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Le bout du chemin


De Impétueux, le 25 juillet 2018 à 18:13
Note du film : 3/6

Avec Angèle et Regain, voilà que Jofroi est le seul film de Marcel Pagnol adapté d'un texte de Jean Giono qui n'a pas encore été édité par la Compagnie méditerranéenne de films. Je ne suis pas certain que ce soit aussi embêtant que pour les deux autres œuvres – qui sont majeures – et cela pas simplement parce que c'est un simple moyen métrage de 52 minutes. Plutôt parce que c'est un métrage très moyen.

Si Marius a été techniquement tourné par Alexander Korda et Fanny par Marc Allégret, Pagnol, qui a tout compris avant tout le monde et notamment que la parlant est une révolution extraordinaire, souhaite désormais réaliser lui-même ses films et notamment ceux qu'il veut tirer des récits de son presque contemporain Jean Giono (ils ont un mois de différence, nés tous deux en 1895) qui vient de faire avec Colline (1929), Regain (1930), Jean le Bleu (1932) une entrée tonitruante dans la littérature contemporaine.

Il vient de se faire les dents comme réalisateur de cinéma avec une pièce de théâtre d'Émile Augier, Le gendre de Monsieur Poirier. Avant de passer à Angèle (adaptation de Un de Baumugnes (1929), il se teste encore avec Jofroi, brève nouvelle (10 pages en édition Pléiade) extraite de Solitude de la pitié, recueil de vingt textes courts souvent déjà parus en revues, assemblés à la demande des éditions Gallimard qui veut offrir du Giono aux lecteurs qui en demandent.

L'histoire est charmante et assez drôle de Jofroi (Vincent Scotto), vieux paysan retiré avec sa femme, Barbe (Annie Toinon), qui vend à un autre villageois, Fonse (Henri Poupon) le verger de la Maussan, dont les arbres, trop vieux et épuisés, ne donnent plus de fruits depuis longtemps. Fonse souhaite arracher les arbres pour ensemencer le champ en blé. Jofroi s'y refuse, malgré l'évidence et le conseil de tout le village, curé (José Tyrand) et instituteur (Henry Darbray) inclus. Ces arbres doivent mourir de leur belle mort et, pas plus qu'on n'abat les vieilles gens quand elles ne peuvent plus travailler, on n'a pas à couper les arbres quand ils ne produisent plus.

Ma foi ! Comme toujours chacun a ses raisons et souvent les plus antagonistes se valent. Toujours est-il que Jofroi, dépité, fait au village une sorte de chantage au suicide, menaçant d'abord de se jeter d'une haute muraille puis, un bout de corde à la main, cherchant un arbre disposé à recevoir sa pendaison. Ce qui donne d'ailleurs un joli dialogue entre un villageois qui refuse d'accueillir le futur pendu : Pends-toi au cyprès de ton voisin ! et la réponse du vieil entêté : Ah non ! Les cyprès, ça porte malheur. N'empêche que lorsque Jofroi mourra d'une attaque, son adversaire Fonse, dans une sorte d'hommage brave décidera de ne pas arracher tous les arbres. On se dit qu'un temps, finalement peu éloigné, l'Homme a été assez civilisé.

Le meilleur de ce petit film est d'avoir été tourné en décors naturels, avec des acteurs qui ne sont plus issus du théâtre et sont exempts des tics de la scène. Vincent Scotto, le prolifique auteur de mille chansons (J'ai deux amours, Marinella, Prosper, Sous les ponts de Paris) est assez étonnant de justesse en vieux paysan obtus et obstiné. Henri Poupon est habituel et Charles Blavette trop peu employé. Mais on voit déjà les petites scènes villageoises, pleines de verve et de charme.

Mais il faut réserver cela aux ethnologues du cinéma français, parmi qui je me classe, qui sont des gens très bien.


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