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Forum : Le Plus sauvage d'entre tous

Sujet : Critique


De Dumbledore, le 1er juillet 2004 à 09:34
Note du film : 6/6

Par bien des aspects, le film de Martin Ritt est en avance sur son époque, présageant presque dix ans en avance du virage qu'effectuera le western. Ce virage s'opère avec la mutation de la société américaine, de la jeunesse essentiellement, à travers à la fois la libération sexuelle et la révolte contre la guerre du Viet-Nam. La société américaine n'est plus sûre de ses valeurs basées essentiellement sur la famille et sur le sens de la propriétaire (terrienne surtout). Le début des années 70 incarne un trouble identitaire fort et le western qui est le genre qui incarne le mieux ces valeurs patriotiques qui prennent alors un sérieux coup dans l'aile. La disparition du western dans les années 70 laissent des ovnis cinématographiques comme La horde sauvage de Sam Peckinpah ou bien encore John Mac Cabe de Robert Altman, westerns crépusculaire. Cette mutation se voit surtout dans la télévision où le western, genre dominant des fictions, disparaît au début des années 70 avec deux exception : le western "hippie" Kung Fu qui développe d'autres références morales, et Bonanza car il incarne depuis plusieurs d'années un schéma rassurant pour la société américaine : une famille dans laquelle le père est écouté, compris par ses fils, fils sur lesquels il a toute autorité.
Evidemment l'inverse de ce qu'on a dans les réalités des années 70.

Le plus sauvage d'entre tous est un anti-Bonanza. On retrouve le principe de famille centrée autour d'un ranch. Seulement ici, le père n'a plus d'autorité sur ses enfants, surtout sur Hud (personnage violent, séducteur, sans morale, etc). Le film se situe également dans l'époque contemporaine et non plus dans un western mythique de conquête. Les chevaux ici côtoient les cadillac et le film couvre une période de mutation entre l'ancien-ouest axé sur la figure paternelle et l'élevage pour s'ouvrir ( sans doute) sur la fin de l'élevage et le début d'une exploitation pétrolifère de la terre. On est loin des films de John Ford !!

Mais c'est surtout la confrontation de génération qui est au centre du film, via le portrait de Hud/Paul Newman. Le sujet n'est pas nouveau. A l'est d'Eden et Giant sont passés par là, mais le point de vue est ici fort différent. La vérité n'est donnée ni au grand-père ni à son fils, ni au petits-fils (qui se situe entre les deux). Le film ne se soucie pas de défendre une thèse – ni celle de la jeunesse ni celle du conservatisme parental. Le film traite tout simplement d'un conflit de génération, thème paradoxalement très peu abordé dans le cinéma hollywoodien. Les deux camps ont des raisons et des torts, mais ceux-ci sont finalement secondaires par rapport au fait que Hud et le Grand-père sont tout simplement, constitutivement pourrait-on dire, opposés. L'opposition semble première et dès lors ne peut pas être surmontée par la rationalité. D'ailleurs aucune explication satisfaisante n'est donnée à leur opposition. C'est ainsi et c'est tout.

Le film d'une maîtrise de mise en scène impressionnante couvre cette période de la succession et raconte sous la forme distendue de la chronique comment cette succession se passe : sans construction véritable. Martin Ritt utilise dans ce film le scope d'une façon formidable, jouant sur le décentrement qui permet à chaque changement d'axe de rendre les personnages fragiles, proches de la chute. Le noir et blanc convient également parfaitement au film, permettant de jouer sur l'opposition sombre et lumineux.. Une scène sort également du lot et qui laisse préfigurer Sam Peckinpah : la scène d'abattage des vaches. Très forte et très violente…


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De jipi, le 26 avril 2009 à 13:19
Note du film : 5/6

Quel rustre que ce Hud encornant les maris, carburant à la décapotable dans des immensités vides et poussiéreuses garnies par quelques têtes de bétails malades.

Un instinct de propriété continuellement inassouvi s'exprime dans une violence irrespectueuse envers hommes et femmes utilisés comme un consommable d'apaisement.

Hud ne peut canaliser des comportements outranciers générés par la faute. Idole d'un jeune frère en construction apprenant la rudesse d'un traitement équilibré par un amour adolescent envers une servante convoitée comme une bière il ne peut qu'assombrir une nature fragile n'ayant qu'un seul modèle.

Des psychologies tourmentées ou en élaborations s'expriment dans une nature sans vallons. Un plat traumatisant qu'il faut combler par des excentricités calmant un ennui de terroir rythmé principalement par la dépendance quotidienne envers les bêtes.

Ces longues rues tristes accablées de soleil où apparaît de temps en temps une âme au débit limité font de ce trou du cul du monde un site ne fonctionnant qu'à l'aide de quelques procédures sommaires que l'éternité semble conforter.

« Le plus sauvage d'entre tous » est remarquable, sobre adapté parfaitement à un noir et blanc mettant parfaitement en valeur quelques impacts matériels et caractériels humains dans un espace silencieux filmé parfois de haut ou l'homme n'est plus qu'un grain de sable torturé.

Paul Mewman clone de Marlon Brando semble être la projection de la violence de l'écorché vif Stanley Kowalski héros d'un Tramway nommé désir dans un monde rural éloigné de tout.

Son interêt envers les autres ne s'exprime que par un rudoiement extrème implorant caresses et affections. Un sentimental refoulé doté d'une armure ne pouvant exprimer ses besoins que par des maladresses répétées .


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De sophie75, le 26 avril 2009 à 19:08

Jipi, si les maris sont cornus comme Belzébuth en raison de la virilité débordante de Paul Newman, je ne pense pas qu'ils fussent encornés et donc blessés par une des bêtes à cornes ;-)

Toutes plaisanteries mises à part, je partage assez votre avis sur ce film aux deux oscars où l'animalité de Paul Newman suinte par tous les pores de sa peau. De ce western âpre, je me souviens surtout la scène de l'abattage du cheptel entier en raison d'une maladie bovine, je ne souviens plus laquelle. Cette scène était criante de vérité et n'était pas sans rappeler les pandémies bovines ou ovines telles "la maladie de la vache folle" (ou encéphalopathie spongiforme bovine) ou encore la tremblante du mouton (ou scrapie) qui ont dépeuplé les herbages de certaines régions européennes et plongé les éleveurs concernés dans la détresse. Mais, je m'égare car aux dernières nouvelles, nous ne sommes pas sur un site agricole !


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De jack andrus, le 6 mai 2012 à 22:24

Merci pour cette belle analyse, qui est, disons le franchement, meilleure que le film évoqué !

HUD est riche, certes, mais trop souvent, il l'est de ses potentialités, plus de ce que l'on voit vraiment à l'écran. Les qualités réelles du scénario sont gâchées parfois par un certaine lourdeur, un symbolisme surligné (trois personnages masculins, trois âges, trois positions au regard de l'évolution de cette Amérique profonde post-western).

Mais que de beautés pourtant : composition de l'image et utilisation du scope noir et blanc, magnifique travail du chef-op' James Wong Howe, musique minimaliste du grand Elmer Bernstein (simple thème à la guitare sèche); et quels interprètes !! Newman, certes toujours maniéré mais efficace (ravages de l'Actor's Studio!); et surtout les autres, le patriarche Melvyn Douglas, et deux grands, très grands : Patricia Neal et Brandon De Wilde. Elle est bouleversante en Alma, véritable 'âme' du film, seul personnage féminin auquel elle donne un relief saisissant. Difficile d'oublier la tentative de viol par Newman, et le moment où elle s'en va. Enfin Brandon De Wilde, acteur météore mort accidentellement comme James Dean, et qui mériterait un réhabilitation : il dame le pion à Newman, et joue d'égal à égal avec Douglas et Neal, donnant à son personnage mystère et détermination. Il a été formidable aussi dans PREMIERE VICTOIRE de Preminger, où il était le fils de John Wayne.

Bref, le bilan de HUD est malgré tout largement positif. Et il ne faut pas oublier le nom de deux scénaristes, Irving Ravetch et Harriet Frank, collaborateurs réguliers de Martin Ritt, cinéaste inégal mais toujours attachant.


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