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Forum : Donnie Darko

Sujet : Critique


De dumbledore

Pour appréhender Donnie Darko, il faut le remettre dans son contexte, ce qui, soit dit en passant, n'est jamais très encourageant quant à la pérennité du film…

Il faut rappeler qu'il s'agit d'un premier film qui s'est fait dans des circonstances uniques à Hollywood. Il a su garder une fraîcheur, une authenticité car aucun script doctor n'est passé dessus, aucun sondage, aucun polissage bien pensant et bien marketting ne l'a déformé par de multiples ré-écritures.

De plus, le réalisateur avait 26 ans au moment du tournage qui s'est effectué en un temps record…

Cela dit, s'il y a de bonnes choses dans le film, il y en a d'autres bien moins bonnes.

Il faut tout d'abord reconnaître une mise en scène talentueuse, apte à créer une atmosphère étrange tout au long du film. On peut ne pas aimer certains partis pris de mise en scène comme ces accélérés ou bien ces ralentis qui « font jeunes » sans pour autant faire sens, mais une chose est sûre : Richard Kelly sait où placer sa caméra et possède un vrai sens du cadre et du rythme. Rien que pour cela, son nom doit être retenu, en attendant de voir ses futurs films.

Son scénario avec sa gestion des personnages secondaires donne une force supplémentaire au film. On retrouve notamment une pléiade de stars, allant de Drew Barrymore, à Patrick Swayze en passant par Noah Wyle de Urgences. Ils créent tous des personnages qui semblent n'avoir guère de rapports directs avec l'histoire principale renforçant ainsi encore plus l'impression du spectateur d'être paumé, de ne pas savoir finalement quelle histoire on nous raconte, vers où on nous mène par le bout du nez. Une mention spéciale sera toutefois décernée à Drew Barrymore qui arrive en peu de scènes à dégager une émotion et une sincérité étonnantes pour un personnage qui, sur le papier, ne devait pas être des plus passionnants.

Seulement, la mise en scène, l'ambiance et la gestion des personnages secondaires mis de côté, il reste le scénario qui n'est pas abouti.

Le point de départ est pourtant efficace, la montée de la folie du personnage est bien menée et le doute entre folie et fantastique fonctionne à merveille. Les références aux films du genre sont des clins d'oeil amusants et omniprésents : « Ça » que lit la mère de Donnie, « Retour vers le futur », ou bien encore « Evil Dead ». On retrouve aussi « Magnolia » où Patrick Swayze parodie avec humour Tom Cruise dans une conférence conquérante…

De temps en temps, on a même droite à une critique de la société américaine trop puritaine (personnage de Patrick Swayze) ou bien encore Drew Barrymore qui est l'empêcheuse de penser en rond et qui se voit renvoyer de l'école, ou bien encore les parents dépassés. On a aussi une vision complexe de l'adolescence (paumée, intuitive, riche de promesses, etc) qui change de la vision bétifiante et calibrée hollywoodienne.

Seulement, comme souvent dans les films américains, le dernier quart d'heure gâche tout. Dès que l'on voit où l'on voulait nous mener, c'est la déception qui nous attend. Deux interprétations s'offrent au spectateur, les deux décevantes.

La première est de croire que « tout cela n'était qu'un rêve ». Le film reprend alors ce que les psychanalystes appellent l'élaboration secondaire du rêve (cette impression que le réveil qui sonne dans la réalité est intégré au rêve. Ici ce n'est pas le réveil mais le réacteur d'avion). Donnie Darko rêve pendant une fraction seconde d'un monde différent où il en est le héros aux super-pouvoirs. Plein d'éléments vont dans ce sens : le fait qu'il soit devenu un élève brillant alors qu'il avait l'air plutôt béta, la fille qui tombe très vite amoureuse de lui, des coïncidences à répétitions (le portefeuille trouvé par terre, le mot cellardoor écrit au tableau, le livre « Philosophie du voyage dans le temps » que justement le professeur a dans son sac, que justement la voisine à écrit, autant de Deus Ex Machina comme le dit le personnage lui-même)…. Mais finir un film aussi prenant sur « tout cela n'était qu'un rêve » est un tel retournement grossier et niais que le film se dégonfle comme une baudruche.

Deuxième possibilité, deux destins, deux voies du futur, s'offrent à Donnie Darko. Soit suivre le lapin et sortir de la maison et alors assumer qu'il est fou, que Drew Barrymore va être virée, que sa petite amie va être tuée, ainsi que Jack, sa mère et sa soeur, et que lui-même va se retrouver en prison ou pire en asile. Soit alors rester dans son lit et mourir et sauver tout le monde… Il décide pour la deuxième solution… Cette fin plutôt compréhensible, rejoignant le fantasme suicidaire adolescent par excellence.

Seulement l'ennuyeux, c'est qu'il y a un autre personnage qui serait ainsi sauvé… celui du pédophile… De nouveau, fin décevante car pour le coup, tendancieuse vers une apologie de la pédophilie.

Résultat, il aurait finalement été tellement plus judicieux d'arrêter le film avant tout cela, exactement au moment où l'on voit, à la fin, le réacteur tomber. S'arrêter là et laisser, à la manière de David Lynch une fin ouverte à toute interprétation, et le tour aurait été joué.

Seulement il est vrai aussi que lorsque l'on débute, il arrive qu'on ne fasse pas assez confiance à son propre film…

Bref: Film intéressant d'un réalisateur prometteur.


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De james penadia, le 24 septembre 2004 à 19:59

Vouloir expliquer ce film présente aussi peu d'intérêt qu'aboutir à une conclusion rationnelle concernant, justement, ceux (certains) de Lynch. Bien entendu, cela peut faire l'objet d'une conversation rigolote et distrayante entre amis… Toutefois, et même si Kelly semble "terminer" son film, la pratique d'un film, c'est-à-dire le regarder, ne nous oblige pas à comprendre. Au contraire, ces films nous rappellent que la vie (le film) n'est pas un achèvement(comprendre, cerner, définir): dynamique de l'absurde où chacun créé et dès lors existe. Devant de tels scénarios, le spectateur se trouve face au miroir: il peut le mesurer, le toucher, le casser même! …ou simplement s'y reconnaitre.


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De Mr Pink, le 23 février 2005 à 15:18

Donnie Darko, comment dire? "Ça ressemble a un nom de super héro". Donnie Darko réinvente, repense, crée. Avant, je n'etait pas convaincu du "je pense donc je suis" (trop facil). Donnie Darko donne une image de l'art (qui a dit que l'autodestruction n'était pas de l'art?): "je crée donc je suis". L'art n'est art que dans sa dimension universelle et atemporelle. Richard Kelly dévoile ici une oeuvre oú la mort n'est pas une fatalité sinon une continuité, un entrelacement d'univers que Donnie arrivera a maitriser. "Toutes les créatures sur cette terre meurent seules", mais Donnie n'est pas mort, sont oeuvre est faite, il substitue les univers, il crée, ceci est son art, l'art est atemporel. Merci monsieur Kelly…


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De Torgnole, le 28 novembre 2008 à 10:45
Note du film : 5/6

L'analyse de Dumbledore commence plutôt bien et met le doigt sur certains détails interessants mais je trouve qu' elle se termine un peu en eau de boudin…

Vous dites qu'il est dommage que la fin de Donnie Darko ne soit pas ouverte comme dans un film de Lynch mais je trouve justement que cette fin est une ouverture magnifique sur l'imaginaire, elle ne se résume pas seulement a ces deux choix alternatifs, c'est d'ailleurs contradictoire de rationaliser la fin, qui n'est pas forcément rationnalisable pour en venir a affirmer qu'il est dommage que la fin soit rationnalisable (j'avoue avoir du mal à saisir votre démarche)… Puis votre théorie sur l'apologie de la pédophilie me parait bien farfelue…

Donnie prend des médicaments et va chez le psy, son délire (à supposer qu'il s'agisse d'un délire) respecte avec pertinence les symptômes du schizophrène de base : hallucinations visuelles, sonores, il leur donne sens par tous les moyens qu'il peut saisir, l'issue la plus fréquente chez le schizophrène est hélas le suicide, la fin prend alors une dimension métaphorique profonde.

Pour ce qui est du parti pris de filmer des séquences façon clip, ralenti et accéléré, je trouve que l'effet fonctionne et donne une fraîcheur adolescente qui colle parfaitement au film et s'il faut trouver un sens à cet effet pour le justifier (ce qui n'est pas forcémment utile), je dirai que Donnie Darko traite de la perception du temps et que l'alternance ralenti/accéléré prend alors tout son sens.

Soyons clair, pour le premier film d'un réalisateur de 26 ans ("oui mais y a Orson Welles qui…" On s'en fout!), Donnie Darko est plus qu'une réussite, c'est un teen-movie d'ambiance intelligent, la plupart des gens de ma connaissance qui ont vu ce film sans grande prétention ont été marqués par son athmosphère étrange et le malaise qu'il dégage.

A noté pour Steve Mcqueen, la participation de Maggie Gyllenhaal agée de 24 ans aux côtés de son frangin Jake Gyllenhaal, tous deux excellents acteurs on fait du chemin depuis…


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