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Forum : Le Lit conjugal

Sujet : La déchéance du fanfaron...


De vincentp, le 10 octobre 2009 à 18:31
Note du film : 6/6

Passée la quarantaine, il n'y a plus plus d'espoir !

Près de cinquante ans après sa réalisation, Le lit conjugal n'a en rien perdu de sa force corrosive. Charge féroce (mais néanmoins bon-enfant) contre les institutions italiennes, en particulier le clergé. On rit quand le personnage interprêté par Marina Vlady apprend à son époux que sa Mercedes a été vendu à un prêtre. Le clergé est montré comme un instrument au service de l'ordre établi, oubliant quelque peu sa vocation spirituelle…

Grande qualité de Le lit conjugal : son subtil dosage de différents ingrédients. Mélange réussi de drôlerie et de propos grave. Face aux deux personnages principaux, qui traversent le récit sans un sourire -ou presque- des personnages secondaires leur font contrepoids : le beau-frère d'une mauvaise foi impressionnante, les mémés râleuses et professant un moralisme ras des paquerettes. Chronique de moeurs, mais aussi portrait d'une société en voie de transformation : les femmes s'émancipent, la société de consommation prend son essor…

Il a bien sûr une direction d'acteurs magnifique, sondant au final le regard énigmatique et impénétrable de Marina Vlady : filmée en légère contre-plongée, dodelinant de la tête quelques secondes, impassible, elle manifeste en silence sa victoire face à un époux fanfaron, coureur de jupons, et partenaire à l'occasion pour la production d'un héritier. Ugo Tognazzi démarre de son côté cette histoire comme le fanfaron viril italien emblématique, puis glisse progressivement vers le bas, dépassé physiquement et mentalement par son épouse, troquant son costume contre un pyjama, terminant son parcours de déchéance dans un modeste lit en fer… Un braiement d'âne est venu à l'occasion se superposer à sa voix, lorsqu'il a décidé de montrer sa force virile à sa compagne, dans la campagne romaine.

Une réussite cinématographique magnifique de Marco Ferreri, s'appuyant sur un scénario parfait, ménageant les effets de surprise, avançant sur un rythme soutenu, mixant parfaitement scènes extérieures et intérieures, observant le paysage social, politique, économique de l'italie des années soixante, et ses acteurs emblématiques, sous toutes leurs coutures, pour porter à notre regard les incohérences d'un système et nous suggérer d'accorder plus d'attention à notre prochain.


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De Arca1943, le 10 octobre 2009 à 19:04
Note du film : 5/6

Évidemment, comme Ferreri par la suite crachera dans la soupe et dira beaucoup de mal de la comédie à l'italienne, qualifiée par lui de « commerciale » (évidemment !) et « hollywoodienne » (sic !!), j'ai tendance à l'oublier – par vengeance ! – dans mon panthéon. C'est une injustice. Le fait est que Le Lit conjugal, que je n'ai pas revu depuis longtemps mais que je connaissais presque par coeur à l'époque où l'entertainment à l'italienne faisait les beaux jours de Radio-Canada, est une grande réussite du genre et une des plus belles compositions de "monstre" d'Ugo Tognazzi. Scénario cousu main, répliques de choc, verve satirique à l'enracinement populaire encore évident. Par la suite le cinéma de Ferreri, tout en rebattant toujours le même thème développé dans ce film (le futur est femme, etc), deviendra de plus en plus "anti-public" et de moins en moins drôle. Après m'être accroché jusqu'au peu convaincant Liza, je sortis de la salle avant la fin du soporifique Rêve de singe.


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De fretyl, le 10 octobre 2009 à 23:59

J'ai acheté récemment Le mari de la femme à barbe de Ferreri avec le même Tognazzi. Je le regarderais demain et vous dirais de quoi il en est. En attendant je suis assez assez étonné que Ferreri ait pu osé tirer sur la comédie à l'italienne, dont il était l'un des maitres. J'irai même jusqu'à penser que ce qui valorisait le cinéma de Marco Ferreri c'était uniquement cette idée de mélanger la comédie à la tragédie. Que ce soit dans La grande bouffe ou dans Liza.
La seule fois ou Ferreri a abandonné cette singularité, pour ne plus se concentrer que sur l'aspect uniquement symbolique et métaphorique de son œuvre ; ça a donné La dernière femme.
Film extrêmement assommant ou la catachrèse veut, qu'un homme castré devienne une femme !


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De Arca1943, le 11 octobre 2009 à 01:49
Note du film : 5/6

« En attendant je suis assez assez étonné que Ferreri ait pu osé tirer sur la comédie à l'italienne, dont il était l'un des maitres. »

Je pense qu'aux yeux de réalisateurs comme Marco Ferreri, ou encore Elio Petri – autre participant à la comédie à l'italienne qui crachera dessus plus tard – intellectuels habités par des ambitions d'auteur et qui étaient aussi très, très à gauche, je crois comprendre que pour eux, réaliser une comédie à l'italienne comme Le Lit conjugal ou Il maestro di Vigevano – tous deux de 1963 – c'était quand même "faire des concessions au système", c'était quand même se soumettre à la méchante machine industrielle, chose qui leur semblait sans doute inévitable en début de carrière ; c'était un peu s'abaisser, tout en s'efforçant de faire passer certaines de leurs vues via un genre "commercial" auquel il fallait se plier en attendant mieux. Ce genre de condescendance reflète hélas l'attitude générale des intellos italiens de l'époque (à de rares exceptions près comme Leonardo Sciascia à gauche et Fruttero et Lucentini à droite). Dans le même esprit qu'Antonioni qui demandait à Risi en 1961 : « Pourquoi fais-tu ce petit cinéma ? » Une mentalité qui ne manquait pas d'équivalents en France à la même époque, si j'ai bien compris.

Mais peu importe, vous m'apprenez surtout que Le Mari de la femme à barbe est sorti en DVD ! Je ne l'avais pas vu passer, celui-là. Je ne l'ai pas vu, mais comme c'est de la même année 1963 avec la même star Tognazzi, ça a des chances d'être dans le même ton que le précédent.


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