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Auri sacra fames !


De Impétueux, le 10 novembre 2007 à 20:09
Note du film : 2/6

On a peine à s'imaginer ce que fut entre 1955 et 1970 la notoriété de Gilbert Bécaud, aussi injustement oublié aujourd'hui qu'il fut abusivement adulé naguère, alors qu'il ne méritait, comme dit je ne sais plus qui à propos de je ne sais plus quoi ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. On cassait pour lui des fauteuils à l'Olympia, on le baptisait Monsieur 100.000 volts, on ne l'entend désormais plus guère, même sur Radio Nostalgie

Vers le milieu des années Cinquante, alors qu'il atteignait la trentaine, comme il était doté d'un physique assez avantageux, surtout pour les canons de l'époque, et d'une vitalité étonnante, comme il ne pouvait être concurrencé dans ce registre ni par Georges Brassens – trop ours – ni par Charles Aznavour – à la voix trop cassée et au visage trop neurasthénique – et moins encore par Jacques Brel, alors débutant et à la dégaine trop lamentable, Bécaud incarna une grande joie de vivre, comme Charles Trénet l'avait fait vingt ans auparavant.

On doit à la vérité de dire que si l'interprétation de Brassens dans Porte des Lilas peut ne pas emporter l'adhésion, si quelques films tournés par Jacques Brel semblent, sur ce site et ailleurs, rencontrer des amateurs passionnés (des Risques du métier à L'emmerdeur en passant par le surévalué Mon oncle Benjamin), c'est évidemment Charles Aznavour qui restera le plus ancré dans les mémoires des cinéphages, au moins pour Tirez sur le pianiste, Un taxi pour Tobrouk et Paris au mois d'août ; mais ceci est une autre histoire.

En attendant, au milieu des années Cinquante, c'est Bécaud, incontestablement ; au point même que Marcel Carné, certes bien vieillissant (mais Carné tout de même !) en fait la vedette d'un assez bizarre et nullement inintéressant Pays d'où je viens ; puis c'est ce Casino de Paris où le tâcheron André Hunebelle réunit, dans une de ses coproductions internationales qui se veulent cosmopolites et ne sont qu'interlopes, France, Allemagne et Italie.

Parce qu'en plus de Gilbert Bécaud, qui joue avec la maigre maîtrise de talent dramatique qu'on lui connaît, mais avec une réelle bonne humeur le rôle du Jeune premier, la vedette féminine, la pétulante (et elle pétule effectivement un maximum !), Caterina Valente a fait l'essentiel de sa carrière en Allemagne, et une bonne partie de la distribution est allemande (et sans doute aussi le financement de la production : c'était encore l'époque bénie où l'Allemagne, écrasée de culpabilité après les horreurs de la Guerre, avançait les Deutsche Marks avec complaisance.

Et puis – ô mystère affreux des comptes en banque – le vieux beau, le gandin encore fort comestible qui aimerait bien croquer encore l'héroïne, c'est le grand, l'immense Vittorio De Sica ! Que le génial réalisateur de Sciuscià, du Voleur de bicyclette, d'Umberto D., l'interprète magnifique et souvent bouleversant de Madame de, de Pain, amour et fantaisie (et de ses suites), du Général della Rovere ait dû tourner la bluette qu'est Casino de Paris me plonge dans des abîmes de tristesse… Enfin ! Je suppose que comme le grand footballeur George Best, De Sica aurait pu dire J'ai dépensé beaucoup d'argent pour les femmes, l'alcool et les voitures de sport. Tout le reste, je l'ai gaspillé ; ce qui rend peu contestables, alors, les films alimentaires.

On l'aura compris, Casino de Paris n'existe que comme document ethnographique, comme témoignage d'une bonne humeur mieux portée alors qu'aujourd'hui, mais même les chansons ne sont pas terribles et, pour ce qui est composé par Bécaud, seule Incroyablement a fait un (tout petit) bonhomme de chemin ; en fait, la meilleure chanson, Filles et garçons est signée par un autre compositeur ; mais il est vrai que c'est le grand René Cloerec, le collaborateur favori, pour la musique, de Claude Autant-Lara, ce qui est tout de même bien autre chose qu'André Hunebelle


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