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Sujet : Etonnant, riche et fort


De verdun, le 27 février 2014 à 23:50
Note du film : 5/6

Au vu de l'affiche et du titre français présents ci-contre, je m'attendais à un film politico-social, dans la lignée de ce qu'a pu faire un Ken Loach pendant des décennies.

Le film correspond effectivement à ce qu'on en attend: une description d'ouvriers polonais confrontés à la misère dans un Londres hostile, une satire sociale grinçante, un regard sur l'actualité de l'époque et le décalage entre Europe de l'est et Europe de l'Ouest, une tranche de vie à la photographie grisâtre et crue. Mais tout cela n'est qu'un aspect du film.

Peu à peu, sans qu'on s'en aperçoive immédiatement, le film bascule dans la fable irréaliste. En fait, il ne s'agit pas du portrait d'un groupe. Le film se concentre exclusivement sur le point de vue de Novak, le leader de la bande, interprété par un Jeremy Irons inattendu en plombier polonais mais dont la prestation s'avère splendide. Or Novak enferme ses camarades dans une bulle: en effet, étant le seul à comprendre et parler l'anglais, il apprend que le général Jaruzelski a décrété la loi martiale dans leur pays – nous sommes en décembre 1981 – et décide de cacher à ses compagnons cette réalité terrible, et éventuellement lourde de conséquences pour leur avenir. Il s'enferme également lui-même dans son propre monde, par la rétention d'informations à laquelle il procède, par sa façon de voler des articles au supermarché du coin par nécessité et par défi. L'utilisation de la voix-off du protagoniste est assez exemplaire: elle couvre presque constamment les propos en polonais non traduit des autres comparses.

Le personnage de Novak est l'un des plus fascinants qui soient : il a le pouvoir sur les autres en ayant la connaissance de la langue de Shakespeare, c'est un vrai tyran, un menteur et un voleur. Mais en même temps il a le souci de protéger ses hommes et de faire en sorte qu'ils mènent à bien leur mission. Cette absence de manichéisme dans le traitement de ce caractère donne beaucoup de force, d'humanité et d'imprévisibilité au film. La musique expérimentale signée Hans Zimmer, ainsi qu'une image qui se fait parfois bleutée contribuent aussi à cette atmosphère angoissante voire irréelle. La séquence onirique où la photo de la fiancée de Novak s'anime à travers un écran de télé relève de ce fantastique quotidien. J'ai beaucoup pensé durant la projection à certains Losey mais surtout à Une étrange affaire, autre fable comique et irréaliste sur le pouvoir tournée la même époque.

Du coup un certain suspense se renforce également au fur et à mesure que l'on avance dans le métrage : les ouvriers vont-il se faire repérer ? Novak vole : va-t-il se faire avoir ? Son ascendant sur les autres va-t-il s'effriter ? Comment le retour en Pologne se passera t-il ?

Toutes ces raisons font que Moonlighting est un film riche, déconcertant en ceci que le spectateur ne sait pas ce qui va arriver à la séquence suivante, un film tourné dans l'urgence et porteur d'une énergie palpable mais dont les questions sont susceptibles de se reposer dans d'autres contextes politiques.

Durant la projection j'ai ressenti quelques longueurs qui m'empêchent de mettre la note maximale mais le film ne cesse de me fasciner depuis..

NB : le dvd édité par Europa est une aberration, il ne propose que la vf alors que la confrontation entre les langues anglaise et polonaise est l'un principaux ressorts du film.


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