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La martingale de l'amour


De Impétueux, le 17 août 2013 à 15:04
Note du film : 5/6

Patrice Leconte est un réalisateur très attachant, qui adore le cinéma et qui, au moins pendant quinze ans, de Tandem (1987) à L'homme du train (2002), a tourné plusieurs films d'un extrême intérêt, dont beaucoup demeurent dans les mémoires. La fille sur le pont (1999) est de cette époque enchantée et fait partie des meilleurs crus.

Leconte voulait tourner en noir et blanc et il est parvenu à imposer cette intelligente lubie à ses financeurs, alors même qu'il n'avait pas d'autre raison objective, ainsi qu'il le dit dans le supplément du DVD, que de ne pas tomber dans le pittoresque et le touristique alors qu'il allait filmer à Monte-Carlo, à Athènes et à Istambul. Cela donne un film au charme très original qui bénéficie d'un très beau travail sur la lumière, aussi réussi sur la Seine que sur le Bosphore. C'était là un très beau, très bon, très exaltant pari, avec une histoire attachante, virevoltante, un Daniel Auteuil comme d'habitude excellent (du temps où il ne se mêlait pas de profaner Pagnol), et une Vanessa Paradis ravissante et fragile, qui n'était plus la Lolita de Jo le taxi et qui apparaissait bien meilleure que dans la plupart de ses autres films (d'Élisa à Une chance sur deux)

On peut juger un peu romanesque, presque candide dans sa tristesse (je sais ! c'est presque un oxymore) la trame du récit et de ces deux êtres douloureux.

Gabor (Daniel Auteuil) saltimbanque lanceur de couteaux obsédé par le jeu et la chance, dont on devine que l’existence a été une longue fuite, une longue crainte de s'installer et de trouver la stabilité (j'aime particulièrement la scène où Gabor, dans les coulisses d'un Casino où il va se produire se trouve par hasard nez à nez avec une des girls, Irène (Catherine Lascault) qui a été sa maîtresse, avec qui il a vécu et qu'il a quittée sans rien dire… Elle est empanachée de plumes, presque plus surprise que triste, et il passe pourtant tellement d'émotion…). Et Adèle (Vanessa Paradis) dont la courte existence est celle d'une pauvre fille jolie et faible, qui ne sait pas dire Non aux hommes, qui n'est attachée à rien et surtout pas à la vie, parce qu'elle sait bien qu'elle s'est fait avoir tout le temps et qu'il n'y a naturellement aucune raison que ça ne continue pas ainsi. Le film s'ouvre sur un monologue de sept minutes (réalisé, dit Leconte en une seule prise), une sorte de téléréalité où Adèle, à la fois pitoyable et attachante, conte, immorale et innocente une jeunesse dont elle est lasse.

Le lancer de couteaux sur cible vivante est la manifestation orgasmique d'une rencontre qui connaîtra bien des complications avant que, par un effet de boucle terminal et conclusif, Adèle sauve Gabor du suicide sur le pont de Galata, comme il l'avait convaincue de ne pas se jeter à l'eau du pont de Bir-Hakeim. Mais qu'est-ce qui va leur arriver ensuite ?

La caméra de Leconte est très inspirée, brillante, vive, active ; le noir et blanc, je l'ai dit, est brillant et lumineux… mais que dire de la musique, à qui le réalisateur attache toujours une très grande importance, sinon que le choix des morceaux qui forment la bande originale est exceptionnellement bien choisi, notamment lorsque le timbre rauque de Marianne Faithfull accompagne la virtuosité inquiète de Gabor qui fait l'amour à Adèle par poignards interposés.


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De Patrice Dargenton, le 16 août 2003 à 15:37
Note du film : 5/6

C'est une merveilleuse histoire d'amour que tout réalisateur, j'imagine, rêve d'adapter au cinéma un jour. Cependant, elle serait encore plus belle si, dans la prochaine édition du DVD (non non, je ne demande pas une version en couleurs !) quelques secondes étaient supprimées : la scène dans laquelle Adèle gagne plusieurs fois à la roulette nous fait momentanément un peu décrocher de l'enchantement, là où un double zéro aurait suffit.Patrice Dargenton (Mon site)


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