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Leçon de choses


De Impétueux, le 22 avril 2014 à 17:18
Note du film : 5/6

Voilà deux colliers aux perles disparates et inégales, mais bien agréables à regarder. Vingt-quatre portraits de femmes, de leurs mains et de leurs yeux, des outils qu’elles utilisent. Le singulier cinéaste qu’est Alain Cavalier possède un don rare : l’empathie du regard, avec les gens, les objets, les lumières, et c’est peu dire qu’avec deux images, trois sons et quelques mots, il parvient à capter l’attention.

Ces portraits-là sont-ils documentaires ? sans doute oui, au sens où ils filment avec subtilité et attention des procédés, des tours de main, des techniques rares, habiles, quelquefois magnifiques ; mais ils sont davantage, de la même veine que ces films sur les métiers réalisés jadis et naguère par Georges Rouquier (Le tonnelier -1942-, Le Maréchal-ferrant -1977-) ou Jacques Demy (Le sabotier du Val de Loire -1955-) ; c’est bien moins la maîtrise des doigts, ou les ustensiles fabriqués au cours des âges par l’ingéniosité des artisans qui est mise en valeur que leur variété extrême qui, paradoxalement, donne le chemin des similitudes.

Tous ces métiers exposés ne sont pas de la même nature : coexistent métiers d’art (la relieuse, la verrière, la souffleuse de verre), métiers qu’on pourrait appeler de compagnie (la bistrote, la dame-pipi, la marchande de journaux), métiers traditionnels (la matelassière, la brodeuse, la repasseuse), métiers rares (la roulotteuse, l’accordeuse de pianos, l’archetière) et ici et là, quelques bizarreries (la romancière – qui est Béatrix Beck, qui est notamment l’auteur de Léon Morin, prêtre -, la gaveuse d’oies, l’illusionniste). Et toutes les femmes filmées n’ont pas forcément quelque chose d’intéressant à dire ; certaines sont bavardes et passionnantes, racontent leur vie comme un roman (l’orangère, la fleuriste) ; d’autres, taciturnes ou impressionnées par la caméra, ne lâchent les mots qu’avec parcimonie (la canneuse, la brodeuse), mais le grand talent d’Alain Cavalier est de s’adapter aux ateliers, aux objets, aux personnalités pour en tirer toujours, ou presque, le meilleur. Finalement, l’expression de ces femmes, c’est leur métier, et jamais la glose autour du métier.

Il y a une grande beauté formelle, par ailleurs, dans beaucoup de ces courts-métrages, qui confinent à la douzaine de minutes : un peu de la même façon que dans Thérèse, sorti en 1986, il y a une austérité, une mesure, une retenue, qui n’excluent jamais la gaité : superbes natures mortes, arrières-plans simples monochromes, plans longs où passe toute la sympathie, la volonté de comprendre du réalisateur, images épurées, son direct.

Femmes souvent très âgées (la repasseuse, l’illusionniste), mais toutes d’une douceur, et presque toutes d’une sérénité fascinante.

On songe aux vers de Paul Verlaine, même si les adjectifs du poète ne s’appliquent pas vraiment à toutes les situations et les métiers :

La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une œuvre de choix qui vaut beaucoup d’amour.

(Sagesse)


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