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Sujet : Supérieurement brillant


De vincentp, le 26 septembre 2005 à 21:33
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Se juxtaposent dans Gigi deux dimensions :

  • une histoire grand public, mise en scène selon les conventions hollywoodiennes (et les règles du studio MGM).

Résultat : un succès public et 9 oscars.

  • une peinture sombre de l'âme humaine (relations homme-femme, poids des conventions…), distillée par petites touches, et accessible à un public attentif.

Minnelli détourne les conventions hollywoodiennes dans un univers qui lui est propre, peuplé de rêves et de cauchemars. Chaque spectateur perçoit évidemment les éléments constitutifs de ces deux dimensions en fonction de sa propre sensibilité. Remercions Leslie Caron d'être intervenue pour présenter ce film lors de la rétrospective Minnelli qui s'est déroulée à Beaubourg fin 2004. Grâce à son témoignage, simple et émouvant, l'ombre de Minnelli plana sur l'assistance pendant la séance ! Ce fut un grand moment de cinéma, et un grand moment tout court !


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De vincentp, le 26 août 2008 à 13:55
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Grrrr… C'est un (film) "formidable pour les vrais cinéphile cultivé", comme l'écrit si bien notre collègue Frétyl sur un forum (presque) concurrent.


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De DelaNuit, le 27 août 2008 à 00:04
Note du film : 6/6

Si Gigi fut un succès outre-Atlantique mais accueilli froidement en France, il ne faut pas en chercher le motif dans les qualités du film… mais dans de mauvaises raisons : les garants déclarés de la culture française trouvaient insupportable l'adaptation de l'oeuvre de Colette par un studio hollywoodien !

Le fait que Vincente Minnelli soit d'origine européenne comme nombre de ses collaborateurs, et que seuls les capitaux et la logistiques soient américains n'entama en rien les a-prioris, les mêmes dont pâtit à la fin des années 40 Madame Bovary du même réalisateur.

Le film est pourtant remarquable sur bien des points et il serait dommage de bouder son plaisir pour peu que l'on aime le Paris de 1900 et/ou les comédies musicales.

La reconstitution historique, les costumes, décors (avec prises de vue sur place chaque fois que possible) sont un écrin dans lequel revit tout un monde de précieuses superficielles et cocottes médisantes, de gentishommes jouisseurs ou blasés, pour notre plus grand plaisir, des allées du bois de Vincenne au jardin des Tuilleries, de la patinoire où s'entraine "la scandaleuse Madame d'Exelmans" aux salons de chez Maxim's, du pont Alexandre III à la fontaine de l'observatoire où Gaston Lachaille s'ouvre à l'amour, et jusqu'aux plages de Cabourg.

L'amour vraiment, c'est ce que ressent Minnelli pour le Paris d'alors, magnifiquement évoqué. Et les personnages ! Maurice Chevalier en vieux beau insatiable, Louis Jourdan en noble blasé que ses maîtresses ennuient, et Leslie Caron, jeune fille espiègle se muant en une élégante grand style.

Et quelle drôlerie que les situations, parmi lesquelles les visites de Gigi à sa tante Alicia, ancienne courtisane bien décidée à faire de sa nièce sa digne héritière dans le métier : "Regarde-moi, Gigi… Tu as une bouche impossible, des pommettes de moujik, mais tes yeux sont clairs et tu as une belle chevelure… Tout cela n'est pas mal ! Et avec une dentition pareille, j'aurais dévoré la moitié de Paris ! Enfin, j'en ai eu une bonne part, je ne saurais me plaindre…"

Ainsi la jeune fille apprend-elle à manger des ortolans ou choisir un cigare avec grâce, sans oublier de savoir reconnaître les pierres précieuses, science sans laquelle "une femme est perdue." Tout cela pour en faire un beau parti à marier ? Que nenni ! Une courtisane, s'il vous plaît !

"Nous, on ne se marie pas ?" demande Gigi. La tante réplique : "Le mariage ne nous est pas interdit. Mais au lieu de nous marier 'd'abord', il arrive que nous nous marions 'enfin'… Tout dans l'amour ne doit être que grâce. Et tu sais ce qui fait la grâce, Gigi ?"

"- Oui ma tante : les cigares et les bijoux."

Gigi, c'est comme une pièce de boulevard constamment pétillante, avec aussi une réflexion plus profonde sur l'âme humaine… Et qui plus est, les trois acteurs principaux chantent eux même et se doublent dans la VF.

Un grand classique plein de charme à (re)découvrir, pour toute la famille, chacun y puisant de l'intérêt selon son âge…

Mais Gigi existe depuis longtemps en dvd. Quel dommage qu'on ne puisse en dire autant de cette somptueuse comédie musicale et féérie des 1001 nuits de Minnelli dont les chansons sont encore sur toutes les lèvres : Kismet ou L'étranger au paradis…


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De vincentp, le 27 août 2008 à 10:36
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Delanuit a raison ! Je me souviens d'un moment fort : les personnages de chez Maxim's figés tel les éléments d'un tableau impresionniste. Beaucoup de recherches visuelles, beaucoup de qualités tout court, pour une oeuvre qui dépasse très largement le tout-venant. L'oeuvre d'un grand artiste, avec les moyens d'un grand studio. Mais il faut être réceptif au style de Minnelli pour apprécier, et nos amis cartésiens du forum ont un peu de mal. Peut-être que lmpétueux trouverait ce spectacle "niais" ou que sais-je encore (Maurice Chevalier en "niquedouille" ?)… IL est vrai aussi que j'ai vu ce film dans le cadre de la rétro intégrale de cet auteur ce qui facilite l'immersion et la captation mentale d'un style, d'une pensée…


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De Impétueux, le 27 août 2008 à 11:01
Note du film : 5/6

Les procès d'intention de Vincentp, rarement argumentés, commencent à me les briser menu !

Qu'il aille lire tout le bien que j'ai écrit sur Le chant du Missouri, Le Pirate ou Brigadoon ! Et j'aurais pu écrire aussi que j'apprécie Un Américain à Paris ou Tous en scène !

Je ne suis pas un admirateur absolu de Minnelli, mais je le place tout de même aux premiers rangs !


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De vincentp, le 27 août 2008 à 11:24
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Bouaf… Je ne parlais que du style de Gigi : Maurice Chevalier, déambulant et saluant le beau monde, en chantonnant, et en sautillant, comme un petit toutou. Cela peut irriter des esprits cartésiens et je mettais Impétueux dans le lot, lequel Impétueux que j'imagine à distance très attaché à la doctrine rationnelle de ce philosophe. (Voilà qui met en valeur Impétueux, le présente comme un gentilhomme cultivé, et son courrou en sera stoppé).

Mais… je, je tremble d'effroi face au message de "Bel ami" alias Bichette la terreur le matin, Max la menace l'après-midi, et qui se prend aussi pour le petit Bécherelle sur le coup de midi.


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De Impétueux, le 19 avril 2009 à 18:16
Note du film : 5/6

Il serait intéressant de comparer le film de Minnelli avec celui que, près d'une décennie auparavant (1949), Jacqueline Audry avait tiré de la même nouvelle de Colette, mais je doute que cette adaptatrice fréquente (il y eut aussi L'ingénue libertine et Mitsou), sinon inspirée de la dame de Saint-Sauveur en Puisaye et du Palais-Royal ait pu aussi bien réussir un si charmant bijou !

Gigi est tout à fait à l'image de l'œuvre de Colette, d'ailleurs : léger, superficiel et supérieurement brillant, délicieux exercice de style à l'image d'une société joueuse et rieuse, d'où le canon de 1914 est encore bien loin…

L'artificialité de l'anecdote n'a pas beaucoup d'importance (franchement, et dès les premières images, peut-on ne pas voir que Gaston Lachaille (Louis Jourdan) finira, malgré qu'il en ait, par épouser Gigi (Leslie Caron) ?) mais l'enchantement des décors et des costumes (de l'homme de goût Cecil Beaton), la séduction de tous les interprètes, la qualité de la musique, le rythme et l'harmonie de la mise en scène sont un véritable bonheur.

Film élégant sans cruauté, sans méchanceté, ni tristesse ; des esprits chagrins peuvent toujours déplorer que tous les protagonistes paraissent enchantés de leur sort, y compris demi-mondaines, gigolos et domestiques et qu'il n'y ait pas de regard douloureusement social sur la perversité consentie de cette nouba continuelle : on ne voit pas pourquoi on rejoindrait leur tristes figures empressées d'arborer de l'aigreur ; certes 1900 n'était sûrement pas comme ça, en tout cas n'était pas que ça, mais de tout temps, il y a eu des viveurs joyeux et aussi sympathiquement égoïstes qu'Honoré Lachaille (Maurice Chevalier).

Cela dit, j'ai aussi une véritable nostalgie d'une époque où un des plus grands réalisateurs étasunien, Vincente Minnelli, tournait un film et récoltait neuf Oscars pour une adaptation d'un écrivain français, Colette, interprétée, au premier rang par trois acteurs français (Maurice Chevalier, Louis Jourdan, Leslie Caron) et au second par une multitude d'autres (Jacques Bergerac, Jean Ozenne, Corinne Marchand par exemple) et où, au dessus de tout, la vedette est donnée à Paris, filmé en amoureux…

Bois de Boulogne, fontaine de l'Observatoire, mais aussi pont Alexandre III, place de Fürstenberg, entrée de l'étrange immeuble de Jules Lavirotte, avenue Rapp (c'est là qu'habite tante Alicia – Isabel Jeans), intérieurs somptueux du musée Jacquemart-André (la demeure des Lachaille) et bien sûr incroyables salles de Maxim's, du temps où les lampes roses rendaient plus belles encore les dîneuses, avant que Cardin-le-gougnafier n'en fasse une cantine et une franchise internationale et rémunératrice… Paris magnifique et intemporel… merci, Minnelli !


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De vincentp, le 19 avril 2009 à 19:52
Note du film : Chef-d'Oeuvre

"Film élégant sans cruauté, sans méchanceté, ni tristesse" dites-vous. En apparence, car c'est derrière son aspect carte postale, un arrière plan plutôt sombre, assez proche des drames psychologiques comme The cobweb. Des individus cyniques (le personnage de Maurice Chevalier), un environnement matérialiste, peu humaniste, des individus un peu perdus et en souffrance. Il y a aussi dans Gigi des seconds degrés célèbres…

Modeste observateur des films de Minnelli, même si j'ai vu à ce jour 25 de ses 31 films, mais quel talent chez ce cinéaste pour avoir su imposer un style, une cohérence générale de forme et de fond, dans le système MGM avec ses contraintes inhérentes (scénarios, acteurs parfois imposés).


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De Impétueux, le 19 avril 2009 à 23:03
Note du film : 5/6

J'avais bien lu le message dont vous avez inauguré ce fil, Vincentp, mais je ne rejoins pas votre point de vue.

Je ne vois pas du tout de cynisme chez Honoré Larchaille (Maurice Chevalier), mais un très aimable hédonisme, empreint d'une indifférence totale pour tout ce qui n'est pas le plaisir… son plaisir, si vous voulez… Sans doute est-ce une attitude que vous pouvez juger regrettable, voire scandaleuse, mais les individus de ce type, qui ne vous donnent rien – sauf de la gaieté -, mais, parallèlement, ne vous demandent rien, sont extrêmement agréables à vivre… Qu'on le veuille ou non, des personnes uniquement préoccupées de leur propre bien-être sont beaucoup moins dangereuses que celles qui prétendent – fût-ce contre votre propre point de vue – faire votre bonheur…

Quant à l'humanisme ! Franchement, dans cet univers agréable de gens nantis et bien élevés, qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire ? Faudrait-il que les Larchaille – légers, superficiels, brillants, je reprends mes termes – aillent en Afrique soigner les lépreux ? Tout existe, Monsieur ! On a vu des gens heureux ! nous dit, à peu près à la même époque Jules Renard


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De Lagardère, le 20 avril 2009 à 00:17

Je ne vois pas du tout de cynisme chez Honoré Larchaille (Maurice Chevalier), mais un très aimable hédonisme, empreint d'une indifférence totale pour tout ce qui n'est pas le plaisir… son plaisir, si vous voulez… Sans doute est-ce une attitude que vous pouvez juger regrettable, voire scandaleuse, mais les individus de ce type, qui ne vous donnent rien – sauf de la gaieté -, mais, parallèlement, ne vous demandent rien, sont extrêmement agréables à vivre… Qu'on le veuille ou non, des personnes uniquement préoccupées de leur propre bien-être sont beaucoup moins dangereuses que celles qui prétendent – fût-ce contre votre propre point de vue – faire votre bonheur…

Quant à l'humanisme ! Franchement, dans cet univers agréable de gens nantis et bien élevés, qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire ? Faudrait-il que les Larchaille – légers, superficiels, brillants, je reprends mes termes – aillent en Afrique soigner les lépreux ? Tout existe, Monsieur ! On a vu des gens heureux ! nous dit, à peu près à la même époque Jules Renard…

Je savais bien qu'il n'y avait pas que de la Kalachnikov et des coups de rangers dans la gueule, en vous, ami Impétueux….Et j'ai pris 24 minutes de mon temps pour écrire ces 2 phrases de mon seul bras droit…


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De sophie75, le 20 avril 2009 à 12:31
Note du film : 4/6

Je me permets une digression pour me féliciter de voir que nôtre ami Lagardère puisse à nouveau se servir de son membre engourdi. Sa réapparition est pour nous un rayon de soleil.


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De vincentp, le 20 avril 2009 à 15:29
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Le bon Honoré est un proxénète, et non un brave hédoniste, rat de bibliothèque ou roi de la gentry ! Le type d'individu dangereux précisément. Celui qui vous fait croire qu'il agit en faveur de votre intérêt, et qui fait en réalité tout le contraire. Un diable en puissance.


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De Impétueux, le 20 avril 2009 à 17:38
Note du film : 5/6

Taratata, Vincentp ! un proxénète, vous le savez bien, est un homme qui vit des femmes et leur pique leurs sous ; Honoré Larchaille vit pour les femmes (et par les femmes, qu'il adore) et c'est lui qui entretient, sur ses deniers (dont il dit, au tout début du film qu'ils sont très suffisants) tout un bataillon de fronts mutins et de frais minois !

Laissez votre puritanisme au vestiaire, s'il vous plaît ! Personne ne vous demande d'imiter cet aimable viveur !


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De sophie75, le 20 avril 2009 à 18:24
Note du film : 4/6

Chez Minnelli et notamment dans Gigi, on assiste à la prééminence du rêve sur la réalité. Ici, le rêve est teinté de nostalgie, nostalgie d'une certaine époque, nostalgie d'un certain Paris (soulignée ici par un sublime foisonnement de couleurs), nostalgie d'un genre cinématographie qui tant à disparaître.

Mais, contrairement à beaucoup, j'ai beaucoup de mal à digérer le maniérisme minnellien aux frontières du surréalisme, du cinéma expérimental et de l'abstraction lyrique. En fait, je dois avouer méconnaître la filmographie de Minnelli. Peut-être ces préjugés proviennent de mon ignorance quant à une oeuvre cinématographique louée par une majorité de cinéphiles ?


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De DelaNuit, le 21 avril 2009 à 20:46
Note du film : 6/6

Le cinéma de Minnelli et son questionnement sur les rapports du rêve et de la réalité sont en effet très spécifiques et ne peuvent pas parler à tout le monde. Il s'agit en tout cas d'un cinéaste original dont l'oeuvre mérite d'être (re)découverte. Récemment, dans la collection Fnac, Madame Bovary puis tout récemment Lust for Life / La vie passionnée de Vincent Van Gogh ont été édités pour la plus grande joie des cinéphiles. La comédie musicale Le pirate a également été rendue visible chez Warner Bros l'an dernier je crois.

Si l'univers de Minnelli vous intéresse, je vous invite à vous rendre sur la fiche de Kismet / L'étranger au paradis afin d'y voter pour cette incursion minnellienne rare et kitsch dans le Bagdad des 1001 nuits… très prisée dans les années 50, hélas complètement oubliée aujourd'hui, même si on fredonne encore la chanson titre…


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