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Classique entre les classiques


De DelaNuit, le 13 octobre 2017 à 16:20
Note du film : 5/6

A l’occasion des 50 ans du Lauréat, le film ressort sur les écrans en version 4 K d’une netteté qui fait plaisir. L’occasion de le (re)voir dans les meilleurs conditions. On a beaucoup parlé du succès de ce film à sa sortie (ce qui surprit agréablement les producteurs), des chansons de Simon et Garfunkel, du scandale de la relation du jeune lauréat avec la sulfureuse Mrs Robinson… des fameuses jambes sur la photo de l’affiche, appartenant à Linda Gray, la fameuse Sue-Ellen de Dallas, et non à Anne Bancroft

Mike Nichols sortait alors des épuisantes et homériques querelles d’Elizabeth Taylor et Richard Burton dans Qui a peur de Virginia Woolf et aurait bien aimé confier à un autre monstre sacré le rôle de la fameuse Mrs Robinson. Ava Gardner et Jeanne Moreau ayant décliné, c’est donc Anne Bancroft qui s’y colle, bien qu’elle n’ait pas l’âge du rôle (seulement 36 ans lors du tournage), mais s’en sort très bien en femme mal mariée alcoolique et névrosée, taraudée par le démon de midi. Les quelques plans subliminaux de sa poitrine et de son bassin affolant le jeune puceau sont restés célèbres ! On ne peut que rêver à ce que le film aurait donné avec Mrs Gardner ou Moreau en cougar. Le héros aurait-il été complètement dévoré, effacé en leur présence, ces dames plus âgées auraient-elles paru plus terribles ou plus pathétiques ?

Pour le personnage principal, Nichols songea d’abord à Robert Redford (ce qui réjouissait les producteurs) mais se ravisa, considérant que ce joli garçon à l’image trop saine ne pourrait camper avec crédibilité un jeune homme mal dans sa peau et son environnement. C’est donc Dustin Hoffman qui fut choisi. Cet inconnu au physique quelconque de déjà 30 ans (cachetonnant au théâtre et partageant une piaule à New York avec ses potes Gene Hackman et Robert Duvall en vivotant) n’en revint pas de devenir du jour au lendemain une star adulée et le nouvel anti-héros de son époque.

On se souvient beaucoup de l’aventure du jeune homme et de la femme cougar. La suite de l’histoire voyant le héros fuir l’emprise de celle-ci et tomber amoureux de sa fille, peut paraitre plus convenue, moins forte (peut être en raison de la personnalité nettement plus fade de Katharine Ross) voire moins maitrisée. Néanmoins, l'ignorer serait passer à côté du sujet du film.

En effet, celui-ci traite du malaise des jeunes de la fin des années 60, de leur rejet de la société conventionnelle, matérialiste et hypocritement moralisatrice de leurs parents… et de leur désir de vivre autre chose sans savoir encore trop quoi. Les nombreux plans d’enfermement du jeune homme dans la première partie du film (dans un aquarium, une chambre, un scaphandre, sous la piscine…) matérialisent son malaise. Ses errances et interrogations dans la deuxième partie expriment un besoin vital de se libérer mais d’une manière encore désordonnée, impulsive, comme un oiseau battant frénétiquement des ailes en cherchant la sortie de la cage. Cet état d’esprit trouva son écho parmi les jeunes spectateurs qui firent un triomphe au film.

Les cinéastes du « Nouvel Hollywood » y virent quant à eux un premier jalon vers un cinéma plus adulte, plus réaliste, moins censuré, aux personnages en demi-teinte moins stéréotypés.

L’aventure du jeune homme avec Mrs Robinson n’est qu’une étape dans son évolution. Il croit par cette liaison se libérer du carcan familial mais se retrouve emprisonné dans une autre cage, d’autant que sa maîtresse n’est pas si libérée que cela elle-même, n’assumant pas ouvertement son comportement et demeurant piégée par les valeurs toutes puissantes de l’ « american way of life », avec la nécessité d’afficher une réussite professionnelle et une famille modèle en public.

La bagarre finale dans l’église où Dustin Hoffman vient interrompre le mariage de sa dulcinée, empoigne un crucifix pour s’en servir comme d’une arme puis pour bloquer la porte avant de s’enfuir avec la jeune fille sous le nez des familles rassemblées pour le mariage est un pied de nez jouissif à l’hypocrisie de la morale religieuse qui prétend sauvegarder le bien commun mais ne fait qu’enfermer bien des gens dans des codes et des faux-semblants qui les étouffent.

Pour autant, Nichols nous évite un happy-end idéal… Les deux jeunes gens enfuis à bord d’un car providentiel sont d’abord contents de leur coup, puis rattrapés par la fatigue et les questionnements, ne savent pas trop vers quel avenir ils se dirigent, ce qui se lit sur leur visage. Au moins ont-ils claqué la porte de ce dont ils ne veulent plus et se sont-ils mis en mouvement. C’est déjà plus que ne font la plupart des gens…


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De Impétueux, le 1er décembre 2014 à 15:30
Note du film : 3/6

Vous me croirez ou non, mais j'ai attendu jusqu'à hier soir, à l'occasion d'un passage du film sur Arte pour découvrir Le lauréat, pourtant sorti en France à un moment où je m'imbibais de tout le cinéma du monde… Ça ne s'est pas fait à l'époque, je ne sais pourquoi et, depuis lors, l'audition jusqu'à plus soif des titres de la bande originale (absolument réussie) de Simon et Garfunkel m'avait suffit. La mort récente du réalisateur, Mike Nichols, le 19 novembre a entraîné un hommage télévisé un peu tardif et m'a permis cette découverte.

À dire vrai, si Le lauréat n'avait traité que de l'éducation sexuelle d'un benêt fraîchement diplômé par une belle femme mûre amie de la famille dudit benêt, j'aurais mis assurément une note meilleure ; en 67/68 l'image de l'initiatrice compétente amenée à déniaiser les jeunes gens était un fantasme des plus communs et même, assez souvent, une réalité vécue. C'est que, la pilule n'existant pas, ou très embryonnairement (quel jeu de mots ridicule !), les jeunes filles, même les plus dissipées, ne couchaient pas, sauf promesse de mariage, ou presque ; la femme mariée désireuse de s'offrir de la chair fraîche était donc un passage commode et fascinant (revoir Le blé en herbe, de Claude Autant-Lara, d'après Colette).

Toute la partie qui traite de l'offensive de séduction conduite par Mrs Robinson (Anne Bancroft sur la personne de Benjamin Bradock (Dustin Hoffman) est drôle, gaie, ingénieuse, bien qu'elle soit teintée de moralisme anglo-saxon puritain. Je crois en effet que de jeunes Latins auraient fait bien moins de manières avant de se laisser aller dans les bras d'une initiatrice aussi séduisante. Il est vrai que les États-Unis de l'époque portaient en eux une sorte de tranquillité conservatrice inoxydable, à base de pelouses bien tondues et de maisons confortables meublées avec un mauvais goût très sûr. Ce qui n'empêchait évidemment pas névroses alcoolisées et nymphomanies hystériques. Mais enfin tout ça est bien mené.

Je suis moins convaincu par les deux acteurs, non qu'ils soient médiocres, loin de là, mais parce que l'un est trop âgé pour le rôle, l'autre trop jeune. Hoffman avait déjà 30 ans au moment du tournage, et Bancroft n'en avait que 37. La trop faible différence est tout de même bien visible et gâche un peu la vraisemblance.

Mais cela n'est rien au regard de la niaise deuxième partie du film qui relate les amours difficiles, contrariées puis triomphantes de Benjamin et d'Elaine Robinson (Katharine Ross, à la mâchoire carrée, elle aussi bien trop âgée pour le rôle – 27 ans -), avec des péripéties bien lassantes, répétitives et finalement burlesques (la survenue de Benjamin dans l'oratoire où Elaine va épouser un autre homme et son enlèvement).

La manière de filmer de Mike Nichols ne m'a pas particulièrement retenu ; je l'ai trouvée même quelquefois assez puérile, par exemple dans la scène où Benjamin, costumé en homme-grenouille vient faire une démonstration dans la piscine de ses parents, mais surtout dans l'insertion d'images très rapides censées subliminalement montrer – sans la montrer ! – la nudité de Mrs Robinson devant les yeux agrandis, émerveillés et scandalisés tout à la fois du jeune homme. Cette transgression du code Hayes a dû faire beaucoup jaser pour pas grand chose.


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