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Critique


De vincentp, le 5 mai 2016 à 10:31
Note du film : 4/6

4,5/6. C'est un très bon film, pour les bonnes raisons avancées ci-dessus par Dumbledore. Eclairage, mise en scène et direction d'acteur très soignés. Mais il manque quelque chose de nouveau par rapport aux oeuvres précédentes de Bergman. De plus, la propension du cinéaste à se contenir dans des drames familiaux, sur fond de sermons religieux, peut lasser ou sembler à la longue un peu artificiel. De mon point de vue, il s'agit d'une oeuvre, en terme d'intérêt artistique, située dans le vendre mou de l'oeuvre du cinéaste. Les fans de Bergman apprécieront, les réfractaires ou novices auront intérêt à passer leur chemin.


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De dumbledore, le 12 août 2005 à 00:17
Note du film : 6/6

Saraband a été annoncé par son réalisateur, le grand, l'immense Ingmar Bergman comme sa dernier oeuvre audiovisuelle. Elle terminerait une période, celle de la télévision. Sa première approche de ce média fut Scènes de la vie conjugale, la dernière serait (imaginer que Bergman ne fasse plus de film est si douloureux, qu'on ne peut qu'utiliser le conditionnel) Saraband.

La boucle est bouclée puisque Saraband reprend quelque trente ans plus tard les personnages de – justement – Scènes de la vie conjugale.

Le principe de départ de Saraband correspond parfaitement à ce teasing, ce pitch au fond très "communication", très "pub", très "lancement" consistant à finir par là où ça a commencé. Ce concept de "boucle bouclée" est au coeur du film. On retrouve en effet le personnage de Marianne qui s'apprête à aller retrouver Johann qu'elle avait jadis rejeté. Les retrouvailles sont surprenantes, surtout pour Johann dont le quotidien est pour lui équivalence de vie et surprise équivalent de menace de mort. Le point de départ est évidemment fort, intéressant et surtout passionnant pour ceux qui Scènes de la vie conjugale fut un des dernier cadeaux que le maître avait offert.

Toutefois, il faut reconnaître une chose : Saraband n'est la suite des Scènes, surtout sur le papier. Cela fait terriblement coup publicitaire, autrement dit, télévisuel. En réalité, il s'agit là d'un artifice permettant au réalisateur de parler au fond d'autre chose que ce que fut les Scènes. De quoi? Non plus du couple mais de la filiation.

Cela est tellement vrai que le personnage de Marianne que l'on suit au début du film perd très vite et de son intérêt et de son action sur l'histoire à laquelle nous assistons pour laisser place (juste revanche au vue des Scènes) au personnage de Johann et de son héritage : à savoir un fils qu'il hait et qu'il le hait, à sa belle fille Anna, morte avant le début de l'histoire et présente uniquement sous forme d'une superbe photo et qui fut pour tous une lumière dans l'obscurité de leurs relations personnelle. Le quatrième personnage de cette histoire est Karin, la petite fille, violoncelliste sous domination, affective et physique de son père.

Le récit traite clairement le sujet de la succession, sujet qu'on peut comprendre être celui d'un Bergman, maître du cinéma parmi les maîtres qui possède un des plus beaux héritages cinématographiques, même si les prétendants héritiers se font rares.

L'héritage est bien sûr douloureux – comme souvent chez Bergman – mais profondément humain – comme toujours chez Bergman. La famille tient généralement grâce aux secrets qui y sont enfouies, aux frustrations qui y germent et aux histoires (de famille, s'entend). Le coeur de l'histoire n'est pas avec les personnages des Scènes, mais belle et bien entre le fils et sa petite fille et cette incapacité pour l'un de laisser l'espace et la liberté à sa et à la fille de couper le cordon, tant celui-ci est pervers et complexe. Le drame se présente, se développe et se dénoue par petites touches. Une dizaine au totale, dix scènes qui sont dix dialogues à deux personnages. L'émotion grandit doucement mais sûrement à mesure qu'on s'approche du drame finale. Tout est ici en douceur mais construit comme une tragédie. Du grand art.

Impossible de parler de Bergman sans parler de mise en scène. Pour une fois commençons par parler du son. Il y en a peu. Très peu. Presque pas en fait, seulement les dialogues, très frontaux. Pas d'ambiances. Du coup, l'impression est qu'on est ici du côté du théâtre. Le reste du travail artistique va d'ailleurs dans ce sens. L'image est très éclairée, avec une impression vidéo à la fois manifeste et assumée. Le théâtre est une évidence et les débuts de scènes (en première partie) vont dans ce sens.

Mais il faut toujours se méfier de Bergman. On se rend compte à mesure que le film avance que la mise en scène change – chose si rare et pourtant qui devrait être si normale dans les films ! Les axes "interdits" du théâtre sont rompus et lentement on quitte le théâtre pour rentrer dans le cinéma : de moins en moins de plans séquences, de plus en plus de découpage, de plus en plus de gestion de l'espace. Il suffit de comparer la première scène entre Marianne et Karin et la seconde, pour s'en rendre compte. Ou la première scène du film et les dernières.

Apercevant cela, on commence à comprendre qu'on est ici aux premières loges d'une leçon de cinéma. Voilà que nous passons du théâtre en pratique et en théorie au cinéma en pratique et en théorie… Et tout cela dans le cadre d'un téléfilm !!

Saraband n'est pas tape à l'oeil, il est discret. Il fonctionne sur un travail discret mais maîtrisée de la couleur (la superbe fuite de la petite fille agressée par son père sur fond de porte rouge), par la maîtrise du cadre et du découpage.

Encore une fois, du grand art.


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