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Forum : Monsieur Batignole

Sujet : Sans bruit ni fureur


De dumbledore

Gérard Jugnot est un gentil. Artiste effacé, comédien par hasard, réalisateur par vocation, il fait ses films sans bruit ni fureur. Les sujets polémiques ne l'intéressent pas, le spectaculaire non plus. Ce qui l'intéresse c'est le monsieur tout-le-monde mis dans des situations particulières. Ce qui l'intéresse, c'est le portrait humain de ces personnages "normaux". Il retrouve ainsi une certaine tendance du cinéma français, celle des années 70, populaire sans pour autant être populiste.

Cette simplicité qui fait sa force (notamment dans des films comme Casque bleu, ou bien plus récemment Meilleur espoir féminin), se retrouve ici dans les meilleurs moments du film. Le début essentiellement où le portrait du "collaborateur passif" est tout à la fois humain et terrible, ou bien encore dans les scènes de campagnes, charmantes et aérées.

Par contre, il cède de temps à autre à "la gravité" du sujet, et ne peut s'empêcher de quelques phrases de dialogues dénonciateurs qui plombent de temps à autre le film. Ce changement de ton rend le film bancal. La simplicité prend alors des apparences de naïveté qui est dommageable au ton global du film.

Dommage que Jugnot ne fasse pas assez confiance dans son histoire et qu'il sente la nécessité d'expliciter son personnage et de "dénoncer" alors que cette dénonciation ne fait vraiment pas partie du fonctionnement de son personnage.

Collaborateur par hasard, Batignolle est résistant aussi par hasard. Là réside la vision la plus juste sans doute de cette période engoncé maintenant dans un imaginaire sans cesse refaçonné. Jugnot réussit à la rendre avec justesse et pour cela bravo.

On pourra aussi reprocher une mise en scène un peu trop académique du film, mais elle fait partie du style de Jugnot. On répondra aussi que le sujet ne se prêtait pas à un découpage plus "alerte". Le travail de réalisateur est pourtant là, efficace mais discret, comme son auteur. Les comédiens sont formidables (notamment le jeune comédien qui joue Simon), la reconstitution est intelligente réussissant à atteindre le crédible tout en évitant de "montrer" la reconstitution avec des scènes purement et uniquement historisante… Non, Jugnot réussit comme à chaque fois à privilégier les personnages, les sentiments… et retrouver par là ce qui constitue l'essence du cinéma…


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De vincentp, le 21 mars 2006 à 22:15
Note du film : 5/6

Un très bon film qui apporte un éclairage intéressant sur la vie de cette époque, quand les individus devaient se débrouiller pour se nourrir et survivre, tout ceci révélant le fond de leur caractère. Un scénario habile et plutôt imaginatif, des non-dits habilement dissimulés dans le récit, un portrait des allemands qui évite la caricature, des ruptures de tons qui surprennent (et qui peuvent déconcerter), une très bonne direction de jeunes acteurs : beaucoup de qualités pour un film que, personnellement, j'ai pris beaucoup de plaisir à regarder.


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De Impétueux, le 16 avril 2014 à 12:03
Note du film : 4/6

La carrière populaire (et inégale) d'acteur de Gérard Jugnot ne devrait pas faire oublier qu'il réalise des films qui ne sont pas négligeables et qui, au delà de la fréquente originalité de leur sujet, ne sont pas de ceux qui s’essoufflent au bout de trois quarts d'heure de projection. Pinot, simple flic ou Scout toujours sont plutôt simplistes, mais Une époque formidable tient très bien la route, Fallait pas ! est plein d'idées à la fois glaçantes et hilarantes et Meilleur espoir féminin est narquois et tendre.

Et Monsieur Batignole est un des films récents les plus réussis sur la vie des Français lors de la dernière guerre. À tout le moins jusqu'à que cette vie quotidienne bascule, presque par hasard, dans la tragédie. Le film commence le 15 juillet 1942, c'est-à-dire à la veille de l'affreuse Rafle du Vel d'hiv où Vichy a déployé tout son zèle dégueulasse pour traquer les Juifs parisiens.

Sur un tel contexte et sur de telles prémisses, on pourrait craindre que le discours et le récit soient terriblement manichéens. Dieu merci, c'est aussi nuancé qu'on pouvait l'espérer et que la réalité a été. Edmond Batignole (Jugnot lui-même) est un de ces Français râleurs, grognons, un peu mesquins, un peu xénophobes qui paraissent appartenir à une habituelle typologie du cinéma populaire, mais c'est aussi un type assez droit, assez net, plein de failles et de petites lâchetés, mais finalement très capable de se bien, se très bien conduire dès qu'il est pris dans une sorte de spirale du Bien.

Batignole n'a rien à voir avec Poissonnard, l'affreux crémier décrit par Jean Dutourd, dans Au bon beurre (remarquable adaptation télévisée d'Édouard Molinaro, avec Roger Hanin et Andréa Férréol, soit dit en passant).

Est-ce que – voilà qui est plus hardi – on ne pourrait pas trouver certaines analogies avec Lacombe Lucien de Louis Malle ? Lucien part pour entrer dans la Résistance et se trouve pris dans une des pires officines de la Collaboration traquée. Batignole pourrait être un de ces collaborateurs économiques, compromis jusqu'à l'os avec les autorités allemandes et les officines de la rue Lauriston. À l'un comme à l'autre, il ne manque pas grand chose pour basculer dans un camp différent de celui où ils vont se retrouver.

La comparaison s'arrête là ; les deux films n'ont pas la même tenue, ni la même ambition et ils ne posent pas tout à fait les mêmes questions… Quoique… Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ? C'est bien la même interrogation, tragique ici, pot-au-feu là, la question fondamentale : Qu'est-ce qui fait qu'un type, le même type puisse devenir ici un salaud, là un héros ?

Excellente distribution : on sait depuis toujours que Gérard Jugnot a un physique de Français moyen presque caricatural (un peu comme Noël-Noël jadis) ; le petit Simon (Jules Sitruk) ainsi que tous les seconds rôles sont très bien ; la fille Batignole est la très jolie Alexia Portal (déjà remarquée dans Conte d'automne d'Éric Rohmer) qui a malheureusement disparu des écrans ; je trouve néanmoins que Jean-Paul Rouve, en collabo empressé et minable en fait un peu trop ; il reçoit en tout cas, dans un restaurant, une belle dégelée verbale d'un Sacha Guitry (Jean-Marie Winling) arrogant qui démontre, s'il en était besoin, que le Maître était tout, sauf à la botte des Boches.

Film nuancé, intelligent, sans hagiographie parcellaire (les enfants juifs sauvés par Batignole sont souvent odieux, la riche famille Bernstein logeait sa bonne dans une soupente crasseuse non chauffée, la fermière accueillante (Élisabeth Commelin) a les sens un peu…frustrés, son fils (Arthur Jugnot) qui se dit résistant est un demi-sel avide) et qui donne, lorsqu'il s'achève une bouffée d'espérance et de tendresse… Pas si mal, non ?


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