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Sujet : Risi crépusculaire et passionnant


De verdun, le 1er mars 2005 à 01:03
Note du film : 5/6

Il s'agit d'un Dino Risi très mal jugé et très imparfait,il est vrai mais il n'en demeure pas moins passionnant si on le regarde de plus près.

On sent tout au long du film une tonalité crépusculaire et mélancolique,et de fait il s'agit du dernier film du duo Gassman-Risi,et c'est,je crois le dernier film à ce jour de Risi pour le cinéma. Gassman est vraiment étonnant en vieux fou de retour dans la vraie vie après un long séjour à l'asile:il est étrange de le voir si sobre ,comme autiste privé d'élan et d'une vigueur.Une vraie émotion se dégage plus d'une fois de son regard et je l'ai rarement trouvé aussi émouvant qu'ici.

Le film reste un portrait parfois sombre de l'Italie berlusconienne et notamment de la télévision ou du fossé entre les générations.Finalement le vieux fou,qui ne trouvera de la compréhension qu'avec sa petite-fille,nous apparait bien plus attachant que les personnes plus raisonnables autour de lui.

Il y a deux regrets : la mise en scène manque parfois de vigueur_mais ce manque colle il est vrai avec le ton du film.Surtout,les seconds roles sont trop caricaturaux et plats:je ne peux que regretter de voir mon idole Dominique Sanda cantonnée à une silhouette sans nuances ,alors qu'elle fut toujours très grande dans le cinéma italien(malgré les doublages qui "cachaient" sa voix si spéciale), et que le film aurait gagné à développer et à nuancer l'antagonisme avec son beau-père Gassman qui vient déranger son confort bourgeois.

Néanmoins, le film reste une résurrection passionnante et inattendue de la comédie italienne:cet ovni est d'ailleurs disponible en dvd alors que tant de joyaux transalpins de l'âge d'or restent introuvables….


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De verdun, le 1er mars 2005 à 14:13
Note du film : 5/6

Il est vrai qu'après réflexion,je pense que c'est un Risi majeur,en tout cas je le préfère à bien des Risi plus connus, et j'étais sans doute influencé par les nombreuses mauvaises critiques à son sujet. j'ai insisté tout de même sur son aspect "ovni":dès le milieu des années 70;le cinéma italien produit des films très crépusculaires (comme "l'héritage" de Bolognini,par exemple) alors cette "valse d'amour" de 1990 est un très bel anachronisme.

Cher Arca,je comptais sur vous pour défendre avec moi ce film sorti à la sauvette ici et vous ne m'avez pas déçu…


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De Arca1943, le 1er mars 2005 à 19:17
Note du film : 5/6

Disons plutôt l'essentiel : Risi et Gassman ont réussi – en 1990 !!! – à insuffler une nouvelle fois la vie à un serial comique déclaré mort dix ans plus tôt. Pensez : Dernier amour, qui date de 1978, était déjà « crépusculaire » ! Tabarnac, ils ont les crépuscules longs, dans ce coin-là !

Et pensez qu'ils n'étaient pas les seuls ! Après dix ans de médiocrité, tandis que la bonne comédie est alors à chercher tout à fait ailleurs – du côté de Troisi, Moretti, Nichetti, Verdone, Nuti, Benigni – voilà qu'au tournant des années 80/90, Brusati fait L'Oncle indigne, Monicelli Parenti serpenti, Comencini Joyeux Noël, bonne année et même Wertmüller le très bon Ciao, professore ! Comment ont-ils fait ça? Ces cinq films, je les ajoute, ému, au mur d'honneur de ma collection : même plusieurs Risi assez bons comme Il Tigre ou Il Gaucho n'y ont pas droit. Mais Valse d'amour, oui.

En tout cas, vous avez bien raison de lui mettre « 5 »: Valse d'amour est un Risi majeur, qui donne à Vittorio Gassman l'occasion d'une ultime composition de « monstre » grotesque et pathétique, à l'italienne. J'ai bien ri – d'un rire amer, il va de soi – en regardant ce film, et je pense que c'est l'essentiel. Les dialogues sont toujours aussi craquants, ils sonnent toujours aussi juste.

Et conformément à une autre règle du genre, il faut à ce genre de satire une thématique "lourde" : la cible, ici, c'est la «désinstitutionnalisation» des asiles psychiatriques. Je ne sais pas si vous avez eu ça en France; mais en Italie et au Québec, oui, oh oui, on a eu la désinstitutionnalisation. C'est comme ça que le « fou » Gassman est remis en liberté… Et – autre ingrédient coutumier de la recette – on se fait balloter entre deux points de vue opposés : dans certaines scènes, tu te dis que cet Augusto est bien trop fou, trop irresponsable pour être en liberté comme ça, sans aide; et dans d'autres, que c'est vraiment une indignité et une saloperie d'enfermer un type pareil…

Ce film est un incroyable retour des cendres.

Arca1943


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De Impétueux, le 4 juin 2011 à 19:58
Note du film : 5/6

Ah oui, un Risi majeur, un miracle de qualité et d'intelligence, qui serait presque parfait de délicatesse sans Elliott Gould, à l'aise dans la farce magnifique de Mash mais, dans un film italien, curieusement distribué. S'il n'y avait eu cet histrionisme, je mettrais volontiers un 6 ; il est vrai que la comédie italienne tutoie assez souvent le précipice et n'évite pas quelquefois à y tomber, mais réussit encore davantage à se rétablir miraculeusement.

Le scénario de Valse d'amour est très élégant, sauf – j'y reviens – lorsque Alcide (Elliott Gould, donc) occupe le devant de la scène ; on a alors l'impression que Risi a tiré à la ligne, a cherché sa conclusion ; mais pour le reste, quelle maîtrise du récit, quel sens de la graduation narrative !

Vittorio Gassman est époustouflant, merveilleux, d'une justesse de jeu et de ton qui le classe définitivement, s'il en était besoin, parmi les plus grands acteurs du monde de tous les temps. Les premières images où on le découvre, dans l'asile délabré, au fond de la chambre qu'il va quitter, attendant patiemment qu'on vienne le chercher, sont poignantes. Et la séquence suivante, dans le train qui le conduit à Rome, carrément burlesque, lorsqu'il demande au bourgeois sourcilleux qui lui fait face son journal, afin de pouvoir le disposer sur la banquette et y déposer ses souliers sales. Alternance, précisément, de ces séquences très contrastées – les chamailleries entre les deux petites filles, Déborah (Veronica Dei) et Rosa (Valentina Holtkamp), irrésistibles de drôlerie, alors que, sous-jacente il y a la tristesse de gamines privées de sa mère pour l'une, de son père pour l'autre – la fascination mutuelle que ressentent le vieux fou Augusto Scribani (Gassman, donc) et Rosa, sa petite-fille malheureuse et qui est d'une très grande délicatesse, alors qu'elle pourrait, d'un mot, d'un geste, devenir ambiguë, scabreuse même.

Car il y a une véritable histoire d'amour entre ces deux êtres placés hors du monde des adultes, l'un par sa folie, l'autre par son âge, un amour qui n'est pas celui d'un vieillard pour une enfant. Mais Risi a une telle finesse de touche, Gassman un jeu si maîtrisé, et la petite Valentina Holtkamp une clarté, une pureté de visage si belle que ça n'a rien de trouble, rien de sale.

L'histoire s'achève, précisément, au moment où Rosa a grandi, même de quelques mois, sur les bords du Lac Majeur. Elle quitte l'enfance sans même s'en rendre compte et elle regarde son cousin avec des yeux qui brilleront bientôt d'autres feux. Dans ce décor triste à mourir il ne reste plus au vieil homme qu'à aller s'asseoir au bout du débarcadère au son imaginaire de la Valse des patineurs de Waldteufel qui l'a accompagné dans sa longue descente vers la nuit.


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De Arca1943, le 27 juillet 2013 à 16:45
Note du film : 5/6

« …qui serait presque parfait de délicatesse sans Elliott Gould, à l'aise dans la farce magnifique de Mash mais, dans un film italien, curieusement distribué. S'il n'y avait eu cet histrionisme… »

Sous notre accord couve le désaccord ! Je vous paraphraserai donc à l'envers. Le film serait presque parfait de dérision tragicomique et de grotesque pathétique si Dominique Sanda, bonne actrice à l'aise dans l'intensité dramatique mais peu douée pour la satire, n'y était curieusement distribuée. Le choix d'Elliott Gould comme sidekick du sublime Gassman, est une trouvaille: son histrionisme contribue à ancrer solidement le film dans le sillon d'un cinéma de genre peu soucieux de "délicatesse", volontiers caricatural, qui dérive toujours de la farce, de la commedia dell'arte, malgré la mélancolie crépusculaire qui s'est ajoutée sur le tard aux ingrédients de la recette à compter de Parfum de femme et Nous nous sommes tant aimés (1974).


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De Arca1943, le 10 février 2014 à 00:48
Note du film : 5/6

En réponse à une remarque d'Impétueux sur le fil de la fort décevante comédie Je suis photogénique (1980), j'invite quiconque à découvrir ou redécouvrir ce petit miracle tardif (1990) du célèbre tandem Dino Risi et Vittorio Gassman (quinze films ensemble au compteur !). Miracle fragile, miracle avec ses limites, mais c'en est un.

En boutade, je dirai que tout se passe comme si les années 80 étaient carrément allergiques à la comédie à l'italienne, elle si parfaitement à sa place dans les 50, 60 et 70 ; et donc, pour de bonnes comédies italiennes dans les années 80 il faut aller vers un humour aux antipodes, avec par exemple le burlesque Maurizio Nichetti et ses excellents Voleur de savonnettes et L'Amour avec des gants (qui soit dit en passant existent tous deux en VF). Mais dès que les vilaines eighties sont finies ou achèvent, eh ben voilà ! Certes ils se fait tard, mais la sauce peut reprendre: Valse d'amour est le meilleur Risi en dix ans, tout comme Parenti serpenti est le meilleur Monicelli en dix ans. Au même moment, Comencini et Brusati reviennent à la comédie à l'italienne, qu'ils avaient délaissée, avec respectivement Joyeux Noêl, bonne année et L'Oncle indigne. 1990 arrivait, donc la mystérieuse malédiction des années quatre-vingt était levée…

Ce n'était pas, bien sûr, un retour en force mais un nouveau chant du cygne (sic!) Plus important, au même moment, des comédies satiriques de nouvelle génération et de nouvelle facture arrivent sur les écrans et amassent (enfin!) beaucoup de spectateurs, telles Le Porteur de serviette ( 1990, satire politique) et Mediterraneo (1991, satire de mœurs), deux belles réussites qui portraituraient et caricaturaient et caractérisaient elles aussi, mais à leur manière, dans une clé très indépendante des «titans du passé» (1) alors octogénaires.

(1) Comme les appellent Fruttero et Lucentini dans Le Retour du crétin, 1991.


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