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Sujet : Thème sublime à peine effleuré...


De Christopher Brandon, le 24 février 2003 à 00:00

« 2003, L'Odyssée de Soderbergh ». Autant avertir l'internaute cinéphile en recherche perpétuelle de références, Solaris est avant tout un hommage proclamé à la science-fiction d'avant La Guerre des Etoiles, c'est-à-dire en première ligne à 2001, L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. C'est particulièrement sensible dans l'esthétique générale du film, que ce soient les costumes ou les décors, mais aussi (voire surtout) dans la puissance du propos tenu. Soderbergh ne se prend heureusement pas pour son illustre aîné barbu, et trace son propre sillon. Ici, pas d'ordinateur mégalomane ni de mystérieux monolithe noir. Mais une planète fascinante et incandescente, dont la présence à la fois proche et distante imprègne le film sur toute sa longueur.

De mauvaise humeur, on pourrait dire que le film est lent et long (bien qu'il ne dure qu'une heure et demie !), que la musique endort et que c'est n'importe quoi. A l'inverse, on peut aussi dire que c'est sans doute l'un des plus beaux films de ce début d'année. Tout l'enjeu tient dans la capacité du spectateur à se laisser entraîner vers des contrées inattendues. Il n'est pas question dans Solaris de bien ou de mal, ni de méchant alien humanoïde, ni de délire paranoïaque. Il s'agit d'autre chose de bien plus profond et intime.

Robert Zemeckis avait effleuré l'idée d'une intelligence créative universelle dans son film Contact, mais n'était pas allé au bout de son propos, sans doute bridé par la nécessité de rendre le film rentable. Soderbergh, sûr de son histoire, n'a lui aucune hésitation. Il fait confiance à ses acteurs pour porter l'émotion (avec une excellente note à chacun, George Clooney en tête) et s'appuie sur une musique fantastique qui renforce d'autant la tension froide de son film.

En définitive, Solaris est une oeuvre majeure, clairement rétro, qui déroute précisément parce qu'elle nous emmène là où on ne l'attend pas, ce qui en dit long sur notre formatage collectif face à un film de science-fiction. Saluons enfin la démarche de Clooney et de Soderbergh qui, depuis quelques films produits ou tournés, ouvrent la voie à un cinéma américain plus créatif, moins dépendant de la propagande pro-américaine de ces derniers temps. Y'a pas à dire, un peu de fraîcheur, ça fait du bien !


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De milim4, le 26 mars 2003 à 02:49

J'ai eu du mal à comprendre le film, qui est, il faut le dire, très bizarre !


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De Jicop, le 26 mars 2003 à 08:36

Soderbergh est le réalisateur le plus surestimé d'Hollywood. Parce qu'il a à peu près réussi "Hors d'atteinte", il est entré dans la cour des grands où il n'a rien à faire. "Ocean's eleven", creux et chichiteux, "Full frontal", n'en parlons pas, "Erin Brockovich" un (bon) téléfilm, "L'Anglais" un vague polar recréé au montage et "Solaris" qui prétend améliorer l'original. J'avoue ne pas comprendre l'engouement sur ce type, dont tous les films sont longs, ennuyeux, bourrés d'artifices façon sixties. Peut-être qu'un de ses fans pourrait m'éclairer…


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De Moonfleet, le 26 mars 2003 à 08:45

Désormais une référence en matière de science-fiction, une magnifique histoire d'amour, un film intelligent, sensuel et remarquablement maitrisé. Un très grand film et un futur classique !


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De Crego, le 18 juillet 2003 à 08:55
Note du film : 2/6

Soderbergh a toujours eu d'excellentes intentions, mais pas forcément le talent pour aller avec. Ses films sont bâclés, torchés, mal finis, le montage est systématiquement chichiteux, les effets inutiles. "Solaris" bénéficie d'un thème sublime, à peine effleuré ici : les personnages errent sans but, radotent (la pauvre McElhone répète le même dialogue à chacune de ses apparitions) et le scénario s'écroule au second tiers. C'est rageant ! Soderbergh tourne trop, trop vite, devrait fignoler ses sujets avant de les tourner et de livrer des films creux ("Ocean's eleven"), pas finis ("Solaris") ou bêtement complaisants ("Full frontal").


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De Gaulhenrix, le 2 mai 2007 à 11:06
Note du film : 5/6

Je partage tout à fait l'avis de Moonfleet.

Il est probable que certains, rebutés par sa lenteur, son univers réduit à quelques personnages et son récit à la fois simple et complexe, n'adhèreront pas au film, ce qui serait regrettable tant le projet est ambitieux et réussi. En revanche, d'autres seront sensibles, voire fascinés par un film envoûtant grâce à un scénario en forme d'énigme, à une réalisation allusive et poétique, à des images féeriques et à une musique lancinante.

NB : Le commentaire audio, qui figure dans les Suppléments du DVD, conduit conjointement par James Cameron (initiateur et producteur du film) et Steven Soderbergh (réalisateur) nous apprend que le film proposé en salles et en DVD est l'une des deux versions existantes que Soderbergh lui-même a choisi de commercialiser. On peut légitimement se demander si cette seconde version ne sera pas éditée un jour… selon la déplorable habitude – commerciale – prise par les éditeurs de multiplier les versions !


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De Arca1943, le 2 mai 2007 à 11:54
Note du film : 3/6

N'empêche que le budget des effets spéciaux, comme dans la version de Tarkovski (mais qui a l'excellente excuse de dater de 1972), est vraiment trop réduit.

Bon sang, on ne voit pas monter la moindre symétriade, la moindre asymétriade à la surface de Solaris ! Il n'y a même pas un petit bulletin télé (expédient narratif qui en vaut un autre) pour nous faire un topo sur le fait que la station orbitale, après avoir connu ses heures de gloire 80 ans plus tôt, est sur le point d'être abandonnée : car après avoir engouffré des milliards et des milliards dans la solaristique, qui a passionné les scientifiques de toutes les disciplines pendant un siècle et demi, l'Homme a fini par se décourager : il n'a toujours rien compris à Solaris, ne sait toujours pas si cette immense planète entièrement liquide est "vivante" ou non, si c'est ou non grâce à une "volonté" qu'elle orbite gracieusement entre deux soleils alors que d'après les lois de la physique elle devrait s'y être abimée depuis longtemps, ni bien sûr ce qui se passe quand une symétriade commence à se constituer à la surface de la planète et monte à plusieurs kilomètres de hauteur avant de s'effondrer tragiquement; ni pourquoi les lois de la physique sont respectées dans une symétriade et déjouées dans une asymétriade.

Quand le psychologue Kelvin est envoyé sur la station orbitale, au début du récit, c'est la fin des haricots : les quelques rares scientifiques qui restent encore sur place sont aux prises avec un problème effroyable d'apparitions (prises pour des hallucinations) qu'ils cachent aux autorités car il savent bien que si ça s'apprend, la station sera purement et simplement fermée et ce sera la fin de la solaristique. Or, ces apparitions – et plus tard l'apparition de Harey, ou plutôt de la reconstitution subatomique de Harey à partir des souvenirs de Kelvin, qui est obsédé par le suicide de son ex-femme – sont enfin un signe concret, palpable, après 150 ans, que quelque chose se passe; une avancée décisive, susceptible de révolutionner la science. Sauf que voilà, ultime ironie: cette avancée est à sens unique, c'est Solaris qui vient de faire un pas de géant dans sa compréhension de l'Homme, tandis que l'Homme est toujours comme deux ronds de flan face à cette manifestation d'altérité si "autre" qu'elle lui échappe.

Dans cette version édulcorée, "l'arrivée" de Harey sur la station perd presque toute saveur, elle devient banale. Et le point crucial du récit, lorsque Harey finit par se rendre compte avec désespoir qu'elle n'est pas vraiment Harey, mais une construction de la planète Solaris, est escamoté, en tout cas perd énormément de sa force initiale : alors que c'est un des moments les plus hallucinants de l'histoire de la science-fiction.

Croyez-moi, cher Gaulhenrix, lisez ce roman de Stanislaw Lem, qui est au positivisme ce que Deliverance est au retour à la nature. Quand je vois ce film de Soderberg, je me demande vraiment pourquoi il l'a appelé Solaris, et surtout pourquoi il réduit la planète titre à une espèce de grosse boule de Noël. Et je constate surtout que la vitriolique remise en cause du naïf optimisme scientiste par un scientifique – ce qu'était aussi Stanislaw Lem, cybernéticien, astronome et biologiste – reste un sujet tabou non seulement dans l'URSS de 1972, mais aussi aux USA en 2002.

Quant à moi, j'attends avec impatience la troisième version cinématographique de ce célèbre classique (et célèbre pas seulement dans les pays de l'Est, soit dit en passant). Qui sait, ce sera peut-être la bonne !


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De Gaulhenrix, le 2 mai 2007 à 13:52
Note du film : 5/6

Saluons le retour d'un Arca1943 en pleine forme…

Pour ce qui est de Soderbergh, j'imagine que, s'il a nommé ainsi son film, c'est pour rendre un double hommage au roman de Lem et au film de Tarkovsky qui l'ont, à l'évidence, inspiré. Sans doute a-t-il voulu en proposer une vision personnelle.

S'agissant du roman, ou du film de Tarkovsky, si je ne puis faire le moindre commentaire, votre point de vue donne envie de les connaître.


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De Impétueux, le 4 octobre 2014 à 23:06
Note du film : 1/6

Je n'ai aucun souvenir du roman originel de Stanislaw Lem, pourtant lu au moment où je dévorais avec acharnement de la science-fiction et qui est encore dans ma bibliothèque ; cet appétit féroce a dû me le faire avaler trop vite, afin que je puisse passer à un autre bouquin de la pile, Robert Silverberg, J.G. Ballard ou Philip-José Farmer. La façon dont Arca en parle me donne envie de m'y replonger, ce qui me permettrait peut-être d'effacer la piètre impression que Soderbergh vient de me donner de Solaris. (Je précise évidemment que je n'ai pas vu la version de Andrei Tarkovsky sûrement plus ambitieuse mais, à ce que j'en lis, tout autant infidèle au livre).

Donc Solaris de Soderbergh, vu tout à l'heure. Je précise d'emblée que ce n'est pas le récent mariage de George Clooney qui m'a incité de glisser le DVD dans mon lecteur, mais l'envie de voir un peu de spatial. Et sur ce point, je n'ai pas trop été déçu : ça m'a fait songer à une imitation fauchée et sans inventivité aucune de 2001 ; mais comme je sais que Kubrick est inimitable et inatteignable, je me suis dit que l'hommage qui lui était rendu dans cette sorte d'humble copie n'était pas antipathique. Pourtant la copie devient, à la fin, bien trop insistante et s'apparente au pastiche, aux moments où Chris Kelvin (Clooney, donc), emmailloté dans son scaphandre et filmé comme l'est Dave (Keir Dullea) se retrouve nez à nez avec un enfant, ce qui fait naturellement penser à la régression fœtale du film de Kubrick.

Puis j'ai trouvé assez belles les images de la planète Solaris que l'on aperçoit par les hublots de la station spatiale, une sorte de bouillonnement irisé ; comme la modestie n'est pas mon fort et que je ne déteste pas exhiber mes références littéraires, j'ai songé à cette belle phrase d'André Gide, dans Le voyage d'Urien : Des éclairs silencieux palpitent au bord du ciel.

Il me semble avoir dit tout le bien, très mitigé, qu'on peut penser de ce pensum lourd, lent (malgré une durée honnête d'à peine plus d'une heure et demie), prétentieux, mélodramatique, larmoyant, répétitif et d'une terrifiante vacuité.

À ce que j'en lis, les intentions de Lem étaient très au delà de ce que Soderbergh a tourné et celui-ci n'a pas même essayé de balbutier quoi que ce soit sur le sujet proposé qui est, comme nous le dit clairement Arca, la défaite de la science devant ce qui la dépasse. Mais, même en effleurant d'assez loin l'ambitieuse vision de Lem, sans doute difficile à adapter à l'écran, Soderbergh avait sûrement matière, sur une trame vague, de poser quelques questions. Et rien du tout. C'est impalpable, alors que ça devrait être profond, superficiel et chichiteux alors que ça devrait être grave et élégant.

Qui incriminer, sinon Soderbergh ? Clooney fait honnêtement le petit boulot qui lui est demandé et sa partenaire Rheya (Natascha McElhone), malgré un nez trop long, n'est pas plus mauvaise qu'une autre. Mais enfin, sauf talent exceptionnel, le cinéma, c'est d'abord une histoire ; puis une histoire ; et enfin une histoire…


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De DelaNuit, le 8 octobre 2014 à 20:03
Note du film : 5/6

De mon côté j'ai bien aimé ce Solaris même s'il n'est certes pas fidèle au roman de Stanislas Lem (que j'avais aimé aussi par ailleurs). Après tout, un réalisateur peut s'inspirer du thème d'un livre et l'adapter à sa manière. J'y ai vu – et je ne suis pas le seul – une variation originale sur le thème d'Orphée pénétrant dans l'autre monde pour y retrouver l'ombre d'Eurydice…

J'en retiens aussi les paroles du professeur Gibarrian : "Il n'y a pas de réponses, il n'y a que des choix…" qui conviennent tout à fait à mon fonctionnement qui est de préférer la responsabilité de ses actes plutôt que l'adhésion bornée à des dogmes.

Et puis bien sûr le poème de Dylan Thomas : …"Les amants se perdront mais l'amour restera, et la mort n'aura pas d'empire."

Cela ne fait pas de ce film un chef d'oeuvre mais il me parle assez ainsi pour ne pas être vide ou vain.


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