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La mort du pain


De Impétueux, le 22 février à 19:46
Note du film : 4/6

Un DVD de qualité vient enfin de sortir, image et son restaurés, à la Compagnie méditerranéenne de films comme tous les autres longs métrages de Marcel Pagnol. Comme Angèle est également parue, dans la même collection, il ne reste plus à éditer que la version de 1936 de Topaze (avec Arnaudy) et – si on retrouve quelques bobines – la fameuse et inachevée Prière aux étoiles et l'œuvre cinématographique de Pagnol sera exhaustivement présente.

Je dois dire que je n'avais plus vu Regain depuis bien des années, quarante ans peut-être et que je m'en faisais une idée meilleure que la réalité qui m'est apparue. De fait, je rejoins plutôt l'avis de Vincentp sur le film (la chose n'est pas si fréquente) : c'est un peu long, un peu verbeux et la catastrophique Orane Demazis est là plutôt pire encore qu'elle ne l'est dans tout ce qu'elle a joué : la Trilogie (Marius, Fanny, César) et Le schpountz – et sûrement aussi Angèle, mais comme je n'ai pas encore revu le film, je m'abstiens -. Mais enfin, imaginez-vous que, si Pagnol n'était pas passé à d'autres amours, elle aurait pu prendre la place de Ginette Leclerc dans La femme du boulanger ? J'en frémis, rétrospectivement !

Orane Demazis, donc, mais aussi Fernandel, que peu de metteurs en scène ont pu suffisamment canaliser pour assagir son grand talent ; dans la plupart des films – dans leur quasi-totalité, en fait – il y a toujours une ou deux séquences où l'acteur déborde, éclabousse, passe les bornes du bon goût, ce qui fait sans doute bien rire le spectateur moyen qui est là pour se faire péter la sous-ventrière mais gâte un peu le propos du cinéaste.

Parce que Regain n'est pas – mais alors pas du tout – une histoire gaie, nourrie de provençalades où les bons mots courent les uns après les autres et où la faconde tient lieu de scénario. Attention ! Je n'ai pas dit que les films de Pagnol sont des gugusseries de boulevard : pour la plupart, ce sont des tragédies dissimulées et discrètes ; mais Regain l'est peut-être davantage encore que La fille du puisatier ou Naïs : c'est un grand roman de Jean Giono, un de ceux de sa première période où il imagine qu'un retour à la nature est possible et permettra, même, de retrouver et d'ancrer des valeurs éternelles de simplicité et d'harmonie.

Le village d'Aubignane a été peu à peu abandonné par ses habitants et tombe en ruine, envahi par les ronces et les lézards. N'y subsistent que trois habitants, Gaubert (Édouard Delmont), la vieille Mamèche un peu sorcière (Marguerite Moreno) et le brave Panturle (Gabriel Gabrio) qui vit en sauvage de cueillette et de chasse. Gaubert, trop vieux, s'en va dans la plaine retrouver son fils Jasmin (Charles Blavette) et sa bru acariâtre Belline (Milly Mathis). La Mamèche ne supporte pas qu'Aubignane puisse vraiment mourir et elle va détourner vers le village la course pesante du rémouleur Gédémus (Fernandel) et de sa propre esclave Arsule (Orane Demazis), une fille perdue qui a roulé depuis toujours sous le désir des mâles.

Gédémus, dédommagé, quittera la scène, Panturle et Arsule découvriront l'amour, et Jasmin, aux dernières images, viendra les rejoindre ; le village revivra. Tout cela est bel et bon, mais un peu naïf, autant chez Giono que chez Pagnol. Pour autant le film peut trouver des accents lyriques et présenter de belles images désolées. Gabriel Gabrio, au ton un peu emphatique, n'est pas mauvais et les acteurs secondaires sont ceux que l'on aime chez Pagnol. Mais les meilleurs films du cinéaste sont – à part La femme du boulanger, grâce à Raimu sans doute – ceux qu'il a lui -même écrits…


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De vincentp, le 14 mars 2014 à 08:57
Note du film : 4/6

3,6/6. Jugement mitigé pour ma part. Le pittoresque de Pagnol sied plutôt mal au propos de Giono. L'actrice principale joue mal, tout le monde peut en convenir. Fernandel semble complètement hors-sujet (même si ce point peut se discuter, car on peut considérer qu'il porte sur ses épaules les valeurs de la civilisation). Regain est trop long et manque souvent de tension dramatique. Le spectateur contemporain peut avoir énormément de mal à accrocher à cette oeuvre. Restent des moments poétiques intéressants, mais parcimonieusement.

Je trouve subjectivement le cinéma de Pagnol un peu surfait. Il s'appuie sur des dialogues et des performances d'acteur, mais la mise en scène est modeste. Ceci ne doit pas empêcher une réédition de Regain en dvd. Je n'ai par ailleurs pas le sentiment que la Provence, dont il est question ci-dessus, ait été si bien traitée par le cinéma globalement. Le traitement des particularismes des régions françaises n'est pas un point fort du cinéma français : souvent les films français de patrimoine furent ou sont tournés en studios et ne paraissent pas authentiques.


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