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Un drame social violent et poignant...


De Steve Mcqueen, le 27 mai 2014 à 00:34
Note du film : 5/6

Un drame social mâtiné de polar efficace, porté à bout de bras par des acteurs qui ont rarement été aussi charismatiques. Le cinéaste Scott Cooper décrit avec une grande justesse l'atmosphère pesante et empreinte de désespoir d'une banlieue ouvrière américaine. Ici on travaille de père en fils dans l'aciérie locale, comme le fait Russell Blaze (Christian Bale), comme le faisait son père avant lui, quitte à en mourir. C'est dans ce contexte de misère sociale, où l'on boit des verres dans un bar glauque, on l'on tabasse son prochain pour une broutille, que débarque le frère de Russell, Rodney (Casey Affleck), qui revient brisé d'Irak. Tête brûlée, chien fou sans barrière ni limite, il se lance dans les combats clandestins pour éponger ses dettes, tandis que son frère est emprisonné pour avoir percuté une voiture en état d'ivresse.

La première partie du film est elliptique, notamment les séquences de prison résumées à ses seuls événements marquants, rythmées par les visites de Rodney à Russell, par l'annonce de la mort de leur père, par une altercation violente dans l'enceinte de la prison, Scott Cooper traduisant à l'écran le temps qui passe de façon subtile et discrète.

Le coeur du film réside dans la relation entre les deux frères, Russell étant un personnage posé et stable, tandis que Rodney vivote, marqué par les séquelles d'une guerre dont il ne s'est pas remis. A Russell qui l'enjoint de travailler avec lui dans l'aciérie pour mener une vie stable et travailler pour son pays, il exhibe une cicatrice sur son torse et crie sa haine de ce pays qu'il a servi et qui le laisse tomber, lors d'une séquence à l'intensité dramatique estomaquante. La désillusion et l'amertume éclaboussent alors l'écran, l'abcès est crevé entre les deux frères.

Rodney, par l'intermédiaire de John Petty (Willem Dafoe) se lance dans un combat illégal dans les montagnes, combat organisé par une brute sanguinaire, Harlan DeGroat (Woody Harrelson) au cours duquel il est censé s'allonger face à son adversaire. La séquence est filmée comme un sinistre rituel qui laisse Rodney en sang. Il est exécuté ensuite par DeGroat comme un animal.

Alors Russell applique une vengeance toute personnelle, Scott Copper montrant que la violence endémique appelle la violence, que la peine ne trouve sa résolution que dans le sang et les larmes dans cette région dévastée par la crise économique, laminée par un désespoir profond , phagocytée par une brutalité atavique.

Dans cette atmosphère poisseuse où suinte la haine, Cooper montre des personnages qui se laissent porter par leur pulsions, ainsi DeGroat, incarné par l'excellent Woody Harrelson dans un numéro de cabotinage réjouissant, une montagne de muscles sans conscience, un bloc de tension qui fait l'effet d'une grenade dégoupillée toujours sur le point d'exploser (en particulier lors de la séquence inaugurale dans un drive-in, une séquence qui laisse le spectateur dans un état proche de l'asphyxie). Le cinéaste cerne aussi bien ses personnages que son décor, explorant avec la même justesse leur psychologie que leur environnement, de la gigantesque aciérie aux maisons glauques où l'on se drogue pour oublier.

Cooper ménage des instants de tendresse entre deux pics de violence, un dialogue empreint de tendresse entre Russell et sa compagne Lena (la belle Zoe Saldana), une accolade entre les deux frères qui n'osent pas s'avouer leur sentiments, et surtout la séquence littéralement déchirante des retrouvailles sur un pont entre Lena et Russell à sa sortie de prison, où il lui dit qu'il est fou amoureux d'elle, où il apprend qu'elle est enceinte d'un autre, où il comprend qu'elle l'aime encore mais que la vie parfois prend des détours malheureux, deux êtres qui vont vivre dans un passé heureux révolu, qui n'auront désormais que leurs souvenirs tendres et amers.

Le cinéaste filme de façon sèche et sans fioriture avec une caméra en mouvement, va directement à l'essentiel, appréhende un personnage ou un décor en deux ou trois plans, fait jaillir l'émotion au détour d'un simple regard ou d'un geste en apparence anodin. Il fait affleurer l'humanité des personnages au delà de leur carapace de souffrance, transformant les Brasiers de la colère en drame déchirant zébré d'éclairs de violence , où les rêves se brisent comme on casse une chope par mégarde sur un zinc, où l'utopie entre en collision avec une réalité désespérante, où les sentiments sont tus par la pudeur et l'impossibilité de communiquer.

Un drame qui laisse des séquelles indélébiles dans l'âme de ses protagonistes comme du spectateur.


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