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Poussière de lune


De Impétueux, le 3 février 2010 à 19:06
Note du film : 4/6

Grâce à une opportune avant-première à généreux cocktail, j'ai vu ça, qui n'est pas désagréable du tout, souvent émouvant, attachant quelquefois, plutôt bien interprété et jamais ennuyeux mais qui s'effacera assez vite des mémoires, du fait, à mes yeux, d'une structure romanesque un peu trop pesante.

Les deux frères Cahill ; lorsque le film commence, l'un, Sam (Tobey Maguire, nettement moins élastique que dans Spider-Man), capitaine de Marines, modèle d'époux aimant et de bon père de deux charmantes petites filles repart pour l'Afghanistan, l'autre, Tommy (Jake Gyllenhaal), petit voyou sans envergure, après une tentative de meurtre, sort de prison.

Au milieu, Grace, la charmante femme de Sam, (Natalie Portman) qui, ab initio, ne ressent qu'amour pour son mari et aversion pour son beau-frère.

Au pays des délicieux Talibans, l'hélicoptère de Sam est abattu ; il est donné pour mort ; sa disparition effondre la famille ; Tommy, peu à peu impose une présence maladroite, mais de mieux en mieux accueillie à sa belle-sœur et à ses nièces.

Sam n'est pas mort ; capturé par une bande pachtoune avec un de ses soldats, il est séquestré, humilié, torturé, profané pendant de longs mois ; sadisme, inimaginable cruauté des terroristes, volonté, surtout, de démolir assez les individus pour, en les avilissant, les utiliser pour leur propagande internationale (elle est glaçante, la petite caméra vidéo maniée par les fanatiques pour qu'aucune image de la déchéance des Étasuniens ne soit perdue).

Les séquences afghanes – montées en parallèle avec la vie qui continue en Amérique – sont, à mes yeux, les meilleures du film ; leur violence inouïe est moins dans les images que dans la brûlure de haine qui anime les combattants musulmans, et dans l'impeccable logique de combat qui les anime. Glaçant et désespérant : comment se sortir d'un merdier encore pire que ne le fut le Vietnam, si on le juge à l'aune de la détermination des adversaires qu'on y rencontre ?

À la suite d'un coup de main, Sam est libéré, et revient chez lui ; c'est là que Brothers dérape, non que le réalisateur, Jim Sheridan, traite mal son affaire, mais simplement parce que le sujet, de schématique qu'il était d'emblée, devient mélodramatique : Sam, obnubilé par l'atrocité de ce qu'il a vécu (et par une horreur majeure que je ne conterai pas pour ne pas désappointer d'éventuels spectateurs) ne parvient évidemment pas à redevenir le mari amoureux et le père aimant qu'il était auparavant ; et parallèlement, son frère Tommy est devenu l'indispensable pilier de la famille…

C'est l'inversion des rôles qui rend artificiel Brothers – mais qui en même temps en sous-tend toute la structure : on voit bien que le film vise à impressionner un large public et qu'il a besoin pour cela de mettre en jeu des émotions tranchées ; il y parvient, d'ailleurs, dans une large mesure et, si l'on n'est pas trop regardant sur les détails, et sur certaines incohérences, capte vraiment l'attention.

Mais si l'on veut vraiment se poser la question de l'angoisse ineffaçable qui saisit ceux qui ont vécu une expérience au delà de toute humanité, il vaut mieux revoir Delivrance ; les yeux grands ouverts dans la nuit d'Ed (Jon Voight)- et brièvement Brothers reprend ce plan – revenu à la Civilisation, yeux grands ouverts et encore terrifiés en disent plus que tout autre chose.


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