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Some Sweet Kid


De vincentp, le 23 janvier 2016 à 11:45
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Le crime est une forme dégénérée de l'ambition

Un des nombreux chefs d'oeuvre de John Huston, aux côtés de Moby Dick, Moulin rouge, Le vent de la plaine, Le trésor de la sierra Madre, The African Queen, Dieu seul le sait, L'homme qui voulut être roi, La lettre du Kremlin, …, aujourd'hui sans doute le film majeur le plus consensuel du cinéaste (la charge contre la police qu'il contient s'est édulcorée avec le temps). Huston loua à juste raison la qualité de la photographie de Harold Rosson, jouant sur "la densité des noirs et blancs" pour produire, conjuguée avec la mise en scène, des images à fort impact dramatique. Par exemple, les deux policiers qui attendent Emmerich au pied de l'escalier. De façon métaphorique, l'avocat véreux les toise depuis le sommet de cet escalier puis descend celui-ci pour se situer à leur hauteur. Autre séquence marquante: "Dix" entrant dans le séjour de Emmerich derrière son homme de main, filmé par un mouvement de caméra arrière représentant la méfiance réciproque des protagonistes. Le tout bientôt suivi par un gros plan successif sur les quatre visages des personnages présents sur les lieux. Le spectateur est étroitement impliqué dans cette intrigue, par le choix des plans.

Autres qualités : les personnages, à la psychologie parfaitement évoquée, même quand il s'agit de personnages secondaires (les chauffeur de taxi, les policiers). Le domestique regarde son maître avec l'air de deviner la suite des événements (il est forcément au courant de sa liaison avec sa maîtresse). Les décors de la ville désertée de tout habitant évoquent un lieu peu favorable à l'humanité. La musique martelée de Miklos Rozsa qui se superpose au rugissement du lion de la MGM indique d'entrée que l'on est en présence d'un film d'auteur qui va proposer une vision du monde relativement personnelle. Les atouts et les moyens du studio au service d'un film d'auteur. La musique sourde participe à la progression dramatique et inexorable du récit. L'adaptation de Ben Maddow -bientôt blacklisté pour activités procommunistes- du roman de W.R. Burnett frôle la perfection, sans temps mort, enchaînant les péripéties qui brossent un portrait peu reluisant de la société urbaine contemporaine. La bonne société est montrée comme fragile, reposant sur peu de choses (de l'argent amassé), susceptible de basculer dans le néant à chaque instant.


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De Impétueux, le 3 avril 2014 à 12:03
Note du film : 5/6

On peut se demander quelle version du titre, anglaise ou française, caractérise le mieux le film de John Huston. The asphalt jungle, qui est le nom du roman de W.R. Burnett dont est tiré le récit met davantage l'accent sur l'incertitude, l'inquiétude portée par tous les personnages, friables et menacés. Quand la ville dort donne une image pleine d'angoisse et de mystère, marque le côté sournois, secret, sombre de ce qui se passe quand les honnêtes gens ont disparu du premier plan ; et, de fait, on ne voit jamais aucun passant attardé dans les rues vides à la géométrie impeccable.

Gardons les deux titres en mémoire et allions-les dans ce film d'une intelligence aiguë, qui ne se contente pas d'être la relation d'un casse, mais en présente tous les préalables, les à-côtés et les prolongements avec la même intensité.

Il y a une économie de moyens remarquable au service d'un rythme très intense : aucun répit dans le récit, dès le générique jusqu'au chaos final ; une très grande attention portée à tous les personnages, bien dessinés, très finement caractérisés, des personnages qui sont tous d'une grande densité, d'une grande richesse (jusqu'à même, peut-être, la débutante Marilyn Monroe). Et un regard très affûté sur le monde intérieur de chacun : Dix Handley claque tout son fric aux courses, parce que jadis, dans les prairies du Kentucky… (Sterling Hayden lui donne son visage de looser buté, comme dans L'ultime razzia ou Dr Folamour) ; et Doc Riedenschneider est animé d'une folle obsession sexuelle, remarquablement rendue par Huston dans le contexte puritain coincé des États-Unis de l'époque (ah ! le regard de Sam Jaffe sur le calendrier de pin-up lors de sa première visite à l'usurier gluant Cobby (Marc Lawrence) !) ; et le bailleur de fonds, l'avocat marron Emmerich (Louis Calhern) est moins animé par le désir charnel qu'il a de l'infantile Angela Phinlay (Marilyn Monroe, délicieuse et crispante) que par l'exigence de maintenir son train de vie (et celui de sa femme, dépressive et amoureuse ; intéressant regard complexe sur le couple). Nous travaillons tous pour nos vices ! confie Riedenschneider…

Et tout à l'avenant : pas de personnage sommaire ou caricatural : même ceux qui ne sont qu'ébauchés ont aussi droit à être une histoire : Gus, le barman amical bossu (James Whitmore), Louis, le dynamiteur de coffres, époux et père attentif (Anthony Caruso), Doll, la brave fille qui n'a pas eu de chance (Jean Hagen) et ainsi de suite…

L'édition DVD me semble techniquement très bonne, mais aurait gagné d'être nourrie de suppléments, sûrement très possibles à engranger, pour un film aussi mythique ! Au lieu de cela, un livret, assez bien illustré, qui, outre l'amusante reproduction d'une critique américaine de 1950, à la fois indignée par l'immoralisme du film (qui rend attachantes certaines des crapules et montre la police sous un jour…délicat), offre une sorte de rédaction du niveau "fin de classe de troisième" par une collégienne qui croirait savoir écrire ; c'est même assez hallucinant et ça constitue presque une curiosité. C'est signé par une certaine Zoé-Marie Mandarine, que je soupçonne d'être une étudiante moldo-valaque méritante qui suit des cours à l'Alliance française.

Ce venin jeté ne doit naturellement empêcher personne d'admirer ce superbe Huston !


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