Forum - Les Neiges du Kilimandjaro - Ou comment définir un nouveau seuil de nullité...
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Forum : Les Neiges du Kilimandjaro

Sujet : Ou comment définir un nouveau seuil de nullité...


De Steve Mcqueen, le 15 février 2012 à 18:26
Note du film : 1/6

Pathétique…

L'un des films les plus creux et surfaits que j'ai vu cette année (avec le Festival Télérama je précise; ceci dit les trois euros que j'ai déboursés auraient pu tout aussi bien atterrir dans l'escarcelle d'un mendiant , le résultat aurait été le même…)

Qu'un navet finisse dans la sélection du festival d'un magazine "à forte teneur intellectuelle", passe encore…Mais qu'un épisode inepte (pléonasme) de Plus Belle la Vie se trouve plus ou moins adapté au grand écran et connaisse la consécration d'une critique parigo-parisienne qui ne retient de l'Estaque que le pastis dégusté sur une terrasse "pittoresque", l'amitié-plus-forte-que-la-mort-et-tout-et-tout, et les problèmes "sociaux" (les guillemets s'imposent) réglés en deux coups de cuillère à pot, que cette oeuvrette sans goût ni saveur se voie attribuer 4.1 sur allociné ( le site qui nivèle la culture cinématographique par le bas ; je ne compte même plus les étoiles attribuées à Twilight 3, sitcom romantico-fantastico-poûet-pouêt à peine digne du dernier pensum de Marc Lévy), là non..!

Guédiguian ressasse et ressasse encore ses thèmes de prédilection ( l'amitié liée sur le zinc d'un bistrot, l'amour/filial/maternel/conjugal sous toutes ses déclinaisons), nous ressort encore les mêmes gueules qu'on a vues dans toute sa filmographie et aboutit à une équation simple : Je prends :

1/ Des acteurs typés à même de séduire le microcosme critique parisien ( Ascaride qui mérite une paire de claque à chacune de ses apparitions, tellement elle force sur "l'assent marseillais, vé", Meylan, horripilant dans le stéréotype du bon-brave-gars à qui on donnerait le bon dieu sans confession, l'excellent Darroussin fourvoyé dans ce naufrage; qu'on lui donne un nouveau césar, et vite, pour qu'il retrouve un rôle à la hauteur de son – grand – talent)

2/Un sujet potentiellement fort gâché par des déclamations qui se réclament de Jaurès mais qui évoquent plutôt la dissertation laborieuse d'un élève besogneux qui redouble sa quatrième, des raccourcis hallucinants de naîveté, des facilités sans doute avalisées par un producteur sous psychotrope ( à moins que ce soit Guédiguian qui finance lui même ses films, enfin je veux dire qui appelle ses potes pour faire une apparition dans son navet, qui place une table et deux chaises pour recréer l'atmosphère d'un apéro et qui soudoie ses financiers pour obtenir une rallonge afin d'inclure une carte postale de la méditerranée en arrière-plan).

3/On obtient ainsi un beau pensum,l'exemple du film ni fait ni à faire, qui se termine par un sommet de manichéisme gnan-gnan ( "j'adopte les frères du mec qui m'a braqué car nous sommes tous frères mon amour, sucrons dès aujourd'hui les fraises de demain, du chaos naîtra la lumière, deux glaçons dans mon pastis siou-plaît…)

Cette critique ne serait pas aussi virulente si le film était sorti dans une salle miteuse du Prado, avec deux vieillards cacochymes et avinés pour seuls spectateurs, et une serveuse accorte qui distribue des eskimaux au chocolat, aussi fortement chargés en glucose que ce "film" qui se résume à un amas de bons sentiments ridicules au premier degré, hilarants au second, et incompréhensibles d'un strict point de vue cinématographique, scénaristique et dramatique.

PS : cette critique est volontairement outrée, mais il faut bien juger ce qu'on a sous les yeux. Je mets 1/6 et pas 0/6 car la scène entre Ascaride et le garçon de café atteint des sommets de ridicule involontaire…Quand un film filme non seulement touche le fonds mais descends encore plus profond pour redéfinir un nouveau seuil de nullité omnisciente, je ne sais pas si je dois pleurer ou applaudir des deux mains…


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De Impétueux, le 15 février 2012 à 19:57
Note du film : 4/6

Aïe, aïe, aïe ! Moi qui aime beaucoup Guédiguian (malgré ? ou à cause ?) de ses positions politiques et qui me délecte de vous commenter, dès que j'aurai une minute à moi, les 14 films qu'il me reste à découvrir du gros coffret reçu à Noël (j'ai déjà écrit sur Le promeneur du Champ de Mars, atypique), aïe, aïe, aïe, donc… voilà une attaque en règle qui m'inquiète…

Cela dit, mon coffret s'arrête à Lady Jane, antérieur à ces Neiges,… que vous ne donnez donc guère envie de découvrir…


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De Impétueux, le 18 décembre 2012 à 17:29
Note du film : 4/6

Prévenu par le coup de furie de Steeve McQueen, et ce message suffisamment intelligent dans son outrance volontaire pour qu'on y attache du prix, je n'ai pas acheté Les neiges du Kilimandjaro pour compléter le gros coffret Guédiguian (15 titres) dont j'ai, au cours de l'année passée chroniqué 9 films, dans l'ordre chronologique de réalisation, à la seule notable exception du Promeneur du Champ de Mars, qui se situait hors de l'habituelle atmosphère de Marseille. Mais Les neiges sont passées il y a peu sur Canal+ ; il m'aurait paru absurde de ne pas regarder.

Une fois que j'ai écrit ça, qui est d'un intérêt bien relatif, qu'est-ce que je pense de ce dernier opus ? Eh bien sûrement pas du mal ; même si ça peut ne pas passer pour un des meilleurs films d'un metteur en scène vraiment très intéressant. Je trouve que les acteurs-phares, les personnages majeurs de l'imaginaire de Guédiguian prennent, au fil des ans, de plus en plus d'humanité et de densité : il ne me lasse pas du tout de retrouver depuis longtemps Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan (et quelques autres) et de les voir évoluer, vieillir, se buriner mais aussi prendre avec le spectateur la connivence qu'on ressent entre vieux amis.

Il y a toujours aussi cette tristesse des aspirations sociales et politiques enfuies mais, parallèlement, la petite lueur de courage, la petite espérance toute tiède, toute douce dans la famille, l'amitié, la générosité. Dans ma découverte, je me suis, pour l'instant, arrêté à À la place du cœur, qui date tout de même de 1998, alors que Les neiges sont sorties à la fin de 2011. Est-ce que la situation a beaucoup évolué depuis lors ? Sans doute pas… Fermeture des usines, plans de licenciement, chômage structurel, délinquance, absence d'avenir perceptible… et, parallèlement, égoïsme, repli sur soi ou, pire, sauve-qui-peut et chacun pour soi.

Tout ce qui, dans le film, couvre ces deux aspects – l'éparpillement sociétal/la chaleur des cellules de repli – est aussi réussi qu'à l'habitude et peut-être même davantage, grâce à d'autres personnages et acteurs de qualité (Maryline Canto – Denise, la sœur de Marie-Claire – Ariane Ascaride – Julie-Marie Parmentier, la jeune voisine). Mais Guédiguian, à mon sens, se fourvoie en construisant une intrigue niaise et doucereuse.

Avant que le générique final ne survienne et le confirme, je m'étais dit que l'avalanche des bons sentiments m'évoquait irrésistiblement le cri du cœur mélodramatique de la femme du pêcheur qui, dans le poème des Pauvres gens de Victor Hugo a furtivement accueilli les enfants orphelins de sa voisine morte, alors que son propre foyer ne roule pas sur l'or. Son pauvre mari rentre harassé d'une longue course en mer, elle lui apprend la mauvaise nouvelle, sans trop oser rien dire ; et le brave homme de se gratter la tête, mais de dire :

Quand il verra qu'il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l'eau, je ferai double tâche,
C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? Ça te fâche ?
D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.

Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà !

Ce dernier vers a bien fait pleurer d'émotion, tant dans les chaumières que dans les châteaux. Mais bâtir un film et toute son intrigue pour pouvoir en utiliser l'esprit n'était pas forcément une bonne idée. Et, de fait, c'est plutôt acrobatique, alors que le sujet de l'embourgeoisement (relatif !) des syndicalistes en pré-retraite confronté à la désespérance absolue de la jeunesse était plus grave et plus profond.


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De Tamatoa, le 23 mai 2014 à 21:48
Note du film : 1/6

Je n'avais lu que votre avis, Impétueux, avant que de voir ce film hier au soir. Et je n'avais pas fait attention que stève Mcqueen en avait écrit un autre. Et tant mieux ! Car après visionnage, je me suis demandé ce qu'il vous arrivait. Et j'ai pensé que nous n'avions pas vu le même film. Heureusement, l'homme à la Winchester à canon scié m'a pleinement rassuré sur la qualité (!) de mon jugement. Ce film est à vomir ! Cette barbe à papa outrageusement sucrée, à la morale lamentable, détient tous les records de mièvrerie gluante. J'ai vraiment souffert. Si les acteurs n'ont rien à se reprocher, Darroussin n'a plus rien à prouver, cette apologie de la bonne conscience indispose puissance mille. Ah ! les braves gens ! Hugo s'est trompé de titre. Il n'a rien compris. J'attendais de voir apparaître Joséphine, ange gardien , la larme en bandoulière. Le prolétariat et ses combats incessants, d'accord, Jaurès tant que vous voudrez, et si ce film reste une chronique sociale bien sentie, pourquoi la noyer dans cette guimauve nauséabonde ? C'est un truc à faire grimper le FN au zénith ! La compréhension, le pardon sont choses nobles, mais le mieux est l'ennemi du bien . Bien que je retrouve là la pensée du chrétien que vous êtes. Vous hésitez clairement entre le fouet et le pardon. (doucereux… et vous réfugiez vite dans la poésie de Hugo ). Et je pense que la foi inébranlable qui est en vous n'est pas pour rien dans votre jugement si peu outré. Mais quand même : tu rentres chez moi, me tabasses, me voles, mais ne t'inquiète pas je m'occupe de tout. Et tu reviens quand tu veux ! La réflexion profonde sur la façon d'appréhender la vie n'appartient pas qu'aux intellectuels, certes, mais si elle doit se présenter sous cette forme niaise chez les prolos, Ils ne sont pas sorti de l'auberge ! Navrant ! Désolant de la part de Robert Guédiguian qu'on a connu plus près d'un peuple qui ne s'en laissait pas compter ! Et puis, où est donc passé cet Écclésiaste qui affirmait que Dieu vomit les tièdes ?


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De Impétueux, le 23 mai 2014 à 23:37
Note du film : 4/6

Je veux bien admettre que ma note est surévaluée, parce que je suis le seul, ici, depuis toujours, à défendre le cinéma de Robert Guédiguian, dont l'engagement est pourtant aux antipodes de mes propres positions politiques, parce que je crois reconnaître en lui un chercheur et un homme qui court après l'ombre de la Révolution, le mot que je vomis le plus dans tout le vocabulaire français, mais qui le fait avec une sorte de naïveté triste et nullement antipathique.

Qu'est-ce qui me reste du film, si ce n'est, précisément, le désespoir du réalisateur de voir saccagée l'espérance révolutionnaire en quoi il croyait tant et de se réfugier devant les vraies richesses, celles de la famille et des amitiés ?

Encore un petit pas vers la Nation, notre vraie communauté, Guédiguian, et vous aurez réintégré le monde du possible…


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De vincentp, le 30 mai 2014 à 01:11

C'est le problème des artistes (comme Almodovar actuellement) qui peuvent avoir à un moment du mal à se renouveler. La solution est peut-être de changer soit le cadre géographique, soit quelques contributeurs (acteurs ou scénaristes). Cela fait un moment que Guédigian tourne à Marseille avec Ascaride et Daroussin. Depuis 1991, rendez-vous compte…


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De Tamatoa, le 30 mai 2014 à 15:32
Note du film : 1/6

Cela fait un moment que Guédigian tourne à Marseille avec Ascaride et Daroussin. Depuis 1991, rendez-vous compte…

Pagnol n'a pas rencontré ce problème, tournant dans les mêmes lieux avec les éternels même acteurs… Et si c'était juste une question de talent ? Le génie s'épuise chez les uns, pas chez les autres..


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De vincentp, le 30 mai 2014 à 15:43

Je ne peux pas parler sérieusement de Guédigian, n'ayant du voir de lui que Marius et Jeannette. Mais je pense d'une façon générale qu'il ne faut pas rester toujours dans les mêmes schémas, et qu'il faut essayer de se renouveler, quitte à commettre des erreurs ou à rencontrer des semi-réussites.


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De Impétueux, le 30 mai 2014 à 22:48
Note du film : 4/6

Je crois que c'est moins le maintien dans les lieux et les artistes que la lassitude et l'épuisement des thèmes qui fait la qualité ou non.

Grand amateur de Robert Guédiguian (je crois avoir tout vu et tout commenté, sauf L'armée du crime (située, d'ailleurs, hors du champ clos marseillais), je ne mets pas sur le même plan un cinéaste aussi majeur que Pagnol et un cinéaste aussi intéressant que Guédiguian qui me touche pour plusieurs raisons tout à fait personnelles…

Le meilleur, à mes yeux, c'est La ville est tranquille, mais il faut avoir du goût pour Marseille, la décomposition des villes et de la politique, la fin de l'espérance communiste, l'amertume…. Toutes choses qu'on peut ne pas apprécier…


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