dévoilerai pas grand chose en révélant d'emblée qu'il est question ici d'un homme qui s'habille en femme! Tout le monde le sait ou l'aura deviné!

Tout commence avec une histoire d'amitié, celle qui lie "à la vie, à la mort", depuis l'enfance, Claire et Laura. Et c'est la mort qui, précisément, s'invite pour y mettre un terme. Laura meurt des suites d'une maladie et Claire (Anaïs Demoustier), à ses obsèques, jure qu'elle prendra soin du bébé de la défunte ainsi que… du papa! Le père, devenu veuf, c'est David (Romain Duris) et c'est lui qui, très vite, sera surpris ayant revêtu les habits de la défunte et donnant le biberon à son enfant! On l'imagine, la première réaction de Claire, c'est d'être choquée et effarée. Mais ce réflexe scandalisé laisse rapidement place à autre chose, à une relation ambiguë faite de fascination, d'étonnement, d'amusement et de méfiance. D'autant plus que Claire vit avec un compagnon à qui elle est incapable d'avouer la vérité. Elle s'installe dans le mensonge en entretenant avec David (à qui elle donne le prénom de Virginia) une relation trouble qu'elle ne saurait sans doute elle-même définir. Quant à David, s'il déclare ne pas être homosexuel, il s'identifie tellement à son double féminin Virginia que c'est quand il revêt ses habits d'homme qu'il paraît le plus perdu ou le plus déphasé.

François Ozon, le réalisateur, décidément porte bien son nom! Il ose, il aborde avec audace des sujets qui paraîtront peut-être scabreux à certains, mais il le fait toujours avec intelligence, sans jamais chercher ni à choquer pour le seul plaisir de choquer ni à militer pour quelque cause que ce soit. Il oriente volontiers sa caméra vers les marges, il scrute des personnages hors normes, mais c'est toujours en préservant la part du mystère.

Dans "Jeune et jolie", il se gardait bien d'expliquer pourquoi son héroïne de 17 ans se prostituait. Dans "Une nouvelle amie", David, surpris en habits de femme, bafouille bien quelques mots d'explication à Claire qui l'a surpris, mais c'est uniquement en forme d'excuses embarrassées. On ne sait pas vraiment pourquoi il se complaît tellement dans son double féminin et c'est tant mieux. On le devine à la fois heureux de se travestir et comme intrigué par sa propre identité aux contours flous. Un plan très rapide et bouleversant le montre même en plein désarroi.

Mais ce qui intéresse aussi et surtout François Ozon, c'est le regard d'autrui, le regard de Claire et des autres personnages qui interviennent au cours du film quand ils découvrent que David se travestit en femme. Cela donne d'ailleurs à certaines scènes un ton humoristique qui est le bienvenu. Mais cela nous confronte, nous aussi, les spectateurs, à notre propre regard. Serons-nous effarouchés, intrigués, perplexes, voyeurs, indulgents, compatissants, sympathisants, ou que sais-je encore? Ce qui est sûr, c'est que François Ozon a réussi, une fois de plus, un grand film et une belle invitation au respect d'autrui.


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