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Le rapport au temps


De Impétueux, le 9 septembre 2016 à 19:30
Note du film : 4/6

Je suis assez surpris que l'excellent – et hélas disparu ! – Gaulhenrix présente Seul au monde, qui m'est apparu en excellente robinsonnade, comme un film structuré en trois parties d'inégale longueur dont le réalisateur, Robert Zemeckis souhaitait faire percevoir les incertitudes du rapport au Temps.

J'avoue platement que le premier segment, la vie de Chuck Noland (Tom Hanks) employé efficace et perpétuellement en surchauffe de la société de transport rapide FedEx, m'a semblé un peu long et qu'il ne me semblait pas nécessaire que le réalisateur insistât autant sur cette sorte d'apostolat de l'urgence marchande dont vit (et que subit, sans à peine s'en rendre compte) le personnage.

Mais surtout j'ai trouvé peu supportable la troisième partie, le retour à la Civilisation de Chuck, longuement naufragé sur une île inhospitalière des mers du Sud, sa prise de conscience que le monde a changé, ses collègues évolué et que la femme de sa vie, le croyant mort, s'est mariée et a un enfant. Par décence, j'aimerais n'avoir rien à dire sur le torrent de mélasse sentimentale qui déferle lorsque Chuck et son ancienne fiancée, Kelly (Helen Hunt), sous une pluie battante, découvrent qu'ils s'aiment encore. Ce genre de connerie indécente de mièvrerie devrait pouvoir être interdite au cinéma (En prison ! en prison pour médiocrité ! comme dit Montherlant dans Fils de personne).

Demeure la partie intermédiaire, la plus longue et la plus intéressante – et de loin ! – portée à merveille sur les uniques épaules de Tom Hanks. L'avion de FedEx où il avait pris place, s'abîme en mer ; il échoue sur une sorte de grand rocher, seul survivant du vol. Chuck va passer plus de quatre ans en terre étrangère et presque hostile, redécouvrant, au fil des jours, le silex taillé, le feu, la pèche au harpon et surtout… la sociabilité grâce à un ballon de volley-ball grimé de son sang et baptisé Wilson qui est son interlocuteur, son Vendredi, à qui il s'adresse et qui reçoit ses humeurs…

Il est certainement très difficile de faire sentir à partir de l'écran ce que peuvent être les pensées, les désespérances, les accablements, les terreurs d'un homme abandonné sur un caillou isolé de tout. En revanche, l'ingéniosité humaine, la capacité d'inventer ou de reproduire les techniques qui ont fait sortir l'Homme de sa condition de primate, sa fabuleuse volonté de survivre émerveillent toujours autant. Et interpellent chacun : aurais-je été capable, moi, avec si peu, quelques colis récupérés de la sauvagerie de l'Océan, quelques souvenirs de scoutisme, un peu d'inventivité, de survivre tant d'années sans abandonner ? Serais-je capable de me faire sauter une dent pourrie douloureuse en cognant dedans ?

De ce point de vue, Seul au monde est remarquablement bien fait et on suit avec un plaisir mêlé d'effroi les mésaventures et les progrès de Chuck, ses renoncements, ses émerveillements, ses échecs et ses triomphes. Le physique assez passe-partout de Tom Hanks, si bien exploité dans l'excellent Forrest Gump, est tout aussi efficacement employé ici.

Dix minutes à retrancher au début ; vingt cinq à supprimer à la fin ; et vous aurez un film très bien fichu.


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De Gaulhenrix, le 12 mars 2007 à 17:01
Note du film : 4/6

No-Land !!! Excellent ! Et si juste… Tournier n'écrit pas autre chose dans Vendredi ou les limbes du Pacifique : "Il est écrit qu'on n'entre pas dans le Royaume des Cieux si l'on ne se fait pas semblable à un petit enfant. Jamais parole d'Evangile ne s'est appliquée plus littéralement. La grotte ne m'apporte pas seulement le fondement imperturbable sur lequel je peux désormais asseoir ma pauvre vie. Elle est un retour vers l'innocence perdue que chaque homme pleure secrètement. Elle réunit miraculeusement la paix des douces ténèbres matricielles et la paix sépulcrale, l'en-deçà et l'au-delà de la vie." (Folio, p. 112)

La grotte, qui est retour aux origines de l'espèce, de l'individu (Cf. L'origine du monde, de Courbet), qui est maternelle : (Cf. le manoir de Norman Bates dans Psychose).

No-land : le seul souvenir comme territoire…

On pourrait y voir aussi l'échec d'une forme de vie naturelle, utopique (''Cf. Platon et Thomas More).


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