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Forum : L'Ivresse du pouvoir

Sujet : Griserie


De JIPI, le 28 septembre 2006 à 10:52
Note du film : 4/6

A travers l'investigation se fabrique le pouvoir. Grisée par l'expansion de la mise en examen de Humeau (François Berleand), Jeanne Charmant Killman (Isabelle Huppert) juge d'instruction n'est plus en mesure de contrôler un territoire attirant, la mise à nue d'une vie privée.

Jeanne s'apercoit des opportunités immenses qu'offrent son métier en l'éxercant.

Elle perquisitionne, fouille les armoires, confisque les portables. Rien ne lui résiste, Humeau d'abord arrogant se soumet.

Le rapport sado maso s'étend ensuite à son mari Philippe (Robin Renucci) délaissé qui malgré ses incessants cris d'impuissances ne parvient pas à corriger la lente dérive obsessionnelle de Jeanne qui ne respecte plus qu'elle même.

Un seul homme trouve grâce à ses yeux, Félix (Thomas Chabrol) neveu de Philippe sans attaches squatteur et flambeur désabusé.

Pratiquement toute la hiérarchie des hommes de l'agent de sécurité au chef d'entreprise est dominée par ce petit bout de femme insensible qui elle-même ignore le verdict qui sans aucun doute pénalisera une arrogance narcissique positionnant cette ambition comme un soleil dont toutes les planètes sont dépendantes.

Cette force se décuple par l'arrivée d'un clone Erika (Maryline Canto) aussi déterminée à casser du mâle que Jeanne.

L'ivresse du pouvoir est un baril de poudre ou la punition pour l'exemple de tous les détournements de fonds d'entreprises par des patrons véreux sert de prétexte à une destruction morale d'un prévenu.

Jeanne ne semble pas équilibrer un métier et une carrière.

Son plaisir est de voir le sexe opposé en laisse dépouillé de son machisme dont elle s'empare. Tout ceci ressemble à une passation de pouvoirs acquise par le basculement cérébral d'une femme qui reste femme mais devient homme par la dominance.

Le male c'est elle, fumant cigarette sur cigarette elle empoisonne l'air d'une prétention incommodante en imposant un rythme d'enfer à ses collaborateurs soumis comme des toutous.

Dans l'intimité d'un bureau Jeanne et Erika ne sont plus par leurs propos que des machines à tuer.

Une force de travail à toutes épreuves ne sert qu'à détruire à l'aide de toute une administration des êtres humains certes condamnables mais par des procédures de métiers.

Jeanne sera enfin confrontée à une importante décision à prendre indispensable afin de stopper un environnement devenu incontrôlable et de plus en plus cauchemardesque.

Isabelle Huppert joue à la perfection ce personnage froid et déterminé qui n'est plus humain rien que par son nom killman (Tuer l'homme).

Insensibilité des temps modernes, ne penses tu pas qu'il est temps de souffler un peu.


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De paul_mtl, le 20 octobre 2006 à 12:19
Note du film : 5/6

L'ivresse du pouvoir, que ce soit le pouvoir judiciaire, politique, carcérale, économique, hierarchique ou amoureux.

Presque tout les types de pouvoirs sont abordés et la réflexion qu'il a entrainé m'a semblé

plus interessante que la classique magouille complexe politico-financiere traité par un juge.

Chabrol:

"plutôt à montrer quelles peuvent être les répercussions sur l'esprit humain d'un pouvoir, quel qu'il soit, et jusqu'où il peut entraîner les individus"

Le juge, l'homme d'affaires, le politique, le chef de service, le gardien de prison, le mari, la maitresse … exercent chacun un pouvoir et peut en abuser, s'en enivrer avec.

Ca peut paraitre une évidence à certains mais j'ai trouvé la mise en parallele trés bonne et inspirante aussi bien philosophiquement que psychologiquement.

De tout ca, on a une sorte de partie d'echec avec la Reine, le fou, le pion … et le Roi bien à l'abris.

Chacun joue sa partie avec ses moyens, son pouvoir je devrais dire.

Isabelle Huppert joue tres bien dans un casting tres bien choisi a part un chanteur populaire qui interprete un dirigeant peu convaincant.

Film inspiré d'une affaire réelle, Le dossier Elf.

A noter que le politique ripoux qui parle avec un accent corse doit representer Pasqua.


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De droudrou, le 20 octobre 2006 à 15:16
Note du film : 5/6

"A noter que le politique ripoux qui parle avec un accent corse doit representer Pasqua." – la ressemblance a été évoquée et n'a jamais été démentie.

Pour Jipi : ton analyse à propos de Killman est très correcte. Elle s'étend jusque la dégaine qui est sienne sur l'affiche.

C'est un film bien fait comme on aime à les voir. On est très au-dessus de "36 Quai des Orfèvres".


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De Impétueux, le 30 octobre 2018 à 16:47
Note du film : 2/6

En paraphrasant ce qu'on a dit sur un sujet plutôt différent, je pourrais dire que Claude Chabrol pose de bonnes questions mais donne de mauvaises réponses puisque, manquant de rythme et de cohésion, il filme une sorte de mixture où l'on ne sait trop si l'on assiste à une reconstitution à peine masquée de l'affaire ELF, à une dénonciation vertueuse des liens qui unissent l'appareil d'État, le monde politique, la Françafrique et les grandes entreprises, ou encore au vertige mégalomane ressenti par un juge d'instruction décidé à casser plusieurs baraques.

Un peu de tout ça, évidemment et c'est ainsi que le bât blesse, en éclatant dans tous les sens et en présentant un conglomérat assez indigeste où seul surnage l'immense talent d'Isabelle Huppert. Je doute que, pour qui ne connaîtrait pas un peu (ou beaucoup) les développements considérables de ce scandale politico-financier qui a mouillé une bonne partie du personnel politique, Droite (Pasqua) et Gauche (Dumas) confondues et a fait surgir au nez du public étonné des figures aussi étranges que la désarmante et rieuse Christine Deviers-Joncour ou l'incroyable (sa vie est un roman !) André Tarallo, dit Dédé-la-sardine, grouillot de banques puis grand résistant, champion automobile et milliardaire douteux… Et bien d'autres de tout poil et de tout niveau.

Comme l'exposé des complications et ramifications extrêmes de l'affaire n'était guère transposable à l'écran, Chabrol tranche, résume, simplifie, mais, ce faisant, il rend peu compréhensible son propos. Tout au moins celui qu'il consacre à toute cet aspect du film. Il a toutefois la bonne idée de centrer et même peu à peu de faire basculer entièrement l'intérêt sur le personnage du juge d'instruction Jeanne Charmant-Killman (Isabelle Huppert), qui est le décalque à peu près exact d'Éva Joly. Il va même jusqu'à reproduire avec Jeanne le suicide du mari d'Éva (avec qui elle était, il est vrai, séparée) et à la faire seconder par Erika (Maryline Canto), qui est le décalque de Laurence Vichnievsky.

Mais à peu près exact seulement, car il ne va pas jusqu'au bout de ce décalque et ne donne pas à Jeanne les origines norvégiennes de son modèle.

Qu'est-ce que ça peut faire ? va--t-on me dire ? Mais, sinon tout, du moins beaucoup ! Un des grands intérêts du film est de montrer (sans doute pas assez explicitement, quoique…) le véritable mur d'incompréhension qui est bâti entre les dirigeants de la multinationale pétrolière, habitués à traiter à coup de millions le monde de la politique et davantage encore le monde des dirigeants africains et la vengeresse incorruptible et impitoyable. On a beau essayer de faire comprendre au magistrat que sans valises de billets et versements sur des comptes en Suisse ou au Luxembourg, les permis d'exploitation ne seront pas délivrés ou le seront à d'autres compagnies, elle ne veut rien entendre. L'intérêt supérieur de la France, la Raison d'État, elle n'en a rien à faire, d'autant plus que ceux qu'elle trouve en face d'elle ne se sont pas exclusivement préoccupés du pays, mais se sont largement servis au passage. Ces manigances sont effectivement condamnables, mais, qu'on le veuille ou non, font partie de la structure mentale de nos sociétés.

Éva Joly est d'origine norvégienne (et elle est d'ailleurs retournée vivre dans son pays glacé pendant quelques années) ; je l'ai un peu connue et approchée : j'ai toujours été frappé, au delà de son apparence aimable, par une extraordinaire rigidité et une incapacité de comprendre que les Français ne sont pas des Scandinaves, pétris de luthéranisme et de Vertu (avec un V considérable). Ces pays, qui n'ont pas eu, depuis des siècles, de responsabilité dans les affaires du Monde, sont volontiers d'ombrageux donneurs de leçons, parce qu'ils ne conçoivent sans doute pas qu'on puisse penser, réfléchir, réagir différemment de leurs codes.

Mais il est possible, finalement, que, comme chez nous, des gens à qui on donne un pouvoir aussi discrétionnaire et possiblement arbitraire puissent être poussés ainsi à la mégalomanie. Un vieil adage fait du juge d'instruction l'homme le plus puissant de France. Et, de fait, pouvoir, escorté d'une cohorte de policiers aux ordres débarquer chez les puissants et pouvoir, en saisissant leurs papiers, leurs carnets, leurs ordinateurs, découvrir le misérable petit tas de secrets que, selon François Mitterrand, détient chaque homme, peut griser n'importe qui.

J'aurais apprécié que Chabrol choisisse une direction ferme de son film et s'y tienne. Pour n'avoir pas bien tranché entre ces options, il donne un film brouillon et brouillé, ce qui est bien dommage.


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