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Sujet : Histoire vénéneuse et beauté trouble...

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De Impétueux, le 4 octobre 2004 à 19:30
Note du film : 4/6

D'abord, Granier-Deferre n'est pas un réalisateur insignifiant, et du "Chat" à "L'étoile du Nord", en passant par "La veuve Couderc", il a largement montré combien il savait restituer une ambiance.

Et puis cette histoire vénéneuse, dans un cadre bourgeois, feutré, pas plus hypocrite que d'autres mais tout autant, cette histoire de chantage, d'étrangeté sexuelle, de lettres anonymes est bien habilement intéressante….

Et enfin la trouble beauté d'Elisabeth Bourgine, son visage androgyne sur son corps si féminin (et si superbement dévoilé) justifie cent fois une édition DVD.


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De nostalgie, le 23 novembre 2009 à 01:05
Note du film : 5/6

Un de mes premier émois, après le Lauréat, que ce film tendu où se révèle le pouvoir destructeur de la rumeur savamment orchestrée. j'y ai aussi découvert Élisabeth Bourgine… Ah ! Elle a quelque chose ! Fragile et envoûtante à la fois.


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De Impétueux, le 7 février 2022 à 14:24
Note du film : 4/6

Le Cours Ketti est une de ces institutions privées sans doute hors contrat qu'on appelait jadis des boîtes à bachot ; tout au moins lorsque l'examen du baccalauréat avait à la fois une certaine difficulté et une certaine importance. Des familles aisées y plaçaient leurs rejetons peu passionnés par l'étude ou simplement s'en débarrassaient pour être tranquilles. En remontant quelques décennies, ça donne Les disparus de Saint Agil, Les anciens de Saint Loup ou Les diaboliques ; mais tous ces films présentent des internats et, l'époque rendant la chose évidente, des internats de garçons. Cours privé, qui date de 1986, modernise le cadre : on est à Neuilly, l'établissement est un externat mixte.

Mais les professeurs ont encore un peu de cette dégaine, cette allure, ce côté incertain des films que j'ai cités plus haut ; ainsi le professeur de philosophie, Bonnier (Jacques Boudet), désinvolte, las, un peu minable ; un peu moins le professeur de mathématiques Laurent (Xavier Deluc) qui forme un tendre couple avec Patricia (Sylvia Zerbib). D'autres professeurs ont moins de personnalité ; mais tout le monde se retrouve chaque jour au déjeuner pris en commun sous la férule autoritaire, un peu malsaine, un peu gluante du directeur, Bruno Ketti (Michel Aumont). Et presque tous les regards – des professeurs, mais aussi des élèves – sont tournés vers Jeanne Kern (Élisabeth Bourgine), nouveau professeur d'Histoire.

On ne sait pas trop qui est Jeanne qui pourrait presque être une élève du Cours. Elle ne fréquente personne, sauf un peu son collègue Laurent/Deluc pour boire un café. Elle a des parents aimants (Pierre Vernier et Rosine Rochette) raconte à tous ceux-là qu'elle sort le soir avec Dominique… qui est en fait un élève à qui elle donne des cours particuliers. Mais elle est instable, secrète, inquiète. Tu vas finir l'année, cette fois ? lui demande sa mère.

Et quand nous la retrouvons, dans son appartement absolument blanc, avec de rares tâches rouges, elle est nue et donne à son corps une attention absolue et tout à la fois distante. Et elle ne cesse d'écouter La ballad of Lucy Jordan obsédante chanson de Marianne Faithfull qui décrit une entrée douce dans la folie,

Au collège, des lettres anonymes emplissent désormais l'espace ; des lettres qui accusent Jeanne de saphisme ; et des photos d'orgie où le visage de la principale protagoniste a été découpé mais dont le corps pourrait bien être précisément celui de Jeanne. Comme chaque jour un tour d'écrou est donné, le malaise grandit ; d'autant qu'il n'est pas bien compliqué de comprendre que Jeanne est passionnément désirée ; par Laurent, tout de même bien tenu par l'amour qu'il porte à sa femme, par Ketti, surtout qui n'a pas cette vergogne-là et qui crève d'envie.

Car Jeanne a subi le désir des hommes depuis son adolescence ; et un jour y a cédé ; et se sent depuis lors salie, souillée, abîmée, pleine de haine pour la peau, l'odeur, la sueur des hommes.

Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre le déroulement pervers du récit, surtout lorsque la jeune Zanon (Emmanuelle Seigner), naguère élève de Jeanne dans sa précédente boîte vient s'inscrire chez Ketti pour la rejoindre et tente de se suicider parce qu'elle est repoussée.

En fait l'intérêt de Cours privé n'est pas du côté du scénario, un peu glauque et souvent plein d'épisodes inutiles : il l'est par la parfaite, totale adéquation du personnage principal avec son interprète. Le visage androgyne et la perfection du corps d'Élisabeth Bourgine étouffent d'ailleurs tout le reste ; malgré la qualité de jeu de Michel Aumont, on ne voit qu'elle et le film n'existerait pas sans elle.

Ce qui n'est pas, d'ailleurs, forcément un cadeau. Espoir du cinéma français (La 7ème cible de Claude Pinoteau avec Lino Ventura par exemple) elle a été dévorée d'une certaine façon par Jeanne Kern et sa carrière s'est presque éteinte après le film ; notons pourtant une très vénéneuse Noyade interdite du même Pierre Granier-Deferre juste après Cours privé. N'empêche que son sort m'a fait penser à celui de Corinne Marchand, mêmement engloutie par Cléo de 5 à 7.

Il ne fait pas toujours bon d'incarner si parfaitement un personnage…


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De verdun, le 10 février 2022 à 22:41
Note du film : 3/6

L'intérêt manifesté par notre ami Impétueux pour ce Cours privé m'a donné l'envie de découvrir ce film.

J'en ressors mitigé.

Car Cours privé aurait dû être un film puissant, fort, sulfureux. Or ce n'est pas le cas. La faute en incombe en premier lieu à une réalisation d'une froideur inappropriée pour un sujet aussi "sensible". On sait que Granier-Defferre n'est pas Paul Verhoeven mais il avait su dans ses adaptations de Simenon faire preuve d'une intensité qui fait cruellement défaut à Cours privé. De plus le scénario, pourtant signé par deux ex-lauréats du prix Renaudot, se révèle inutilement alambiqué dans sa façon de révéler les clés du mystère. Et c'est bien dommage car les intentions de départ étaient excellentes dans leur volonté d'aller à contre-pied de ce à quoi le spectateur pouvait s'attendre. Au début du film on peut se croire dans une énième variation du corbeau, avec ces lettres anonymes envoyées au directeur, ou une énième variation de La rumeur et de son pouvoir destructeur. Or, in fine l'ensemble se révèle beaucoup moins manichéen que prévu puisque les principaux personnages ont tous des choses à se reprocher. Mais pour autant n'était-il pas possible de proposer un récit plus clair ?

Malgré ces restrictions non négligeables, Cours privé n'est pas un film anodin. Grâce à l'absence de tout aspect denonciateur. Grâce à certaines idées comme cet appartement blanc dans lequel réside l'héroïne. Grâce à l'utilisation de "the ballad of Lucy Jordan" de Marianne Faithfull, bien avant Thelma et Louise. Et on retrouve le point fort de Granier-Defferre: la capacité à obtenir le meilleur de ses acteurs. Car Cours privé doit beaucoup au talent du couple Michel Aumont- Élisabeth Bourgine. Celà n'est pas étonnant concernant le premier, eu égard à sa prestigieuse carrière mais c'est effectivement la seconde qui se révèle étonnante, d'autant plus que le cinéma l'a ignoré par la suite hormis malgré des apparitions dans Un coeur en hiver et deux autres films de Granier-Defferre, Noyade interdite et La couleur du vent… Elle est ici absolument parfaite dans le rôle, toujours juste et troublante grâce à son physique à la fois féminin et androgyne…


En somme, Cours privé (1986) est un film acceptable, surtout si on le compare au précédent film de Granier-Defferre, L'homme aux yeux d'argent, mais le cinéaste ne retrouve pas non plus la force de Une étrange affaire ou du chat.


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