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Avis


De droudrou, le 3 octobre 2006 à 08:53
Note du film : 5/6

C'est parce que tu n'avais pas les yeux en face des trous. Il fait partie du top 230 films qui ont marqué l'Amérique. Et si tu relis les critiques de Dumbledore et Arca 1943, ça te permettra de voir où tu pêches. Mais il faut les lire…

Egalement, en termes de lecture, tu peux essayer de trouver le bouquin dans une collection de poche chez un bouquiniste. Tu verras que ce n'est pas mal. Les deux protoganistes ont été bien choisis. Par contre, l'autre film qui met en scène le policier noir, mister Tibbs, n'est pas aussi réussi. Là, ta remarque conviendrait parfaitement.


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De Arca1943, le 14 août 2004 à 19:35

Ce qui rend complexe et nuancé le sens du film – on peut d'ailleurs décrire la carrière de mon compatriote Norman Jewison de cette époque à nos jours comme une perte graduelle du sens des nuances, au point de devenir une sorte de Cayatte à l'américaine ! – ce qui permet d'éviter le manichéisme et le simplisme propre à beaucoup de films qui dépeignent des situations intolérables, c'est qu'il y a en réalité deux antagonismes et pas un, dans ce film. L'antagonisme principal, bien sûr : c'est le racisme suffoquant, contre les "Noirs", enraciné dans toutes sortes de croyances et de fantasmes (y compris sexuels, et cela le film nous le montre aussi : voir la scène où Poitier apprend à Lee Grant la nouvelle de la mort de son mari : d'une part, elle lui fait confiance et veut l'avoir sur l'enquête, de l'autre elle ne supporte pas qu'il la touche…).

Mais il y a l'autre antagonisme, aussi : c'est Nord contre Sud. Et je pense que c'est là la clé du personnage de Steiger : il est envisageable, en effet, que ce shérif du Sud n'est pas très raciste, pas particulièrement en tout cas. Ainsi, après la scène – un choc, pour l'époque – où Virgile Tibbs retourne sans hésiter la gifle que lui lance le planteur Handycut, le shérif Gillespie croise le maire qui lui dit : " Votre prédécesseur aurait descendu le Noir deux secondes après qu'il ait giflé Handycut, en évoquant la légitime défense ! " Tout au long du film, d'ailleurs, il y a aussi des allusions au fait que le shérif n'est guère apprécié d'une partie du conseil municipal. Les raisons n'en sont pas précisées, mais il se pourrait qu'on le trouve trop "moderne" pour son propre bien…

Si on regarde le film attentivement, on se rend compte que les moments de réelle animosité du shérif Gillespie vis-à-vis de Virgile Tibbs tiennent au fait non qu'il ne peut pas blairer les "Noirs", mais qu'il ne peut pas blairer ces satanés types du Nord avec leurs grands airs (et leur instruction, et leur fric : enquêteur no. 1 de la section des homicides de Philadelphie, Virgile Tibbs gagne évidemment plus que le shérif d'un patelin perdu du Mississipi).

Un moment-clé à cet égard, c'est quand le shérif Gillespie, quelque peu interloqué de se retrouver devant un policier black – dans le Sud, en 1967, ça n'existe pas ! – appelle au téléphone le chef de Virgile Tibbs à Philadelphie. Puis il passe le téléphone à Tibbs, qui dit, en présence de Gillespie qui n'en perd pas une miette : " Mais monsieur, ce n'est pas que je ne veux pas faire cette enquête, c'est que ça m'étonnerait beaucoup qu'on veuille de mon aide ! " – (Réplique qu'on n'entend pas à l'autre bout du fil) – Mais non, monsieur, je n'ai pas de préjugés ! "

Comment, quels préjugés pourrait avoir Virgile Tibbs? A quoi son chef fait-il donc allusion? Mais bien sûr, au fait que les États-uniens du Nord (qu'ils soient "Noirs" ou "Blancs") tiennent ceux du Sud (qu'ils soient "Noirs" ou "Blancs") pour des péquenots arriérés, des sous-développés, des minables, pas mal beaucoup sur le même pattern des Italiens du Nord vis-à-vis des Italiens du Sud. Et le préjugé numéro un, bien évidemment parce que cet amalgame contient une part notable de réalité, c'est que ces arriérés du Sud sont tous, sans exception ni distinction, des racistes finis. Aussi, dans l'attitude d'ouverture grognon qui se développe chez Steiger, on peut également voir l'envie de prouver à tous ces damnés types du Nord que non, il n'est pas un péquenot sous-développé, que chose incroyable il sait même lire et écrire !! D'après moi, c'est pour ça qu'il réussit si bien à faire baisser sa garde à Tibbs, quand, sur le quai de la gare, il le convainc de rester (à la demande de la femme de l'ingénieur assassiné, qui menace d'annuler le projet d'usine si Tibbs ne mène pas l'enquête) : il lui dit qu'il va rester, oh oui il va rester, parce qu'il ne peut pas rater une telle occasion de river leur clou à tous ces "Blancs". Mais c'est qu'il est lui-même, d'une façon, mu par une motivation comparable : il veut se montrer à la hauteur de son encombrant visiteur venu du Nord…

Aussi, quand les deux hommes se serrent la main, au moment du départ, c'est qu'ils ont TOUS LES DEUX vaincu leurs préjugés. Dans le sourire de Sidney Poitier, on peut lire un peu de la même émotion qui agite capitaine Collodi, carabinier venu du Nord, dans le célèbre finale du roman de Leonardo Sciascia Il giorno della civetta: (que je cite approximativement, hélas) :

" …Mais le capitaine Collodi savait, au plus profond de lui-même, qu'il aimait la Sicile, et qu'il y retournerait. "Je m'y briserai la tête ! ", lança-il à voix haute. "

Arca1943


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Critique


De dumbledore, le 14 février 2003 à 00:00

Juste avant Devine qui vient dîner, Dans la chaleur de la nuit est le premier film hollywoodien avec un black (Sydney Poitier dans les deux cas) dans un film traitant ouvertement du racisme anti-noir. Ici, ce n'est pas dans le cadre de la comédie dramatique que la dénonciation s'opère, mais dans celui d'un autre genre, un genre qui a fait ses preuves dans la cinématographie blanche : le polar.

Au premier niveau, l'histoire est celle d'une simple enquête policière, commençant par la découverte d'un cadavre et finissant par l'arrestation du coupable. Mais l'intérêt est ailleurs, il se trouve dans l'histoire secondaire qui est (comme souvent) une histoire de personnages, une histoire humaine : l'amitié naissante et surprenante entre le policier black et le policier blanc interprété brillamment par Rod Steiger. La force du film repose paradoxalement sur le personnage de Rod Steiger et non pas sur Sydney Poitier qui joue finalement un personnage relativement monolithique, brut de décoffrage, allant toujours droit devant lui, sans hésitation. Rod Steiger est beaucoup plus intéressant car il incarne la réflexion sur le racisme que porte le film. Ses nuances de jeu sont telles que si son rôle est tout simplement celui d'un raciste qui évolue jusqu'au point de n'être plus raciste, son jeu par contre est beaucoup plus fin que cela, car finalement, il est impossible de dire avec assurance s'il est ou non raciste au départ. Il joue le rôle du flic un peu comme le fait Clint Eastwood dans les Inspecteur Harry : avec comme première relation à l'autre le refus et le cynisme. Il est en effet impossible de dire si Rod Steiger se serait comporté autrement avec n'importe qui d'autre. Du coup, le «message » du film sur le racisme est beaucoup complexe, présentant la lutte contre le racisme comme un travail de long haleine sans résultat spectaculaire.

La mise en scène de Norman Jewison est particulièrement brillante, très moderne avec assez peu de ces effets très années 70 qui ont terriblement vieilli, à savoir les zooms (généralement associés à des panoramiques). Le travail sur les cadres est particulièrement efficace, notamment dans l'utilisation des contre-plongées (là aussi très années 70 avec les grands angles) lors de champs contre-champs.

A noter la présence au montage du futur réalisateur Hal Ashby.


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