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Sujet : Critique


De dumbledore, le 6 décembre 2004 à 13:24
Note du film : 5/6

Une des règles les plus incontournables de l'écriture dramatique (théâtral, romanesque mais également bien sûr, cinématographique) consiste à dire que les péripéties doivent être vraisemblables. Le vraisemblable n'a au fond que bien de choses à voir avec la réalité qui peut-être "invraisemblable". Autrement dit, la réalité peut être tellement étonnante "qu'on y croit pas".

Le Ladybird de Ken Loach développe son récit sur la frontière du vraisemblable, avec des moments tellement incroyables qu'on "n'y croit pas". L'histoire est celle de Maggie, une femme d'une quarantaine d'années, de milieu social très modeste, au comportement très "relevé", démarrant au quart de tour que les services sociaux jugent inapte pour s'occuper de ses quatre enfants. Ils lui sont alors retiré. Elle tombe amoureux d'une émigré et aura avec lui un autre bébé… Les services sociaux se manifestent alors de nouveau pour lui retirer le bébé…

L'invraisemblance du film concerne essentiellement le comportement, les jugements des services sociaux. L'idée par exemple que le juge puisse ordonner des injonctions sur les "enfants nés et à naître" semble aujourd'hui et en France totalement invraisemblable, trop inhumain dans la caricature même d'une justice aveugle (et sans sentiment). C'est tellement énorme qu'on a du mal à croire cette histoire. Pourtant, cette histoire est vraie. Maggie a réellement existé et son histoire "vraie" n'a rien à envier à celle de sa retranscription cinématographique.

On peut alors s'interroger sur la réflexion de Ken Loach concernant son sujet et se demander s'il a pris les bons choix scénaristiques, sur notamment deux axes. Le premier est de ne pas faire vivre les services sociaux. On n'a jamais d'explications vraiment poussés sur eux, la parole ne leur ait pas offerte pour expliquer le pourquoi de leurs actions. Le second axe (qui procède de la même logique) est d'avoir effacé au maximum les scènes de mauvais traitements de Maggie sur ces enfants. Les enfants lui sont retirés car elles les a confié à une voisine qui les a laissé chez eux, et qu'un incendie s'est déclaré. La scène en elle-même est très confuse, la responsabilité et la faute, nullement traité. Par la suite, Ken Loach fait tout pour transformer le personnage de Maggie en héroïne, faisant partager sa révolte affective contre l'institution sociale.

Peut-être que si la maltraitance était plus claire, le danger que représente Maggie comme mère, peut-être que si la parole avait été donné à ces services sociaux, on aurait eu un film plus troublant encore, plus vraisemblable sans doute et moins pathétique surtout. Seulement là n'était pas la volonté de Ken Loach qui a préféré garder son personnage comme l'héroïne, tragique certes, mais héroïne tout de même de son histoire.

Cette remarque de fond exposé, il faut reconnaître bien sûr que Ken Loach fait preuve d'une maîtrise totale aussi bien de sa mise en scène très proche toujours d'un réalisme qui se veut documentaire et d'une direction d'acteurs éblouissant. Le couple formé par les deux protagonistes Crissy Rock et Vladimir Vega est parfait, toujours juste, toujours touchant. Du grand art dans la maîtrise de la mise en scène ! Ça, on ne peut pas le lui reprocher…


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De vincentp, le 30 juillet 2007 à 09:15
Note du film : 5/6

Le film est très dur et il faut s'accrocher pour le suivre d'une traite. Victime d'un entourage brutal, Maggie reproduit à son tour ce type de comportement agressif à l'égard de son mari et des institutions sociales, ce qui la marginalise chaque jour un peu plus sur un plan social et affectif.

Ken Loach décrit de façon brillante un affrontement poignant entre une logique bureaucratique développée par des personnages anonymes, et un individu psychologiquement fragile incarné par Maggie. Le regard que pose le cinéaste anglais sur cet affrontement est proche de celui du mari de Maggie, gentil paumé, exilé paraguayen, seul personnage du film à exprimer un point de vue rationnel et censé. Sur les frêles épaules de celui-ci repose la fibre sociale et humaine qui fait défaut aux autres personnages du récit, tous des compatriotes du metteur en scène, agissant comme des petits soldats au service d'un système économique asservissant, et non pour le progrès social.


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