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Sujet : Une pure merveille !


De Arca1943, le 15 juin 2004 à 02:07
Note du film : 6/6

Avec une perspicacité qui les honore, ceux qui ont déjà lu mes quelques messages sur ce site ont déjà deviné que je vote des deux mains pour cette réédition essentielle !

Un des chefs-d’œuvre du genre, qui mêle à la perfection les ingrédients de la célèbre recette : à la fois comique et désespéré, grinçant et tendre, italianissime et universel. Le « monstre » que Vittorio Gassman ajoute à sa galerie déjà copieuse est parfaitement al dente : l'exagération grotesque des traits moraux du personnage – exigence de base de la comédie satirique – ne masque jamais la foncìère vraisemblance humaine du capitaine Fausto, au contraire, elle la renforce et la nourrit. Grâce à l'expertise du scénariste Ruggero Maccari – qui à ce moment-là a déjà trente ans de comédie derrière la cravate – les blagues jaillissent des situations avec un à-propos et un naturel confondants; tout comme les punchs tragiques. Dino Risi imprime au tout un rythme d'une rare fluidité, où tout s'enchaîne sans faille. Même quand le film vire au drame, le tempo continue d'être typique d'une farce – d'où, je crois, le charme puissant de ce Parfum de femme.

Parlant de blagues et de farces, je ne peux résister à l'envie d'en raconter une. Alors, Fausto (Vittorio Gassman), capitaine de l'armée qu'une explosion a rendu aveugle plusieurs années auparavant, est dans le train avec son jeune ordonnance (Alessandro Momo) – lequel n'en revient toujours pas de cette étrange assignation. On est encore en gare et il y a du va-et-vient sur le quai. Gassman ouvre la fenêtre du compartiment, par laquelle il crache – et se retourne vers le jeune homme interloqué en lançant :

« Alors, y avait quelqu'un? »

Et il éclate de son grand rire inoubliable. Un personnage détestable, mais tellement cool !

Le complément naturel du célèbre Fanfaron, autre Gassman/Risi du tonnerre de Brest, sorti tout récemment en DVD… Eux-mêmes complétés par le très tardif et très bon Valse d'amour (1990), disponible en DVD lui aussi. Lorsque Parfum de femme sera en DVD à son tour, ça fera vraiment une belle trilogie à avoir chez soi : trois films où le prolifique team satirique fait de l'âme humaine sa cible principale – tout en continuant, bien entendu, à fustiger/dépeindre, avec une causticité acérée, les moeurs, l'époque, la société, le monde…

Arca1943


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De Impétueux, le 6 février 2005 à 20:47
Note du film : 5/6

Pas une virgule à ajouter, naturellement !

Parfum de femme est un joyau !


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De JBSOA, le 7 février 2005 à 13:30
Note du film : 6/6

Effectivement, un joyau pur de la comédie italienne ! Mieux que LELOUCH n'est-ce-pas???  ;-) ….. Mais non, ne vous énervez pas… c'était juste pour vouss taquiner un peu !  ;-)


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De Impétueux, le 7 février 2005 à 17:40
Note du film : 5/6

Il y a longtemps que, malgré mon pseudonyme, je ne m'énerve plus sur les subjectivités et goûts de chacun…Plaît ce qui plaît, et l'essentiel est que chacun soit content !

Cela étant, je doute que, même dans ses rêves les plus fous, Lelouch ait jamais rêvé d'arriver à la cheville de Dino Risi

Quoique…à la réflexion… si, il a dû rêver….


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De amoureux, le 15 février 2005 à 14:57

Je ne m explique pas la non-parution de ce film en DVD. Film que je considere comme un chef d oeuvre

fiLm s attachant a nous depeindre une italie a la fois encree dans ses traditions et aussi une italie parfois costique , boiteuse , mais toujours aussi savoureuse . Mais au dela de la qualite du film je pense que le dvd se doir d etre pour nous permettre d apprecier l une des pus grandes composition qui soit .Vittorio Gassman atteind dans ce film les sommets il laisse transpirer dans cet etre odieux une grande sensibilite rempli d une melancolie ennivrante rarement il m a ete donne de voir un acteur autant emouvant . Les dialogues sont aussi beaux, colores que precis la musique subblime donne le tempo d une facon affolante le tout agremente par la beaute divine de la madonne Agostina Belli qui de sa jeunesse a jamais nous laisse son PARFUM


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De Freddie D., le 14 septembre 2005 à 10:08
Note du film : 5/6

Au génie incontestable de Gassman dans Le fanfaron, je tiens à mentionner l'exceptionnel support qu'il trouve en Trintignant, qui joue les "clowns blancs" avec toute la profondeur dont il est capable. Rien que la séquence où Gassman séduit éhontément l'amour de jeunesse de son passager montre bien que ce film est plus un tandem qu'un one man show. Mais je vous rejoins aussi : c'est bien le meilleur rôle de Gassman.


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De Arca1943, le 14 septembre 2005 à 13:22
Note du film : 6/6

Un choix déchirant ! La difficulté vient de ce que Le Pigeon et Le Fanfaron sont deux "têtes de pont" du genre qui marquent pour ainsi dire les deux pôles entre lesquels oscillera continuellement le personnage comique de Gassman et ses nombreuses variations tout au long de l'aventure, jusqu'à L'Oncle indigne et Valse d'amour.

Je vais m'en tirer en proposant comme performance de sa vie un troisième titre où le génie comique de Vittorio Gassman explose littéralement dans la création d'un authentique Paillasse, une apogée de l'art clownesque au grand écran : L'Armée Brancaleone.

Mais pour en revenir à Parfum de femme, voici une image qui me semble particulièrement évocatrice de la Risi touch, avec sa cruauté désinvolte et pourtant pathétique :


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De vincentp, le 2 juillet 2006 à 00:34
Note du film : 6/6

Risi est un grand maître dans l'art de dresser le portrait de son pays à différents périodes, mais aussi et surtout celui de personnages masculins et féminins, à la personnalité complexe (le "taiseux", "le bavard", "la beauté") dotés d'une force de caractère apparente mais en réalité fragiles, et dont l'existence peut basculer dans le drame… Et comme on a appris au préalable à les connaître, et à découvrir leur humanité, ceci n'en est que plus émouvant… Et il y a aussi le jeu des regards des individus (particulièrement dans ce film) qui communiquent entre eux de façon muette, et bien d'autres choses encore (citons un regard caustique sur le "jeu social" : les prostituées jouent leur rôle, comme les ecclésiastiques jouent le leur) qui font l'originalité et la richesse de l'univers de cet auteur.

Un visionnage en rafale des films de Risi, avec la rétro de la cinémathèque française, permet de remarquer tout cela…


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De Impétueux, le 20 août 2012 à 11:15
Note du film : 5/6

Il est bien dommage que Dino Risi ait cédé à une sorte de logique du récit, qui appelle inéluctablement une conclusion et que, en plus, cette conclusion soit un happy end que tout le reste du film rejetait…

Bien dommage, parce que, sinon, Parfum de femme ne serait pas loin de la totale réussite. Sans doute pas du niveau du chef-d'œuvre, comme Le Fanfaron, insurpassable, mais vraiment très très bien. Alors que la dernière demi-heure, l'établissement à Naples, les gloussements des tourbillonnantes péronnelles, les relations mal fixées qui existent entre le capitaine Fausto (Vittorio Gassman) et le lieutenant Vincenzo (Torindo Bernardi), l'amour singulier voué par Sara (Agostina Belli) au Capitaine et la trop gentille issue consensuelle de leur histoire ne sont pas du meilleur Risi.

Heureusement, la première heure du film est une pure merveille, grinçante, tendre, intelligente et pathétique. Et comme toujours dans la comédie italienne, on est emmené sur une fausse piste ce qui, lorsque le réalisateur commence à mettre les points sur les I, déstabilise complètement. Ainsi la morgue, l'élégance, la rigidité d'apparence du capitaine Fausto s'amenuisent-elles en fine pellicule superficielle au fur et à mesure que le voyage progresse et que l'image qu'il donne à son ordonnance Ciccio (Alessandro Momo) s'effeuille et se révèle en failles. Scène triste de la sortie de la boîte de nuit romaine où l'entraîneuse monte dans la voiture de son marlou tandis que Ciccio fait croire au Capitaine que c'est lui qui s'éclipse.

L'acmé du film, sa scène la plus grave est celle qui se passe sur la terrasse de ce curieux hôtel ecclésiastique de Rome où le capitaine a une brève conversation grave avec son cousin prêtre sur la nature du Mal (et, indirectement sur les insaisissables desseins de Dieu) ; le cousin, Don Carlo, c'est Vernon Dobtcheff au si curieux et intéressant visage que j'étais certain de l'avoir vu dans beaucoup de films ; et pourtant une exploration approfondie de sa très nombreuse filmographie n'en a laissé surnager que deux ou trois où je me le rappelle : Les Mariés de l'an deux, Le sauvage, Le nom de la rose… Qu'ont certains traits pour marquer si durablement la mémoire ? En tout cas, il est parfait…

Que dire de Vittorio Gassman, si ce n'est qu'il est évidemment un des plus grands acteurs de cinéma de tous les temps et de tous les pays, sachant d'une simple inflexion, d'un simple regard, d'un geste bref faire exactement passer toutes les émotions du rôle. Il est, dans Parfum de femme, au gré des épisodes, séduisant, odieux, ridicule, bouleversant. Un acteur vraiment magnifique, exceptionnel…

On pourrait s'enchanter à dresser le catalogue des parfums, fragrances, remugles et senteurs évoqués ici et là, et qui ne sont pas tous que L'Odor di femina, guettée par Fausto : aisselle blonde, camomille, jasmin (du voyageur importun), patchouli (de la prostituée de Gênes), parfum français de la fiancée infidèle de Ciccio, café torréfié (de l'arrivée à Naples) et sûrement bien d'autres. Odeurs et bruits : Risi, avec légèreté dirige le spectateur sur les sensations subsistantes de Fausto, incite à les faire partager.

Extrêmement fort, profond et triste, Parfum de femme laisse un léger goût d'amertume… C'est qu'on ne voit pas très bien, malgré la pirouette finale, ce que va être la lente décadence du capitaine Fausto. Et qu'on ne veut pas trop la voir.


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De Arca1943, le 21 août 2012 à 12:43
Note du film : 6/6

«  Il est bien dommage que Dino Risi ait cédé à une sorte de logique du récit, qui appelle inéluctablement une conclusion et que, en plus, cette conclusion soit un happy end que tout le reste du film rejetait… la trop gentille issue consensuelle de leur histoire… »

L'entertainer Dino Risi a toujours été un conteur d'histoires: tout comme les autres artisans spécialistes du genre commedia all'italiana. Sinon ils auraient perdu bien plus tôt leur vaste public, qui veut se faire raconter une bonne histoire, et seraient tombés dans ce "cinéma d'auteur" dont Risi aimait tant se gausser. (« Il y a les films d'auteur et les films d'équipe. Moi, je fais des films d'équipe. »)

Mais me voilà surtout traumatisé par cette interprétation, pour moi bien étrange, d'Impétueux : quel happy end ? Un happy end dans une comédie à l'italienne !? Dans Les Aventures de Pinocchio à la rigueur, car le film est destiné aux enfants ; alors là c'est acceptable à la rigueur qu'il y ait une fin heureuse, et Pinocchio convainc Geppetto de sortir de la baleine.

Je ne sais combien de fois j'ai vu Parfum de femme, et jamais il ne m'est venu à l'idée de tenir sa fin pour heureuse. Il s'est toujours agi à mes yeux d'un faux happy end, en forme de départ à l'horizon d'une triste ironie, amer comme le borax. Quand le film se termine, Fausto a mordu la poussière, il a perdu la partie : c'est tout le sens de la scène où Sara attend, en larmes, avant de se manifester, que l'aveugle se casse proprement la gueule. Alors toutes les prétentions de Fausto à n'avoir besoin de personne, sa rhétorique de psycho-hâbleur qui attribue agressivement à la pitié la moindre tentative pour s'approcher de lui, ont volé en éclats : il est désormais un invalide vieillissant, qui a besoin de s'appuyer sur un bras pour avancer. Le monstre au verbe haut est vaincu. Fin.


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De Impétueux, le 21 août 2012 à 20:58
Note du film : 5/6

C'est vous qui avez raison, cher Arca et c'est moi qui ai tort.

Sur le premier point, je reconnais bien volontiers que le conteur doit l'emporter sur le chroniqueur et que le cinéma de Risi répond magnifiquement à ses buts. Disons que j'étais sous la fascination de tout ce qui est voyage, de tout ce qui est l'observation à la fois distanciée et affectueuse de la jactance de Fausto. Je ne me serais pas lassé de voir recensées les mille petites compromissions, humiliations, falsifications que la réalité vécue fait subir à la légende que le Capitaine voudrait se créer.

Et sur le second, disons que c'est un agacement, une mauvaise humeur, une envie un peu facile que la fin du film soit simplement noire, au premier degré noire. Mais vous avez raison : Fausto capitule ; ce qui est plus noir que noir.

Merci de m'avoir recentré. (je n'ose écrire éclairé, en l'espèce).


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