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Forum : La Comédie du bonheur

Sujet : Une autre mélodie ...

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De Tamatoa, le 26 octobre 2013 à 20:41
Note du film : 5/6

Je possède, quelque part et je ne sais plus où, une vielle cassette VHS où on voit et entend jean Cocteau nous parler de la petite histoire de ce film. Tourné en Italie, mais interrompu car l’Italie profite de la faiblesse de la France pour lui déclarer la guerre, aux côtés de l’Allemagne nazie, avec laquelle elle a conclu le pacte d’Acier. Débâcle des comédiens qui rejoignent la mère patrie. Certaine bobines ne furent restituées à la France que longtemps plus tard et encore, pas toutes. Bref, un tournage calamiteux qu'il a fallu "arranger" avec trois bouts de ficelle pour que le film puisse être présenté au public. Bien en amont, Charles Dullin avait tenu le rôle de Michel Simon, au théâtre, dans la pièce éponyme.

Et maintenant, parlons du film. J'annonce : j'ai adoré ! Et dans la foulée, de suite, à l'instant, immediately, je précise que je dois être, à peu de chose près, le seul être humain sur cette planète à apprécier ce film ! Rendez vous compte : la folie poétique de Cocteau qui rencontre un cinéaste poète lui aussi mais surtout grand théoricien avant-gardiste du cinéma. D'aucuns crieraient au désastre et auraient grandement tort. Et connaissant le goût immodéré de notre ami Impétueux pour les nouilleries esthétiques de Cocteau, j'imagine aisément sa bobine verte comme le cigare de Columbo devant ce qu'il imagine sûrement être un accès de fièvre. Nenni ! Le mélange, l'association Cocteau/ L'Herbier est un cocktail divin, ma-gni-fique. Si ce n'était les bidouillages ostentatoires dues aux mésaventures du tournage, je parlerais de chef-d’œuvre. D'abord et avant tout, ne surtout pas se fier à l'affiche ridicule du film. Du moins celle que nous propose notre site. Et puis fuir ce résumé qui parle d'Un essai philosophique assez prétentieux. Philosophie il y a, oui, mais loin d'être prétentieuse et je dirais même d'une réelle simplicité. Michel Simon est la vedette de ce film. Et pourtant, il disparait derrière et les comédiens qui l'accompagnent, dont un André Alerme que je ne connaissais pas aussi drôle, et la folie douce, si douce de ce film.

Voilà qu'un banquier très riche veut faire le bonheur autour de lui en distribuant sa fortune aux plus démunis. Ses héritiers se dépêchent de le faire enfermer chez les fous. Asile dont il s'échappe et trouve refuge dans une pension de famille qui n'est pas sans nous rappeler celle des Mimosas de L'assassin habite au 21 par la personnalité de certains de ses hôtes. Bizarre pension où ne vivent que des dépressifs n'ayant aucun goût pour l'argent puisque préoccupés par des problèmes existentiels autrement plus importants. Ciel ! Notre banquier découvre que l'argent ne fait pas le bonheur de tous…

Mais que veulent donc ces gens ? Quelle est cette chose bizarre qui pourrait les rendre plus heureux que le fric ? L'amour ! Et ça ne s'achète pas… Alors notre Michel Simon de banquier va avoir une idée de génie : Il va louer, très cher, les services d'une bande de comédiens. Il les fera venir dans sa pension de famille et chacun, dans le plus grand secret et n'étant pas censé connaitre l'autre, se fera amoureux, ou amoureuse. La comédie du bonheur peut commencer. Et c'est absolument charmant ! Avec une Micheline Presle nettement enlaidie au début du film et qui retrouve sa grâce au fur et à mesure que le comédien grassement payé fait son œuvre. Le comédien "amoureux", c'est Ramon Novarro qui sort de son cinéma muet où il brilla dans le rôle de Ben-hur. Et non seulement le parlant ne le dérange pas mais il y est fort bon. On ne peut pas ne pas faire la comparaison avec Mariano dont il a très exactement la voix mais certes pas la tessiture, et il fait preuve d'une très grande aisance. L'amoureuse de Louis Jourdan, déprimé de naissance, sera représentée par la délicieuse Jacqueline Delubac qui remettrait sur pieds les mourants les plus accrochés à leurs trépas. Alerme, formidable donc, sera le médecin fort drôle de la matrone hypocondriaque qui rêvait de vivre avec la faculté à ses basques.

C'est un film enjoué, plein de bonne humeur et de formidable leçon de vie. Marcel L'Herbier joue avec l'extravagance délirante de Cocteau. Nous sommes dans un rêve. Nous adhérons à ce fantastique poème aliéné ! C'est bon ! Ne mange t-on pas la musique dans cette pension désormais bonheur ? Mais oui : un des hôtes, disquaire de son état, a inventé la musique "qui, enfin, nourrit son homme" : Manon Lescaut à la pistache, Carmen à la cerise, La Traviata au sirop de fraise. Par instants, le cinéaste n'hésite pas à faire intervenir la troupe toute entière pour des fêtes dignes des Enfants du paradis. Des masques, des masques partout ! Une farandole débridée ! Et si nous étions tous fous ? Et si le bonheur était à notre portée à tous ? Et si nos passions notre vie à le refuser ? Tout est simple, tellement facile ! La belle allégorie. Mais… Attention à la chute !

Alors je vais voter pour ce film. Sans espoir aucun. Mais si je ne le fais pas, je penserai n'avoir pas mérité le plaisir immense que j'ai eu à le regarder…


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