Forum - L'Assassinat du Père Noël - Charmante fantasmagorie
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Forum : L'Assassinat du Père Noël

Sujet : Charmante fantasmagorie


De Impétueux, le 6 octobre 2006 à 17:43
Note du film : 4/6

Avant-guerre, le fécond romancier Pierre Véry s'était fait une spécialité d'histoires mystérieuses qui, à un moment donné, peuvent frôler le déroutant ou l'inquiétant. Histoires qui se résolvent, finalement, dans un habile tour de passe-passe, par la résolution de quiproquos et la levée d'ambiguïtés et de méprises qui laissent la place à un bonhomme happy end, ou à un sourire narquois. Cela a donné au moins un presque chef-d'œuvre, Goupi mains rouges, de Jacques Becker, mais aussi trois excellents films, Les anciens de Saint-Loup, de Georges Lampin et Les disparus de Saint-Agil et L'assassinat du Père Noël, de Christian-Jaque.

Il y a de la féerie dans les deux romans adaptés par Christian-Jaque : féerie de l'adolescence rêveuse qui s'invente sociétés secrètes et projets de départ lointains, au milieu de complots de faux-monnayeurs guère méchants, dans Les disparus de Saint-Agil, féerie des villages isolés par la neige, mais où vivent pêle-mêle un châtelain suspecté d'être atteint de lèpre (Raymond Rouleau),

un instituteur anticlérical (ce qui est hautement pléonastique ! – Robert Le Vigan), une folle qui cherche son chat, et qui s'appelle la Mère Michel (Marie-Hélène Dasté), Cornusse, un marchand de mappemondes qui se déguise en Père Noël pour le plaisir des enfants (Harry Baur) et sa fille, Catherine (Renée Faure), gourde amoureuse du châtelain prétendument lépreux.

On voit par là qu'on nage en plein réalisme !

Ajoutez à cela que Raymond Rouleau est encore pire que dans l'excellent Falbalas (de Jacques Becker) dans le genre crétin agité et bellâtre doté d'une tête à claques, que je persiste à poursuivre de mes sarcasmes Renée Faure, à qui Christian-Jaque a fait tenir des rôles de pure jeune fille, où elle est à peu près aussi crédible qu'Isabelle Adjani le serait en Mère Thénardier des Misérables et que ce qu'elle a raté sept ans après, dans La chartreuse de Parme (où elle incarne Clélia Conti !), il n'y avait aucune raison, malgré un âge plus tendre, qu'elle le réussît dans L'assassinat du Père Noël.

Et pourtant, ce film-là a un charme fou, qui n'est pas dû qu'à la présence si dense d'Harry Baur, à l'œil impertinent de Robert Le Vigan, à l'épaisseur que Fernand Ledoux (le Maire du village) donne à tous ses rôles. Aussi, sans doute à une atmosphère totalement irréelle, hors du monde, à une fantasmagorie poétique, où la neige joue le premier rôle. Si j'osais (allez, j'ose !) je risquerais la comparaison avec l'admirable, déroutant et tragique Roi sans divertissement de François Leterrier, d'après (et avec le concours de) Jean Giono : ce qui est chez ici tragédie profonde devient là drame bourgeois qui se termine bien, sans doute, mais chez l'un et l'autre, il y a cette neige omniprésente, qui fait perdre repères et sens de la réalité.

Finalement, comme dans Les disparus de Saint-Agil, on se fout de l'intrigue, on se fout de l'histoire, qui n'est plus qu'anecdote, on ne conserve en tête que l'étrange talent qu'a Pierre Véry de monter des ambiances aussi invraisemblables que mémorables…


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De Gaulhenrix, le 7 octobre 2006 à 10:24
Note du film : 5/6

Mais enfin, "Impétueux", que se passe-t-il ? Après vous être "foutu" de Vercingétorix et de la Gaule, voilà que vous concluez votre attachante analyse de "L'Assassinat du Père Noël" d'un retentissant "On se fout de l'intrigue, on se fout de l'histoire" qui fera date.

S'agirait-il d'un trop plein de sève jaillissant si loin du Printemps ?


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De Impétueux, le 7 octobre 2006 à 11:25
Note du film : 4/6

Dois-je répondre à ce genre de provocation ?

Disons qu'entre les films où l'intrigue est reine et ceux où l'ambiance l'emporte, mon coeur se partage…


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De Gaulhenrix, le 7 octobre 2006 à 18:59
Note du film : 5/6

Mais il ne s'agit pas de provocation ! Mon étonnement portait, en fait, sur les "Je m'en fiche" et " Je m'en fous"…

A bientôt pour lire vos judicieuses remarques sur les films, et le cinéma, en général. A propos, ne souhaitez-vous pas nous faire part, en les analysant, des séquences qui vous ont marqué ?


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De Impétueux, le 7 octobre 2006 à 21:12
Note du film : 4/6

J'ai trouvé tellement excellente votre analyse de la première scène de Shining, qu'elle me paralyse un peu, tant elle est fouillée, sur le commentaire plus vaste que je voulais faire sur le film – non encore commenté dans la liste de mes films préférés (dite "immarcescible") – et je m'interroge sur la scène que je pourrais étudier avec la même pénétration ; la chose n'est pas facile, surtout s'il s'agit de dépasser la simple relation d'un dialogue, si brillant qu'il est (et à ce point de vue, Droudrou a un peu triché en relatant la fameuse scène du Mépris) ; il faudrait, en tout cas, que la scène, puisse, comme vous l'avez excellement montré pour Shining être préfiguratrice de la suite…

Je ne sais pas encore !

Pour le reste, lorsque j'ai écrit que je me fichais de l'anecdote – dans L'assassinat du Père Noël comme dans bon nombre d'autres films, c'est qu'elle n'a, évidemment aucune importance objective : l'intérêt du film n'est pas là !


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De vincentp, le 8 octobre 2006 à 00:05
Note du film : 4/6

Je ne joue pas si vous ne répondez pas à la question que je vous ai déjà posée : qu'est ce qui explique votre disparition de ce forum pendant trois ans, et votre réapparition soudaine ? Curieux, tout ça.


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De Gaulhenrix, le 8 octobre 2006 à 10:44
Note du film : 5/6

@vincentp

Cela n'a pourtant rien de curieux. Il arrive que l'on ne se sente pas au diapason de l'esprit d'un forum ; ou encore que l'on ne dispose pas de l'impressionnante culture de certains cinéphiles (AlHog, PM Jarriq, Impétueux, Arca1943, vous-même,etc.). D'ailleurs, c'est "Vercingétorix" et la "Gaule" qui m'ont fait intervenir, et non le cinéma. CQFD.

A vous de jouer…

@Impétueux

Je vous remercie de votre remarque concernant Shining.


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De vincentp, le 9 octobre 2011 à 19:45
Note du film : 4/6

J'ai usé d'un subterfuge pour éloigner les fâcheux

Tourné en partie à Chamonix (on reconnait le Mont-blanc), qui a bien changé. Ce récit, âgé de 70 ans, a vieilli par certains aspects (des dialogues sont datés, ainsi que le jeu exagéré de certains acteurs). Par contre la mise en scène, la photographie demeurent modernes (et de qualité).

Par moments, on frôle le film qui marque les mémoires (des séquences réussies, autour des enfants, en particulier), puis l'instant d'après on tombe dans des conventions datées (les deux vieux qui jouent à la belote). "Fantasmagorie poétique" : oui, c'est vrai. C'est l'aspect le plus intéressant du film. Les séquences extérieures sont très réussies.

Demeure aussi aujourd'hui un témoignage de la vie de nos aïeux, en montagne, sous des paquets de neige, avant le réchauffement climatique. J'en avais entendu parler mais c'est la première fois que je visualise aussi nettement par l'image.


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