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Sommet du polar français


De Impétueux, le 14 novembre à 17:05
Note du film : 4/6

1976, c'était l'époque où Yves Montand était au sommet de sa notoriété et de ses succès cinématographiques. Entre Z de Costa Gavras en 1969 et Garçon ! de Claude Sautet en 1983, il n'y a pas un grand réalisateur français (Philippe de Broca, Jean-Pierre Melville, Jean-Paul Rappeneau, Henri Verneuil et même Jean-Luc Godard) qui n'ait fait appel à lui. 1976, c'était aussi la dernière fois que l'acteur et sa femme, Simone Signoret tournaient ensemble (et à vrai dire, ils l'ont assez peu fait depuis Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau en 1957. Le metteur en scène, Alain Corneau tournait là son deuxième film et ce début était plutôt réussi, quoiqu'il soit tissé d'invraisemblances.

Mais Corneau, avec son scénariste Daniel Boulanger a élaboré une histoire intéressante et finalement assez bien fichue, dominée surtout par la relation singulière, à la fois vénéneuse et évidente qui unit l'amant entreteneur, le Commissaire divisionnaire Ganay (François Périer), sa maîtresse Sylvia Leopardi (Stefania Sandrelli) et Thérèse Ganay (Simone Signoret), richissime et impotente qui admet, couvre et protège la double vie de son mari.

Au milieu de ce trio – qui n'a rien d'invraisemblable, qui a même un certain fumet de réalité – l'inspecteur Marc Ferrot (Yves Montand) apparaît comme un personnage presque incongru, un cow-boy solitaire qui n'apprécie rien tant que de travailler en solo, de n'avoir que le minimum de contraintes administratives et qui n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il utilise son revolver, un Colt de gros modèle, qu'il emploie d'ailleurs sans un vertueux discernement (à nos yeux patelins d'aujourd'hui). Il est assez constamment dupé, en tout cas manipulé, même s'il s'en sort finalement mieux que tous les autres (et ce n'est pas bien difficile, à dire vrai, puisque les autres protagonistes sont morts). La chose est particulièrement sensible au début du film, qui est, il faut le dire, au moment où il pose les cadres du théâtre, extrêmement clinquant, pompeux, emphatique et faux, d'autant qu'il est nourri d'assez médiocres dialogues.

Mais, ce qui n'est pas si fréquent, à mesure que le film progresse, il se bonifie, exception faite de la scène finale, sur un parking de supermarché, où des bandits ont attaqué un camion de transport de fonds où Ferro/Montand se comporte en superman souverain. Mais tout ce qui tourne autour de la traque de l'assassin de Sylvia/Sandrelli, le redoutable et remarquable jeu de dupes qui s'établit autour de fausses pistes, d'une sorte d'accumulation de bêtises, d'imprudences et d'erreurs autour de Ferrot est excellent. Et en premier lieu le mal que le malheureux se donne pour ne pas conduire l'enquête comme il faudrait qu'elle le soit, au grand désarroi de ses subordonnés Ménard (Mathieu Carrière) et Abadie (Vadim Glowna). Comment, au demeurant, pouvoir oublier le très joli coup du vitriol dont s'asperge lui-même Férot afin de se soustraire à la confrontation prévue avec les témoins qui ont repéré ici et là sa gênante présence aux côtés de Sylvia ? Très originale idée de scénario en tout cas.

Trop d'invraisemblances, néanmoins. Par exemple, après la mort de Sylvia, dès que l'enquête commence et qu'on réunit des informations sur la jeune femme, personne ne semble se préoccuper de l'appartement où elle vivait : qui l'a acheté ou l'a loué ? On pourrait sûrement remonter assez vite au Divisionnaire Ganay/Périer. Quant au dépiautage dévastateur de ce même appartement par Férot, qui y cherche – et y trouve – des tas d'indices, ça dépasse un peu le domaine du réalisme.

Ne boudons pas notre plaisir : les acteurs sont excellents, la musique (de Georges Delerue) bien efficace et la calme vacuité de la ville d'Orléans tout à fait adaptée à la médiocrité des situations…


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De Steve Mcqueen, le 5 juillet 2015 à 18:16
Note du film : 5/6

Je me joins au concert de louanges qui précèdent…

Police Python 357 est un polar baigné dans une étrange ambiance mortifère, filmé dans des lieux que l'humanité semble avoir désertée : tours d'immeubles sinistres, intérieurs bourgeois sans âme… A l'image du générique qui voit Yves Montant fabriquer lui-même les balles de son revolver, le film est méthodique, dépouillé, glacé.

Tous les personnages sont des solitaires en quête d'eux-même, de Ferrot (Yves Montand) qui voue un culte fétichiste à son révolver (le fameux Python 357 du titre), à Ganay (François Périer) qui semble trouver une échappatoire dans dans relation adultère avec Sylvia Léopardi (Stefania Sandrelli) qu'il finira par assassiner, en passant par Thérèse Ganay (Simone Signoret), à demi paralytique et qui semble morte depuis longtemps…

Chargé d'enquêter sur le meurtre de Sylvia, dont il était aussi l'amant, Ferrot use de tous les stratagèmes pour esquiver les preuves qui l'accusent (alors qu'il est innocent), quitte à se défigurer, quitte à passer un témoin à tabac.

Le film déroule un engrenage infernal, où les individus sont broyés par des forces qui les dépassent, par le poids d'un Destin impitoyable qui les écrase sous une chappe de plomb.

La psychologies est réduite au strict minimum, seuls comptent les actes des protagonistes, ce qui confère au film un aspect un peu désincarné, lorsque brusquement l'émotion surgit au détour d'une phrase (quand Simone Signoret déclare : "Je pense que Dieu est immobile"), d'un regard voilé (Yves Montand pleurant la femme qu'il aime).

Tout se termine par une fusillade dantesque, magistralement filmée, qui scellera le pacte du silence entre Ferrot et Ménard (son adjoint) qui a tout deviné, un pacte scellé dans le sang et la poudre.

Alain Corneau réalise une oeuvre marquante, un polar lugubre et froid, hanté par des personnages guettés par une dépersonnalisation qui les font ressembler à des spectres…


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