Forum - L'Étrange Monsieur Victor - Où il est dit que les hommes....
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Forum : L'Étrange Monsieur Victor

Sujet : Où il est dit que les hommes....

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De lagardère, le 5 août 2008 à 14:25
Note du film : 4/6

Après avoir donné à Gabin une Gueule d'amour et avant de tourner Le ciel est à vous , véritable petit joyau du cinéma, Jean Grémillon dresse le portrait d'un Dr. Jekill et Mr. Hyde toulonnais en la personne de Raimu. Etonnant Raimu qui donne à cet L'étrange monsieur Victor tout ce qu'il faut de bonhomie et de filouterie pour camper sans failles aucunes, ce personnage intrigant, attachant et détestable à la fois !

Monsieur Victor, ce bon M. Victor , comme le surnomme Toulon tout entier, est un honnête commerçant, fidèle en amitié, bon et récent père de famille et….receleur à ses heures. Un concours de circonstances en fera un assassin et c'est un autre , merveilleux Pierre Blanchar qui sera accusé à sa place. Le coté Dr.Jekill prendra le dessus et au retour du bagnard innocent, L'étrange monsieur Victor se rachètera du mieux qu'il pourra. Mais ce film a une morale et une justice et ne pas dévoiler la fin est une bonne chose…

Raimu est ici avec "sa garde rapprochée" Edouard Delmont, Andrex, plus petite gouape que jamais, Maupi, son poisson pilote, disait Pagnol. La douce Madeleine Renaud, qui donnera encore tout son talent à Jean Grémillon pour Le ciel est à vous auprès de Charles Vanel, dénote avec la gouaille de la très sexy Viviane Romance (quelle belle garce ! )

Dans ce film, Jean Grémillon nous démontre brillamment que personne n'est blanc-bleu en ce monde. Loin des vagues de sa Normandie adorée, loin de ses chères Remorques il nous entraine dans la diabolique sinuosité de toutes les routes qui nous habitent. Et il nous est bien difficile, après visionnage, de dire ou sont les bons et les méchants. C'est un film assez désespérant sur les qualités de "l'homme".

D'autant plus désespérant qu'il est merveilleusement interprété. Des acteurs plus… modestes nous auraient rassuré sur nos possibilités d'être des monstres. Ici, pas de quartier : le talent irréfutable d'une poêlée de grands, de très grands, ne nous laisse aucun espoir…


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De droudrou, le 5 août 2008 à 16:06

Andrex : quand on le voyait apparaître, on était d'office loin de vouloir lui accorder le Bon Dieu sans confession ! Lui et Jean Tissier… hm !… Les salopards !


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De Impétueux, le 5 août 2008 à 16:31
Note du film : 5/6

C'est parce qu'Andrex a trop souvent joué les gouapes méridionales exaspérantes qu'il est amusant de le voir en bon jeune homme timide dans le très sympathique Derrière la façade de Georges Lacombe…qui est édité en DVD, alors que L'étrange monsieur Victor du très remarquable Jean Grémillon ne l'est toujours pas !

Mais je l'ai vu annoncé comme devant sortir chez Pathé classique ! (excellente collection au demeurant) ; j'attendrai cette heureuse opportunité pour rejoindre Lagardère dans son dithyrambe, puisque je n'ai pas revu le film depuis trop longtemps pour m'en souvenir avec pertinence…


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De Impétueux, le 28 août à 16:57
Note du film : 5/6

Il ne faut pas oublier qu'à la base Jean Grémillon est musicien, qu'il a fait ses études à la Schola cantorum et qu'il conçoit ses films les plus ambitieux d'une façon harmonique où aucun des éléments qui les composent ne doit vraiment l'emporter sur les autres. En termes différents, à une époque où les projecteurs du cinéma français sont extrêmement orientés vers les acteurs et vers les dialogues, mais aussi vers des scénarios très composés, très solides, Grémillon tente de fondre tous ces points sans en privilégier l'un ou l'autre, tout en accordant à la lumière et aux images un poids qui singularise ses œuvres. Il lui était d'ailleurs reproché par la Critique d'être trop demeuré dans l'esprit très expressionniste du cinéma muet.

Reproche excessif, au demeurant. On peut estimer que le jeu des ombres et du soleil est un tic facile, on peut aussi juger qu'il permet de mettre en valeur, au delà des physionomies, l'ambivalence des personnages ; c'est exemplaire dans Gueule d'amour, ça l'est tout autant dans cet Étrange Monsieur Victor où – grande réussite – le tonitruant et merveilleux Raimu, pourtant lâché dans son décor natal de la ville de Toulon est suffisamment retenu pour être plus crédible encore.

Car c'est une sorte d'exploit, parfaitement réalisé par Grémillon, de tourner un film qui présente, aux côtés du grand Jules, certaines des figures les plus reconnaissable des grandes provençalades de Marcel Pagnol et de ne pas leur permettre d'entraîner le film vers le classicisme trio aïoli/pastis/pétanque. Vraiment tenir à leur place, outre Raimu, les personnalités et les visages de Édouard Delmont, Andrex, Charles Blavette, Marcel Maupi c'est intéressant. Et pour le reste, tout y est : la vue sur la rade, et le port bruissant, et l'accent qui chante, et le linge qui sèche aux fenêtres, mais tout cela se fond avec beaucoup d'habileté et d'harmonie, donc : tout a sa raison d'être.

Victor Agardane (Raimu, donc) dirige un bazar prospère ; il vient d'avoir un garçon de sa femme Madeleine (Madeleine Renaud). Mais sous l'honnête commerçant respecté de tous, il y a un receleur avisé qui pilote des bandes de cambrioleurs. L'image du notable dont la belle façade dissimule en fait des activités louches est séduisante, comme l'est celle de toutes les doubles vies. Dans la même veine, on peut aussi citer Le Bienfaiteur d'Henri Decoin en 1942, avec le même Raimu et L'homme à la Buick en 1958 de Gilles Grangier avec Fernandel. L'étrange Monsieur Victor mêle cette ambiguïté avec une histoire criminelle, dont est victime le brave droit cordonnier Bastien Robineau (Pierre Blanchar), malheureusement affublé d'une garce de femme, Adrienne (Viviane Romance, évidemment) et d'un chassé-croisé amoureux.

C'est par là sans doute que le film pèche un peu : on a le sentiment que Jean Grémillon n'attache pas beaucoup d'importance à la vraisemblance de son récit ; certes, c'est un peu la règle du mélodrame, mais il me semble qu'il y a là un relatif déséquilibre. Mais voilà un reproche véniel, d'autant que la fascinante capacité du réalisateur à faire surgir, à partir de presque n'importe quoi, lumières et ombres magnifiques, des ambiances, des atmosphères, des aventures permet qu'on passe aisément au dessus de quelques faiblesses du scénario par exemple la disparition incompréhensible de l'écran de la mère de Victor (l'excellente Marcelle Géniat) dès que Robineau/Blanchar évadé est hébergé dans l'appartement du couple Agardane.

Un Grémillon important, presque au niveau de Gueule d'amour, de Remorques, du Ciel est à vous ; cinéaste dont on ne parle plus assez en tout cas.


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