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Sujet : Mieux vaut un Risi mineur que pas de Risi du tout


De Arca1943, le 11 avril 2009 à 18:04
Note du film : 3/6

Soyons francs : sur les 12 sketches qui composent cette comédie de Dino Risi avec la réjouissante Monica Vitti, quatre sont vraiment à la hauteur – certes exigeante – des plus belles heures du genre. Le 1 (sans titre), le 3 (Annunziata), le 7 (Katherine) et le 11 (Laura). Ces quatre-là, au moins, peuvent figurer sans rougir dans un florilège de la meilleure comédie italienne à épisodes. La combinaison gagnante pour les afficionados est donc le 1 – 3 – 7 – 11.

Le premier épisode est un sans-paroles, sur un morceau de musique allègre (Puccini?), qui raconte la journée d'une jeune femme moderne qui, pour gagner sa vie, doit effectuer un certain déplacement. C'est une simple blague, mais fort bien troussée et très cinématographique. Bonne ouverture. Puis le numéro 3 : Annunziata est une dame d'un quartier misérable de Naples que le réseau de télévision RAI vient interviewer parce qu'avec son mari, elle a eu 22 enfants… et ce n'est pas fini ! On est ici dans la meilleure veine « satire sociale de choc ». Katherine (sketch numéro 7) est une nonne chantante façon Soeur Sourire (mais en plus seventies, avec sa touche à la Donovan) qui performe devant un public où l'on distingue plusieurs membres éminents de l'épiscopat. Seulement, voilà que sa chanson (en version originale italienne, mais avec les « r » prononcés en anglais !) commence à prendre un tour particulier… (un scénario de Ettore Scola). Quant à Laura (numéro 11), elle soupe au restaurant avec un intime tout en faisant parfois de l'oeil à d'autres clients. Excellente histoire à chute sortie de l'imagination de Luciano Vincenzoni.

Un cran en dessous, mais encore assez bons, voici les deux sketches de femmes-victimes. Le numéro 4, Teresa, nous fait partager la vie d'une violoniste boiteuse qui doit jouer aux tables pour gagner sa croûte et habite une infâme cabane au milieu d'un terrain vague avec son fainéant de mari, dont elle fait mine de se séparer mais sans succès… Tout en étant assez bon dans la veine tragicomique du genre, cet épisode est déjà un cran en dessous des quatre précédents ; plus laborieux, moins punché. Le 12 (et final), Fulvia, est un joli jeu de massacre où une bourgeoise qui s'ennuie (figure récurrente du cinéma italien de l'époque) se découvre une vocation de masochiste. Pas politiquement correct du tout ! Ce dernier sketch, ainsi que le numéro 8, Erika, où une "artiste" de cirque à moto lève un client aux goûts particuliers, font un peu prequel de Sexe fou.

Il y a aussi le 9, Palmira, dont la B.O. est un joyau car c'est un pastiche très réussi (on reconnaît l'esprit dès les premières mesures) d'un hymne « de gauche », avec le même genre de mélodie et de phrasé musical. Bravo au compositeur ! Monica Vitti est ici la porte-parole des ouvrières en grève d'une usine de pâtes qui s'en va confronter le patron de la boîte pour la grande négociation de la dernière chance. D'où le prénom Palmira, à l'évidence, en "hommage" à Palmiro Togliatti. Le personnage est bon, mais le sketch (scénario de Rodolfo Sonego) est long longtemps… Comme est interminable, aussi, le sketch Alberta, consacré à des intellectuels de Sicile de 1971 fans de l'amour libre et de la Révolution sexuelle. C'est d'autant plus long que le punch se voit venir dès les trois premières minutes. Dommage, car la prémisse (une idée de Age-Scarpelli) ne manquait pas de sel…

Le plus mauvais sketch du film, numéro 6, s'intitule Eliana et il est courageusement signé par un certain Anonimo. Situé au Vietnam, c'est un exemple de ce qu'on appelle propagande de circonstance. Les Américains sont les méchants, et peu importe qu'on n'ait aucune histoire à raconter ni de chute à mettre sous la dent du spectateur. Malgré son généreux budget (ah nostalgie), cet épisode heureusement très court est indigne d'un réalisateur qui a déjà déclaré avec juste raison : « Les films d'une seule couleur ne sont pas bons. » Là c'est d'une seule couleur, et c'est effectivement très mauvais.

Les lecteurs qui ont suivi mon inventaire jusqu'ici auront bien sûr compris qu'il s'agit d'un Risi mineur (tourné la même année que le majeur Au nom du peuple italien). Si l'abattage de la transformiste Monica Vitti fait merveille dans les douze rôles féminins principaux, si l'humour est toujours aussi décapant, la mise en scène souvent efficace, il règne néanmoins sur plus d'un épisode un parfum de seconde main évident. Pourtant, je suis aux anges de pouvoir ajouter cette nouvelle pièce à ma collection de comédies à l'italienne , et je réclame toujours Vedo nudo et Sessomatto à cor et à cris !

Toutefois, je ne peux m'empêcher d'ajouter que si cette comédie à l'italienne de 1971 peut sortir aujourd'hui en DVD, alors à plus forte raison ses contemporaines Détenu en attente de jugement et Miracle à l'italienne, deux joyaux qu'on attend toujours aussi désespérément.


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De Arca1943, le 20 avril 2010 à 05:35
Note du film : 3/6

Ma collection fait des jaloux qui s'invitent ponctuellement chez moi pour voir quelques films. Un de ces visiteurs tenant absolument à voir Monica Vitti dans Moi, la femme, je l'ai donc revu avec lui.

Je maintiens mon jugement : 1 – 3 – 7 – 11, ou Sans nom – Annunziata – Katherine – Laura : soit 4 sketches vraiment bons sur une possibilité de 12. Ce qui est franchement peu, même s'il y a du matériel "sauvable" dans les 8 autres.

Mais vilain que je suis, je constate que la veine anticléricale est souvent ma préférée, ou alors Risi et ses compères sont particulièrement inspirés dans ces moments-là. Car le sketch de Katherine la nonne chantante qui performe pour un public de religieux dans une espêce de festival de la chanson chrétienne m'a encore fait rire comme une baleine ! Ah, la tête que fait le cardinal tandis que l'innocente dévide sa ritournelle. Ou alors, c'est peut-être l'italien avec accent anglais de Monica Vitti ? En tout cas, je me marre, mais je me marre… ! Ha Ha Ha Ha Ha Ha !


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De vincentp, le 24 mars 2016 à 23:19
Note du film : 5/6


Un excellent film politique sur l'Italie du début des années 1970. Un divertissement, drôle, et qui fait réfléchir. Ma préférence ira vers l'épisode "Palmira", chef d'oeuvre en soi, drôle et émouvant, ultra bien écrit, réalisé, et joué, dans la grande tradition de la comédie engagée, façon Mes chers amis. Outre le jeu de Monica Vitti dans ces différents sketchs, on apprécie aussi la multiplicité des décors extérieurs et intérieurs, qui dressent un portrait de société. Moi, la femme est à recommander à tous les admirateurs de l'oeuvre de Dino Risi. Une très bonne surprise, pour ma part.


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