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Remarquable film sur la Révolution française !


De Impétueux, le 22 mai à 18:09
Note du film : 5/6

Né en 1920, Éric Rohmer avait donc 81 ans lorsqu'il a réalisé L'Anglaise et le Duc en 2001, c'est-à-dire un film dont une partie importante comporte des décors numériques, sans doute volontairement naïfs (un peu comme des images d'Épinal), dont les acteurs essentiels sont – l'Anglaise, Lucy Russell- une parfaite inconnue – et le Duc, Jean-Claude Dreyfus – un acteur de second rôle et qui tient sur la sacro-sainte Révolution française des propos agressifs et délicieusement iconoclastes pour ceux qui pensent comme moi que c'est vraiment la période la plus sombre de notre Histoire. Il est vrai que Rohmer n'a jamais fait du cinéma comme tout le monde et qu'il s'est même permis des audaces assez étranges, qui ne sont pas toujours réussies, d'ailleurs, comme Perceval le Gallois en 1978 ou Les amours d'Astrée et de Céladon tourné alors qu'il avait 87 ans (!) en 2007.

C'est que l'auteur, bien qu'il ait raté l'entrée à Normale supérieure, puis l'agrégation de Lettres était certainement un des cinéastes les plus frottés de culture classique et ne prenait jamais les spectateurs pour des mangeurs de pop-corn décérébrés. Je conçois bien sûr qu'on puisse être irrité ou indifférent par ses films d'amour et de hasard, ses marivaudages et ses raffinements, mais on ne peut lui méconnaître une place tout à fait à part dans le paysage.

Rohmer adapte les mémoires de Grace Elliott, ancienne maîtresse et toujours amie de Philipe d'Orléans – Philippe Égalité -, arrière petit-fils du Régent (Que la fête commence) et père du Roi des Français Louis-Philippe. Grace s'est établie depuis quelques années à Paris où elle partage son séjour entre sa maison de la rue de Miromesnil, à proximité des Champs-Élysées et sa propriété de Meudon. Elle n'est pas hostile aux premières manifestations de la révolution, comme beaucoup d'esprits éclairés qui voulaient y voir notamment l'accomplissement des réformes fiscales de Louis XV et de son ministre Maupéou, sottement remisées lors de l'accession au Trône de Louis XVI en 1774. Mais, comme à peu près tout le monde, elle voue à la personne du Roi et de la Reine à la fois respect et affection.

Tout cela dure à peu près jusqu'à la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. Et tout commence à se dégrader d'une façon de plus en plus irréversible jusqu'à aboutir en quelques mois à l'horreur des dénonciations, des visites domiciliaires, des procès faits sans raison, de la Loi des suspects… Enfin à une ambiance qui fait irrésistiblement songer, en pire, à celle qui devait régner en Union soviétique lors des Procès de Moscou entre 1936 et 1938. Pour qui voudrait me chercher des noises, je dis évidemment que ce qui s'est passé en Allemagne entre 1933 et 1945 n'était pas plus glorieux : mais les massacres n'étaient pas commis au nom de valeurs démocratiques.

Le film de Rohmer est, comme toujours, une merveille d'intelligence et de distinction ; on peut le juger toutefois un peu froid, peut-être à cause du parti-pris esthétique, des décors numérisés, du refus de montrer les flots de sang qui jaillissent place de la Concorde par l'action du rasoir national, comme on appelait élégamment la guillotine. Et pourtant on sent parfaitement la tension monter dès que la fureur populacière augmente. Massacre des Suisses aux Tuileries, en août 1792, massacres de septembre contre les prêtres quelques semaines plus tard, procès et mort du Roi, avec le vote inimaginable de son cousin Égalité, puis le déferlement de l'arbitraire qui ne prendra fin qu'après la chute et l'exécution de Robespierre le 28 juillet 1794 (date qu'on devrait célébrer dans les écoles).

Par rapport aux films à vocation historique (par exemple l'excellente et démythifiante Révolution française de Robert Enrico et Richard T. Heffron, L'Anglaise et le Duc présente le grand intérêt d'offrir un tableau très vivant de ce que pouvait être la vie quotidienne à Paris durant la période, celle, il est vrai d'aristocrates fortunés ; ceux qui, souvent, ont joué et qui s'aperçoivent qu'ils vont perdre. Vous croyez mener la Révolution et c'est elle qui vous mène, dit l'Anglaise au Duc qui ne peut que lui répondre Je suis dans le torrent et il m'emporte irrésistiblement.

Saluons la performance exceptionnelle de Jean-Claude Dreyfus, souvent vu en gugusse talentueux mais assez veule, et qui met énormément de profondeur à interpréter Philippe d'Orléans. Et regrettons que Lucy Russell n'ait pas eu la carrière que son talent lui aurait permis d'avoir (je n'ai trouvé sa trace que dans Angel de François Ozon).


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De paul_mtl, le 26 novembre 2006 à 19:31

Vous avez raison : aujourd'hui, plus personne n'a faim

Ou avez vous lu une telle affirmation de ma part ? J'ai écrit plutôt le contraire dans Les glaneurs d'Agnes Varda. Il faut regarder les volumes et les pourcentages. De nos jours, c'est davantage une petite minorité qui peu compter sur des organismes dont les Resto du Coeur. En passant, je félicite le bénévolat de votre fils qui me rappelle un ami lycéen/étudiant qui le faisait également. Ca n'empeche pas qu'il peut y avoir des embrasements ponctuels. Comme l'hiver 2005 où ces nombreuse voitures brulés en France ont indiqué clairement au reste du monde une situation sociale française tendue. Qui peut prévoir ce qui se passera si ca continue à se dégrader ainsi ?

Sinon j'ai pas trouvé de chiffres sur la famine suite aux mauvaises récoltes.

Lien: Causes de la Révolution française

L accroissement des dépenses de l État, en particulier militaires avec la participation à la guerre de l Indépendance américaine (1776-1783), a alourdi la dette publique au point que la monarchie parvient à peine à payer les intérets.

Les solutions envisagées par des ministres éclairés et résolus de Louis XVI (Jacques Turgot, Jacques Necker, Calonne) impliquent toutes la fin des privileges fiscaux et donc une forte contribution des classes exemptées. Tous se heurtent à la resistance de l aristocratie, fortement attachée à ses privileges.

En août 1774, Louis XVI nomme l économiste libéral Jacques Turgot contrôleur général des Finances. Il tente d unifier le système des impôts et de libéraliser le commerce. La plupart de ses réformes sont annulées, et Turgot est acculé à la démission en 1776 par la faction la plus conservatrice de la noblesse et du clergé, soutenue par la reine Marie-Antoinette. Son successeur, le financier Jacques Necker, n a guère le temps de mettre en oeuvre son programme d économie budgétaire et d élargissement de l assiette fiscale avant sa chute, en 1781. Il acquiert néanmoins une certaine popularité en publiant un rapport sur les finances royales, qui révèle le coût élevé des privilèges.

Aux difficultés économiques et financières s ajoute une crise agricole provoquée par une série de mauvaises récoltes. Après les rigueurs de l hiver 1788, le pays connaît une pénurie de blé. En outre, la crise industrielle provoquée par l arrêt des importations espagnoles de laine et de drap, ainsi que par l ouverture du marché français aux produits anglais, en 1786, entraîne la fermeture de nombreuses manufactures. La misère populaire augmente, tandis que le nombre croissant de vagabonds génère un climat d insécurité dans les campagnes, les « peurs ».


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